Imitateur

Je parle de vieillesse à la femme que j’aime ;
on me répond : « C’est dans Ronsard, tout ça. » Je parle
d’un deuil profond et d’une enfant qui s’est noyée ;
on me répond : « Tout ça, c’est dans Victor Hugo. »

Je parle d’un cœur lourd comme un lac en colère ;
on me répond: « Tout ça, tu vois c’est Lamartine. »
Je parle de musique et d’un parc dans la brume ;
On me répond: « Tout ça, Verlaine y est passé. »

Je parle de partir, là-bas vers l’équateur ;
on me répond: « Tout ça, c’est Rimbaud. » Je parle
de mon orgueil et de ma solitude amère ;

On me répond : « C’est dans Vigny, t’as pas de chance. »
Je ne parlerai plus, de peur de les gêner,
ces salauds qui sans moi ont écrit mes poèmes.

Alain Bosquet (« Sonnets pour une fin de siècle » – Editions Gallimard 1980)

Illustration musicale : E. MacDowell – « Hexentanz » (Piano : Stephen Hough)

Exister sans vivre?

Victor Hugo

Victor Hugo (1802-1885)

Comédienne : Anaïs Gabay

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front.
Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime.
Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime.
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
C’est le prophète saint prosterné devant l’arche,
C’est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.
Ceux dont le cœur est bon, ceux dont les jours sont pleins.
Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.
Car de son vague ennui le néant les enivre,
Car le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre.
Inutiles, épars, ils traînent ici-bas
Le sombre accablement d’être en ne pensant pas.
Ils s’appellent vulgus, plèbe, la tourbe, la foule.
Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule,
Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non,
N’a jamais de figure et n’a jamais de nom ;
Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère,
Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère,
Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nus,
Pêle-mêle, et poussée aux gouffres inconnus.
Ils sont les passants froids sans but, sans nœud, sans âge ;
Le bas du genre humain qui s’écroule en nuage ;
Ceux qu’on ne connaît pas, ceux qu’on ne compte pas,
Ceux qui perdent les mots, les volontés, les pas.
L’ombre obscure autour d’eux se prolonge et recule ;
Ils n’ont du plein midi qu’un lointain crépuscule,
Car, jetant au hasard les cris, les voix, le bruit,
Ils errent près du bord sinistre de la nuit.

Quoi ! ne point aimer ! suivre une morne carrière
Sans un songe en avant, sans un deuil en arrière,
Quoi ! marcher devant soi sans savoir où l’on va,
Rire de Jupiter sans croire à Jéhovah,
Regarder sans respect l’astre, la fleur, la femme,
Toujours vouloir le corps, ne jamais chercher l’âme,
Pour de vains résultats faire de vains efforts,
N’attendre rien d’en haut ! ciel ! oublier les morts !
Oh non, je ne suis point de ceux-là ! grands, prospères,
Fiers, puissants, ou cachés dans d’immondes repaires,
Je les fuis, et je crains leurs sentiers détestés ;
Et j’aimerais mieux être, ô fourmis des cités,
Tourbe, foule, hommes faux, cœurs morts, races déchues,
Un arbre dans les bois qu’une âme en vos cohues !

                                                                                Victor Hugo (Châtiments)

Le mot

Victor Hugo1

Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !

Tout peut sortir d’un mot qu’en passant vous perdîtes ;

TOUT, la haine et le deuil !

Et ne m’objectez pas que vos amis sont sûrs

Et que vous parlez bas.

Écoutez bien ceci :

Tête-à-tête, en pantoufle,

Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,

Vous dites à l’oreille du plus mystérieux

De vos amis de cœur ou si vous aimez mieux,

Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,

Dans le fond d’une cave à trente pieds sous terre,

Un mot désagréable à quelque individu.

Ce MOT — que vous croyez qu’on n’a pas entendu,

Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre —

Court à peine lâché, part, bondit, sort de l’ombre ;

Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;

Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,

De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;

Au besoin, il prendrait des ailes, comme l’aigle !

Il vous échappe, il fuit, rien ne l’arrêtera ;

Il suit le quai, franchit la place, et cætera

Passe l’eau sans bateau dans la saison des crues,

Et va, tout à travers un dédale de rues,

Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.

Il sait le numéro, l’étage ; il a la clé,

Il monte l’escalier, ouvre la porte, passe,

Entre, arrive et railleur, regardant l’homme en face

Dit : « Me voilà ! Je sors de la bouche d’un tel. »

Et c’est fait ! Vous avez un ennemi mortel.

« Allumer… le feu! »

« Si le feu brûlait ma maison, qu’emporterais-je ? J’aimerais emporter le feu… »                  Jean Cocteau  (« Clair-obscur »)

« Enfer chrétien, du feu. Enfer païen, du feu. Enfer mahométan, du feu. Enfer hindou, des flammes. A en croire les religions, Dieu est né rôtisseur. »                                                          Victor Hugo (« Choses vues »)

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Sans titre

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D'eau et de feu

Fire incantation

Flower

Cracheur de feu / Palais de Tokyo

Paquet cadeau

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Fire Poi

Under the Bridge

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Guy Fawkes Night

Fireworks on New Years Eve

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