Pour le Cinéma…

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Pour le Cinéma…

Pour l’amour du Cinéma…

Pour Giuseppe Tornatore
(« Stanno tutti bene » – « 1900, La légende du pianiste sur l’océan » – « The best offer » …)

Pour la mémoire de Philippe Noiret

Pour Jacques Perrin

Pour Toto, à la gloire de la lumière magique des rêves de l’enfance

Pour l’inoubliable musique d’Ennio Morricone qui de chaque note fait jaillir une image

Pour la passion qui…

[…]

Lire, voir, écouter la suite . . .

La scène du balcon

Et voilà ! A peine a-t-on dit « Scène du balcon » que déjà nos yeux pavloviens se mettent à chercher au fond du parc enveloppé dans la nuit véronaise l’ombre de Roméo se glissant sous la fenêtre de l’impossible bienaimée. Déjà nos tympans aiguisés par le mythe vibrent aux murmures de jeunes lèvres tremblantes annonçant l’inéluctable drame :

JULIET

O Romeo, Romeo! wherefore art thou Romeo ?
Deny thy father and refuse thy name ;
Or, if thou wilt not, be but sworn my love,
And I’ll no longer be a Capulet.

JULIETTE

O Roméo ! Roméo ! Pourquoi es-tu Roméo ?
Renie ton père et abdique ton nom ;
ou, si tu ne le veux pas, jure de m’aimer,
et je ne serai plus une Capulet.

Ford Madox Brown (1821-1893) - Roméo et Juliette

Ford Madox Brown (1821-1893) – Roméo et Juliette

Ah ! Vos références ne remontent pas jusqu’au lointain XVIème siècle, vous préférez le XIXème finissant. Et « la Scène du balcon », pour vous, c’est Roxane, en appui sur sa balustrade, abusée par les ombres de la nuit, tombant sous le charme de la délicate et tendre poésie d’un amoureux qui n’est pas celui qu’elle croit.

Mais, rappelez-vous tout de même que Cyrano est sujet de Louis XIII, le siècle de Shakespeare n’est pas si loin ! Et puis, croiriez-vous naïvement que les facéties brillantes d’Edmond Rostand auraient épargné le plus prestigieux de ses vieux maitres ?

Il est incontestable que le ver est aussi séduisant que le noble cœur qui le dit, dissimulé sous les voiles pudiques de la nuit.  

CYRANO

Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce ?
Un serment fait d’un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui veut se confirmer,
Un point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer ;
C’est un secret qui prend la bouche pour oreille,
Un instant d’infini qui fait un bruit d’abeille,
Une communication ayant un goût de fleur,
Une façon d’un peu se respirer le cœur,
Et d’un peu se goûter, au bord des lèvres, l’âme !

Balcon Cyrano

Alors vous, plus jeune, plus moderne, quand on évoque « la Scène du balcon », vous vous sentez aussitôt transporté dans les rues de ce New-York de métal froid aux nuits déchirées par les sirènes et inféodées à la violence des gangs. Au milieu de ce désordre des quartiers du West Side vous avez repéré, ému, un jeune couple qui, pour échapper aux yeux de tous, se retrouve perché en haut des marches d’un escalier de secours. Aux accents harmonieux d’une composition de Léonard Bernstein, Tony et Maria se déclarent leur amour, dites-vous ?

Allez, cherchez un peu dans vos souvenirs ! Ça ne vous fait pas penser à un certain Roméo et à une certaine Juliette…? Quelques siècles plus tôt, sur un balcon – ou une fenêtre… pour les puristes ! – ?

Pour moi, ce soir, – allons savoir pourquoi ! – « la Scène du balcon » n’annonce pas de drame, toute entière baignée dans les légèretés sentimentales des bonnes vieilles comédies musicales américaines, surtout quand elles sont signées Stanley Donen.

Roméo, alias Dick – interprété par Fred Astaire, au charme et à l’élégance inaltérables – photographe de mode pour un célèbre magazine américain, a convaincu une jeune libraire new-yorkaise, Jo (Audrey Hepburn) de venir à Paris faire des photos dans une librairie typique. C’est l’occasion inespérée pour Jo de tenter de rencontrer son philosophe favori, bien plus passionnant, à son goût, que les futilités du fashion business. Dick, qui a depuis longtemps perdu ses 20 ans, s’éprend de Jo.

