Les eaux de mon été -3/ Pianos mouillés

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Les eaux de mon été -3/ Pianos mouillés

« La musique de l’eau, est captée à la source même, si je puis dire au plus eau de l’eau, assurant le passage de l’onde liquide à l’onde sonore. »

Pierre Brunel

Claude Monet – Le bateau atelier – 1876

Et, depuis les hauteurs du clavier, l’eau perle, glisse, dégouline. Elle ruisselle au rythme facétieux de ses humeurs, s’amusant de sa propre fantaisie, simulant parfois gravité ou profondeur pour encore mieux surprendre. Elle joue à chatouiller le Dieu du fleuve, ainsi que le voulait Ravel.

Dans la tranquillité du soir, asservie aux extravagantes caresses des risées, la voici qui clapote et se trémousse dans les reflets polychromes de la moire dont Debussy la vêt.

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La nuit 11 – Noctuelles

« Les noctuelles des hangars partent, d’un vol gauche, cravater d’autres poutres. »
Léon-Paul Fargue

Hayami Gyoshu - Danse des flammes 1925

Hayami Gyoshu – Danse des flammes 1925

C’est ce vers de son ami, le poète Léon-Paul Fargue qui inspire à Maurice Ravel la première pièce,  » Noctuelles « , de son recueil impressionniste  » Miroirs « . Chacune des cinq pièces qui le composent sont en effet autant de miroirs tendus par le génial musicien à ses amis « Apaches » *, pour qu’ils se reconnaissent dans le portrait musical qu’il brosse de chacun d’eux.  Portraits tout en reflets et suggestions, signant l’entrée de Ravel dans l’univers de « l’impressionnisme «   que beaucoup ont voulu et veulent encore limiter au seul domaine de la peinture.

* Cercle amical d’artistes parisiens, chacun exerçant un art différent (peintre,chef d’orchestre, compositeur, poète…)  

Lui-même, dans  » Esquisse autobiographique «  en 1928, s’exprimera ainsi sur cette question :

« Les Miroirs forment un recueil de pièces pour le piano qui marquent dans mon évolution harmonique un changement assez considérable pour avoir décontenancé les musiciens les plus accoutumés jusqu’alors à ma manière. […] Le titre des Miroirs a autorisé mes critiques à compter ce recueil parmi les ouvrages qui participent du mouvement dit impressionniste. Je n’y contredis point, si l’on entend parler par analogie. Analogie assez fugitive d’ailleurs, puisque l’impressionnisme ne semble avoir aucun sens précis en dehors de la peinture. Ce mot de miroir en tout état de cause ne doit pas laisser supposer chez moi la volonté d’affirmer une théorie subjectiviste de l’art. »

Dans la nuit chaude de l’été, les noctuelles fuient les ombres inquiétantes. Rassemblées autour de la flamme, elles s’adonnent à une ronde frénétique et fantasque, se précipitant, comme pour un défi téméraire, chacune à son tour, au plus près du foyer au risque de se brûler les ailes. Transe débridée, vol saccadé de ces insectes fous de la lumière, qu’imitent les escalades et désescalades rapides d’arpèges. Les rythmes et les harmonies inhabituels qu’utilise ce Ravel nouveau, maintiennent le mystère de cette ambiance nocturne, dans laquelle on se laisserait volontiers emporté, léger et translucide, sur l’aile d’un papillon de nuit.

 Le papillon de nuit : un jeune et brillant pianiste autrichien : Andreas Donat