Adios Paco !

Désormais les guitares du Flamenco ne sonneront plus de la même façon. La première corde pincée sera inévitablement celle du souvenir.

Paco De Lucia est mort hier.

Paco de Lucia

Il était incontestablement le grand maître de la guitarra flamenca à qui d’ailleurs il a largement ouvert les chemins de l’universalité, la faisant voyager aussi bien dans les quartiers d’Ipanema ou de Copacabana, royaume de la Bossa nova, que dans les festivals de Jazz du monde entier en compagnie des meilleurs spécialistes du genre, comme Al Di Méola et John Mclaughlin. Avec eux il apprendra l’art délicat de l’improvisation. Le trio laisse des enregistrements exceptionnels que toute discothèque bien construite se doit de posséder.

Sans jamais pourtant s’éloigner des racines andalouses de sa musique – il suffit pour s’en convaincre d’écouter ou de ré-écouter ses duos d’anthologie avec le chanteur flamenco Camaron – Paco De Lucia interprétera avec bonheur Manuel de Falla, et enregistrera le célèbre Concerto d’Aranjuez du compositeur Joaquin Rodrigo.

Avec la disparition de celui qui reçut il y a quelques années le prix  » Prince des Asturies « , la plus prestigieuse distinction artistique en Espagne, la musique en particulier, et les arts de notre temps dans leur totalité, perdent un de leurs représentants les plus géniaux.

Heureusement il nous reste une trentaine d’enregistrements réalisés tout au long de sa carrière par ce merveilleux guitariste. Nous nous en délecterons encore longtemps en évoquant le grand artiste qui nous a quittés.

Pour illustrer les multiples facettes de ce talent exceptionnel, l’envie est forte de présenter en partage des vidéos enregistrées à différentes époques et dans des styles musicaux variés. Il m’a cependant semblé qu’en choisir une seule parmi les plus récentes, dans laquelle on retrouverait, rassemblées comme en une synthèse, les diverses manières de l’art abouti du Maître, serait un hommage qui ne perdrait certainement pas en admiration ce qu’il gagne en discrétion.

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Quelques références discographiques :

Agustin y Berta

Con palabras…

Agustin Barrios Mangoré (1885-1944)

Agustin Barrios Mangoré (1885-1944)

Ce regard nostalgique et profond est celui de Agustin Barrios Pio – Mangoré, guitariste de grande classe et compositeur paraguayen de la première moitié du XXème siècle. C’est à lui que l’on doit la partition « Un ultimo canto » , objet de la vidéo « sin palabras » du billet précédent.

Compositeur généreux avec plus de 300 œuvres destinées à la guitare classique, il partage sa vie entre composition et concerts. Une fois établi  dans sa notoriété au Paraguay, il décide de parcourir l’Amérique latine d’abord, puis l’Europe où il passe la dernière décennie de son existence. Le développement de sa carrière étant concomitant aux progrès des techniques phonographiques, il sera pionnier parmi les musiciens de son temps, et enregistrera volontiers ses interprétations.

Agustin était particulièrement attaché à ses racines, et lors de ses concerts il pouvait aussi bien se présenter dans le plus impeccable et conventionnel des « smokings », que d’arriver sur scène habillé en indien Guarani, tête coiffée d’un foulard orné d’une plume. En 1932, devenu célèbre, il ajouta à son nom le surnom que portait un grand chef de tribu de la forêt paraguayenne, Mangoré, par respect et admiration pour ce guerrier qui résista courageusement aux conquistadors espagnols.

Sa musique pour guitare se distingue des partitions classiques par l’empreinte d’exotisme qui la caractérise. Elle est emplie de cette poésie nostalgique qui va puiser sa source dans le vert profond et solitaire des épaisses forêts.

Elle demeure toutefois une véritable épreuve pour le musicien, tant l’écriture exige technique, habileté et virtuosité. John Williams, immense guitariste qu’on ne présente plus, disait que la musique de Barrios Mangoré, par tous ses aspects techniques, poétiques et musicaux, plaçait le compositeur au dessus des maîtres du genre, tels que Fernando Sor, Mauro Giuliani ou encore Villa-Lobos. Bel hommage!

Phonographe à pavillon

Berta Rojas, guitariste que je découvris, par hasard en 1998, en parcourant le catalogue d’un modeste label d’édition discographique, me fit entrer avec bonheur dans l’univers de Barrios Mangoré. Cette rencontre s’est révélée être pour moi un enchantement  et j’écoute, depuis, très souvent ce CD avec un plaisir chaque fois renouvelé.

L’interprète, déjà excellente, a gagné en maturité et si elle continue de servir aussi justement et délicatement cette musique, c’est certainement parce qu’elle aussi va chercher au cœur de ses racines paraguayennes, les harmonies qui font chanter sa guitare.

« La catedral »  (3ème mouvement « Allegro solemne » – allegro solennel)

Agustin Barrios Mangoré tenait cette pièce pour une de ses compositions les plus abouties.

« Las abejas » (Les abeilles)

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