Ce soir, Dick joue les « Roméo ». Chanteur de charme sur le balcon de sa belle, il en descend pour devenir danseur, mime, clown, toréador, joueur de baseball, golfeur, basketteur… Tout pourvu que revienne la lumière sur le visage un peu triste de sa douce « Juliette » .

Le sourire de Jo en dit long, même le titre du film : « Funny face ».

L’altitude n’est généralement pas propice aux fins heureuses des histoires d’amour…
Quoique parfois…
Dans tous les cas notre plaisir flirte avec notre âme… Sur les hauteurs !

Lumière blessée /2 – Pour un regard de la fleuriste…

City-Lights - afficheAprès la projection du film de Charlie Chaplin en 1931, Orson Welles se plaisait à répéter cette sentence superlative à qui voulait l’entendre :

« Les lumières de la ville, c’est assurément le plus beau film de tous les temps ».

Et, n’en doutons pas, il était absolument sincère, nonobstant la réputation d’exagérateur qui lui collait à la peau. Le triomphe mondial de ce dernier film muet de Chaplin confirmera le propos du célèbre expert. Triomphe d’autant plus inattendu que le cinéma parlant avait pris son essor depuis quelques années déjà, à la pleine satisfaction des spectateurs si longtemps frustrés par l’absence des dialogues. La dangereuse obstination de Chaplin pour le muet ne les privera pas pour autant du son avec lequel le génial metteur en scène joue déjà très habilement, bien qu’il ait délibérément choisi de conserver les affichettes carton pour les paroles du film.

Les scènes dignes de figurer aux premiers plans d’une anthologie du cinéma ne manquent pas dans cette réalisation qui a exigé près de trois années de travail, tant Chaplin a sollicité son perfectionnisme à l’extrême.

Mais il en est une – qui d’ailleurs introduit toute la dramaturgie de l’œuvre – que je placerais volontiers en exergue d’un tel florilège : cette scène inoubliable de la première rencontre entre Charlot, éternel clochard, et la belle fleuriste aveugle qui à la faveur des circonstances le prend pour le riche gentleman de ses rêves.

Tout, dans ces quelques minutes de pur cinéma, est si minutieusement analysé et scénarisé et si justement interprété avec délicatesse, pudeur et naturel, que l’on se laisse volontiers abusé par la magie des images et de la musique au point de croire, ou presque, malgré le temps passé et les énergies déployées (plus de 300 prises), que nous sommes, par les privilèges d’un hasard heureux, les uniques témoins de cette unique et bien touchante rencontre.

Trois minutes d’une réelle émotion partagées entre sourire, rire et larmes, préambule aux aventures magistralement gaguesques d’un Charlot prêt à tout pour aider la belle fleuriste à guérir de sa cécité.

Le plus beau film de tous les temps… Pour un regard de la fleuriste…

♥♥♥♥♥

Deux : Comme dialogues d’amis

« Heureux deux amis qui s’aiment assez pour savoir se taire ensemble » disait Charles Péguy.

C’est assurément dans ce silence partagé que se reconstitue l’unité, la communauté intime propre à l’amitié, dans laquelle deux esprits naturellement affectés d’une grande considération réciproque fusionnent en une seule âme, laissant de fait les mots du dialogue, eussent-ils été des plus cordiaux, à leur humaine vanité. Il y a nécessairement dans l’amitié une part spirituelle qui finit toujours par se superposer au verbe jusqu’à le rendre au silence.

Mais doit-on pour autant ne pas reconnaître aux mots du dialogue toute leur force expressive quand la parole atteint, comme dans ces deux exemples empruntés au cinéma, à autant de sensibilité et autant de qualité à la fois esthétique et humaine ?

Il n’en demeure pas moins que, la connivence, la complicité, la considération, le respect, une fois échangés par l’entremise des mots, c’est dans le silence ultime et réciproque d’un simple geste, d’un regard ou d’une attitude spontanément adoptée dans une commune symétrie que s’exprime tout entier le sentiment profond d’amitié.

La vérité du dialogue ne résiderait-elle pas dans ses silences ?

 « Il est minuit Docteur Schweitzer »

Dans ce film de André Haguet de 1952, tiré de la pièce de Gilbert Cesbron, le Docteur Schweitzer (Pierre Fresnay), médecin missionnaire, vient dans les années 1910 au Gabon, alors colonie française, pour aider le pays à lutter contre le paludisme meurtrier qui sévit. Il y rencontre entre autres sérieuses difficultés, l’opposition de l’Administrateur de la région. Mais il trouvera le soutien du Père Charles (Jean Debucourt) avec qui il se lie d’amitié.

