La fidélité ou l’art de la démonstration

En ces temps là, quand on avait dit « oui », c’était évidemment pour la vie… Et le couple tenait bon!

Depuis le dernier tiers du XXème siècle, avec l’augmentation du nombre et de la fréquence des divorces, la question n’a cessé d’occuper les esprits : Comment donc faisaient nos aînés pour donner autant de longévité à leurs unions?

Les sociologues, avec ce talent de faire parler les courbes qui leur est propre, ont multiplié les explications à l’infini. Mais je ne me souviens pas qu’ils aient développé une seule fois cet argument péremptoire qui suppose tout simplement que nos grands-mères étaient plus « intelligentes » que nos épouses – Pardon Mesdames! – (ou plus naïves, peut-être?), et nos grands-pères plus « honnêtes » que nous-mêmes – Pardon Messieurs! – (ou plus habiles peut-être?).

A l’évidence les observateurs n’avaient pas accordé suffisamment d’intérêt à cette scène délicieuse du film réalisé en 1949 par Henri Jeanson, « Lady Paname », où Louis Jouvet, dans le rôle d’un très malin photographe, explique avec force conviction à son épouse, qu’il remercie de toutes ses grâces, comment elle sait faire de lui un mari aussi « fidèle »…

Un modèle de casuistique!

Vera Norman (Oseille) – Jane Marken (L’épouse) – Suzy Delair (Caprice)

Jeanne ou l’art subtil de convaincre

Jeanne d’Arc a besoin d’un cheval et de troupes pour apporter soutien au Dauphin à Chinon. Elle vient à Vaucouleurs, chez le Seigneur de Beaudricourt, lui demander de l’armer.

Jean Anouilh - 1910-1987

Jean Anouilh – 1910-1987

La scène est imaginée par Jean Anouilh, dramaturge, maître de l’écriture théâtrale.  Elle est extraite de sa pièce, « L’alouette », écrite à la gloire de la Pucelle de Domremy, pièce qui compte parmi le petit nombre de celles qu’il souhaitait voir jouer costumées.

Ici, Jeanne d’Arc, effrontée, culottée, retourne avec une habileté et une malice toutes féminines le seigneur de Beaudricourt, enfermé dans sa prétention et perché sur son autorité. Souplesse extrême du reptile qui tranquillement entoure sa proie et la maîtrise, Jeanne (interprétée par Edith Zedine), sûre de son triomphe, déploie progressivement son intelligence, abuse de la flagornerie, et ramène en sa faveur les humeurs du suzerain qu’elle finit par convertir à sa cause. Le seigneur est interprété par un Daniel Ivernel au mieux de son talent de comédien.

Certains ne connaissent peut-être pas ces comédiens, et c’est normal, car la vidéo présentée ici est le fruit d’une captation de 1960. La première représentation de la pièce a eu lieu en 1953, avec Suzanne Flon. « L’alouette » a été reprise en 2012 avec Sara Giraudeau, dans une mise en scène de Christophe Lidon.

Un beau moment de théâtre… et de psychologie. Et un hommage à l’habileté et la détermination légendaires de la femme.

Les trois fils

Depuis des temps immémoriaux on raconte cette histoire devenue légende. On en ferait volontiers une fable.

En des temps très anciens, dans un pays lointain brûlé par le soleil, un vieux père réunit ses trois fils et leur tient ce langage :

– Mes enfants, vous le savez, vous êtes ma raison de vivre ; je vous ai consacré chaque seconde de mon existence depuis votre naissance et cela m’a comblé. Mais aujourd’hui mon voyage sur cette terre atteint son terme. Il me faut vous faire un dernier legs mais le seul bien qu’il me reste, je ne peux le partager entre vous ; c’est cette pauvre et petite masure qui ne saurait vous accueillir tous les trois. J’ai donc décidé que le plus habile d’entre vous en héritera.

Les fils émus gardent un silence respectueux mais inquiet et le père poursuit :

– Cette maisonnette appartiendra à celui de vous trois qui saura remplir la totalité de l’espace de sa simple et unique pièce. Nessim, tu es l’aîné, tu essaieras donc le premier, puis viendra le tour d’Ibrahim et enfin Jaber, le plus jeune.

Le lendemain matin, le soleil à peine sorti des limbes de la nuit, Nessim s’évertuait à décharger un tombereau de lourdes et volumineuses pierres destinées à remplir la masure. Quand, le soir venu, épuisé, il appela son père pour lui montrer son œuvre, il ne tarda pas à comprendre, au regard désolé du vieil homme, que ses efforts n’avaient pas été suffisants. La maisonnette n’était, à l’évidence, pas totalement remplie, bien des espaces demeuraient vides.

Le jour suivant, Ibrahim, tirant enseignement de la tentative de son frère aîné, décida de remplir la pièce avec des meules de foin, pensant que la tâche serait moins rude. Mais quand le père vint constater le travail, la petite salle, une fois encore, n’était pas totalement remplie.

Vint alors le tour de Jaber, le plus jeune fils. Il ne fit rien de la journée, laissant oisivement passer les heures. Le soir venu, la clarté se faisant rare et court le temps restant avant la fin de l’épreuve, le père arrive et s’étonne en constatant la paresse de son jeune fils. Aussitôt Jaber, tranquille, le prend par le bras et l’invite à entrer dans la masure où même un chat n’aurait pu trouver son chemin. Il sort alors un petit bout de chandelle et l’allume. Immédiatement la pièce s’emplit de lumière, ne laissant aucun espace, le plus petit soit-il, dans le noir ; éclairant du même coup le large sourire du patriarche et les visages penauds et dépités des frères furieux de leur peu de malice.

Jaber fut l’unique héritier de la misérable demeure familiale.

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