« C »

Derrière le plus simple arrondi d’une seule lettre de l’alphabet on peut parfois trouver un émouvant poème d’un inoubliable poète et même quelques notes de musique jetées mélodieusement sur la partition d’un formidable compositeur.

Qu’un ténor, d’une douce et ondulante inflexion, unisse ces deux  voix, et nos âmes oublieuses reviendront traverser, sur les bords de notre Loire, les combats douloureux de notre histoire et les souffrances de nos ainés.

Quand les vers sont d’Aragon et la musique de Poulenc, les drames qu’ils racontent paraissent plus émouvants encore. Quand Hugues Cuénod les chante, une larme pourrait bien nous échapper pour ces temps passés.

J’ai traversé Les Ponts-de-Cé
C’est là que tout a commencé

Une chanson des temps passés
Parle d’un chevalier blessé,

D’une rose sur la chaussée
Et d’un corsage délacé,

Du château d’un duc insensé
Et des cygnes dans les fossés,

De la prairie où vient danser
Une éternelle fiancée,

Et, j’ai bu comme un lait glacé
Le long lai des gloires faussées.

La Loire emporte mes pensées
Avec les voitures versées,

Et les armes désamorcées,
Et les larmes mal effacées,

Oh ! ma France ! ô ma délaissée !
J’ai traversé Les Ponts-de-Cé.

Louis Aragon (Les Yeux d’Elsa – 1942)

C’est le printemps ! France

Maurice Denis 1891 (Avril les anémones) collection privée

Maurice Denis 1891 (Avril les anémones) collection privée

Un vieux dicton prétend que tout finit en France par une chanson. Et si, au contraire, pour une fois, tout commençait par une chanson…

Puisque le printemps est la saison du renouveau, de la renaissance, du re-commencement, pourquoi ne fêterions nous pas l’avènement de ce printemps 2014 en chantant ?

Et en chantant partout à travers le monde, à la manière de chaque pays que nous traverserions ensemble au cours de ce voyage immobile dont je voudrais qu’il soit un heureux prélude à nos saisons futures.

Mais si nous ne savons pas chanter, nous écouterons. Ce qui compte au fond dans le chant, ce n’est ni la voix qui sonne, ni l’oreille qui entend, mais simplement ce subtil courant d’émotion qui va d’un cœur qui donne vers un cœur qui reçoit.

Alors c’est parti, on s’fait la malle ! comme dirait notre guide français, grand-père Léo qui l’aime tant, notre langue.

Car, comment pourrait-il en être autrement, le voyage commence en France, évidemment, là où l’on entend le vent du nord prendre l’accent de Mistral.

« I have a dream… »

Oui, je fais ce rêve de voir et d’entendre un jour le peuple de France, conduit par la seule baguette d’un chef d’orchestre, réuni par la musique dans tous les coins du pays, autour de son unique drapeau, chanter d’un seul chœur en liesse, fier et enthousiaste,  « Tu ne marcheras plus tout seul », comme le font les anglais, ici en 2013 avec la merveilleuse Joyce Di Donato, à la fin du concert annuel des « Proms » au Royal Albert Hall de Londres. (Et ils ne chantent pourtant pas encore le « Rule Britannia », ni même le « God Save The Queen »…).

Un chant de paix, pour tous, et surtout contre personne ; loin des temples, sans ballon, sans fusil, sans victoire, sans défi, sans vengeance ; un chant, tout simplement pour chanter… ensemble.

« Seule l’utopie du futur réconforte contre le pessimisme de l’Histoire » (Elisabeth Badinter)

Le chant commence à 2’40

Mélodie extraite de la comédie musicale, « Carousel »  (Carrousel en français) de Richard Rogers et Oscar Hammerstein (1945).

Quand tu marches à travers une tempête, garde la tête haute
Et n’aie pas peur du noir
A la fin de la tempête se trouve un ciel d’or
Et le doux chant d’une alouette
Marche à travers le vent
Marche à travers la pluie
Même si tes rêves ont été ballottés et soufflés au loin
Marche, marche avec l’espoir au cœur…

Et tu ne marcheras jamais seul