Pour l’amour de Manon… ou de Sylvie!

Des Grieux vient de battre Synnelet en duel. Le laissant pour mort, il s’enfuit dans le désert avec Manon, sa bienaimée. Épuisé, le couple est couché sur un lit de fortune simplement fabriqué avec les vêtements de Des Grieux. Ils se prodiguent l’un l’autre des soins attentifs. Leur tendre union est à son apogée. C’est ce moment paroxystique que la mort a choisi pour venir chercher Manon.

Oui! Manon Lescaut et son malheureux amant le chevalier Des Grieux. Ces héros légendaires du roman  de l’Abbé Prévost qui a servi, oh combien! et il y a longtemps, de sujet à nos devoirs de français.

Voici comment, dans un splendide pas de deux, sur la musique de Jules Massenet, deux formidables danseurs, Sylvie Guillem et Jonathan Cope, nous entraînent dans ce moment tragique où deux destins se jouent. Derniers soubresauts d’un combat désespéré contre la mort, que mènent les amants réunis en un acte final d’une éclatante beauté.

Et voici comment L’Abbé Prévost nous racontait le drame, avec les mots – qu’il nous fallait commenter jadis – de son malheureux héros, le Chevalier Des Grieux :

      » Pardonnez, si j’achève en peu de mots un récit qui me tue. Je vous raconte un malheur qui n’eut jamais d’exemple. Toute ma vie est destinée à le pleurer. Mais, quoique je le porte sans cesse dans ma mémoire, mon âme semble reculer d’horreur, chaque fois que j’entreprends de l’exprimer.
Nous avions passé tranquillement une partie de la nuit. Je croyais ma chère maîtresse endormie et je n’osais pousser le moindre souffle, dans la crainte de troubler son sommeil. Je m’aperçus dès le point du jour, en touchant ses mains, qu’elle les avait froides et tremblantes. Je les approchai de mon sein, pour les échauffer. Elle sentit ce mouvement, et, faisant un effort pour saisir les miennes, elle me dit, d’une voix faible, qu’elle se croyait à sa dernière heure. Je ne pris d’abord ce discours que pour un langage ordinaire dans l’infortune, et je n’y répondis que par les tendres consolations de l’amour. Mais, ses soupirs fréquents, son silence à mes interrogations, le serrement de ses mains, dans lesquelles elle continuait de tenir les miennes me firent connaître que la fin de ses malheurs approchait. N’exigez point de moi que je vous décrive mes sentiments, ni que je vous rapporte ses dernières expressions. Je la perdis ; je reçus d’elle des marques d’amour, au moment même qu’elle expirait. C’est tout ce que j’ai la force de vous apprendre de ce fatal et déplorable événement.  » (Manon Lescaut)

♥♥♥

Le Cid de… Fourest

El Cid Campeador - by Anna Hyatt Huntington - 1923 (San Diego CA)

El Cid Campeador – by Anna Hyatt Huntington – 1923 (San Diego CA)

Le palais de Gormaz, comte et gobernador
est en deuil ; pour jamais dort couché sous la pierre
l’hidalgo dont le sang a rougi la rapière
de Rodrigue appelé le Cid Campeador.

Le soir tombe. Invoquant les deux saints Paul et Pierre
Chimène, en voiles noirs, s’accoude au mirador
et ses yeux dont les pleurs ont brûlé la paupière
regardent, sans rien voir, mourir le soleil d’or …

Mais un éclair, soudain, fulgure en sa prunelle :
sur la plaza Rodrigue est debout devant elle !
Impassible et hautain, drapé dans sa capa,

le héros meurtrier à pas lents se promène :
« Dieu ! » soupire à part soi la plaintive Chimène,
« qu’il est joli garçon l’assassin de Papa ! »

                                                    Georges Fourest in « La négresse blonde »

Liberté

statue-liberté

ελευθερία

Ne nous parlez plus de héros, ne nous parlez plus de révolution,
dites-nous combien ils restent encore ?
Vous laissez derrière vous des rêves pillés, des mondes gaspillés,
des soleils brûlés, laissez-nous créer.
Une arme en amour, une bombe à lumière, un fusil à fleurs,
une vie sans barrières, laissez-nous rêver.
D’un enfant président, d’un roi sans couronne, d’un Jésus indien,
d’un Dieu qui pardonne, même ceux qui l’oublient.
Vous laissez derrière vous des mères matraquées, des lunes piétinées,
des hommes qui mouraient pour la liberté.
                                                                                   Angélique Ionatos
Ω