« Les bas-fonds »

En 1936, Jean Renoir porte à l’image la pièce éponyme de Maxime Gorki, avec de jeunes acteurs très prometteurs : Jean Gabin et Louis Jouvet.

Pépel (Gabin) cambrioleur patenté se fait surprendre par le propriétaire de la maison qu’il est en train de dévaliser, un baron ruiné (Jouvet) qui attend la visite des huissiers qui vont tout saisir chez lui.  Les deux hommes sympathisent et deviennent amis. Ce qui nous vaut cette scène bucolique d’amicales confidences interprétée magnifiquement.

Une étoile est née

A Star is Born (1954) - AfficheQuelle affiche ! Quel film !

En cette année 1954 George Cukor tourne à Hollywood le « remake » d’un film de William A. Wellman,  » Une étoile est née «   de 1937. Il ne peut évidemment pas supposer le succès que recevra sa réalisation ni l’importance considérable qu’elle prendra pour le cinéma américain.

Déjà le film de Wellman recevait à sa sortie un succès public éclatant avec quatre nominations aux Oscars. Janet Gaynor, à qui était confié le rôle principal, y incarne une jeune fille de milieu modeste projetée sur le devant de la scène par un acteur célèbre en phase descendante qui décide de lui donner sa chance.

Wellman, bien que timidement compte tenu de la jeunesse de Hollywood, présente déjà, par  la dialectique d’un scénario dans lequel se côtoient déchéance et ascension, une mise en garde contre les dangers du vedettariat.

Dix-sept ans plus tard, avec le regard aiguisé de George Cukor porté sur un Hollywood nécessairement différent après le conflit mondial de 1939-1945 et les récentes outrances du maccarthisme,   » A star is born  »  version 1954 ne se contentera pas de reproduire la réserve un peu fade de son ainée malgré l’habileté du scénario. Cukor va plutôt se laisser aller à une certaine forme d’exagération ironique pour exprimer ce que beaucoup savent déjà désormais : l’attitude purement économique, particulièrement autoritaire et souvent abusive des studios envers les acteurs, et les drames humains qui quelquefois s’en suivent.

 » A star is born «  1954 – Bande annonce

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C’est un portrait à la fois cruel et magnifique de Hollywood que brosse ici le sensible réalisateur du « Roman de Marguerite Gautier » en 1937 et de  « Femmes » en 1939. Un heureux mariage en grandes pompes du mélodrame, de la fantaisie et de la comédie musicale – genres qu’affectionnait infiniment Cukor –  pour dénoncer les risques d’un monde où les apparences et les illusions tiennent lieu de vérité. Témoignage également de l’immense et fascinant talent d’une actrice à la destinée personnelle tristement hollywoodienne, Judy Garland, qui nous régale ici de sa composition sans doute la plus remarquable.

 » A star is born «  1954 –  » A man that got away « 

Version HD disponible

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Elle interprète le rôle de cette jeune fille, Esther Blodgett, rêvant d’une carrière dans le cinéma, qui, venue de sa province tenter sa chance à Hollywood, rencontre, après quelques déboires, Norman Maine, acteur célèbre sur le déclin (interprété par James Mason). Appréciant son talent et devenant inévitablement amoureux d’elle, Norman va la porter vers les sommets sous son nouveau nom de scène : Vicki Lester, et l’épouse.

Mais à l’écran, comme dans la vie, les choses ne se limitent pas à leur heureuse simplicité : Norman, qu’un caractère difficile et un goût trop prononcé pour l’alcool tiennent éloigné des engagements, continue de sombrer dans la boisson au point que Vicki décide d’arrêter en pleine ascension sa brillante carrière pour se consacrer au soutien de son mari. Il refuse ce sacrifice et met fin à ses jours. Vicki résistera à son désir de tout abandonner pour que Norman ne soit pas mort pour rien.

Dès 1932, Cukor avait, de façon prémonitoire, abordé le sujet du prix de la gloire dans le scénario à succès qu’il monta en compagnie de son ami Selznick, nouvellement venu à la tête de RKO. : « What price Hollywood ».

Son remake en 1954 de « A star is born » va totalement éclipser la version précédente de Wellman, et ne laissera que peu de place à celle de Frank Pierson en 1976, avec Barbara Streisand.

Le film qui faisait à la sortie initiale de la salle de montage plus de 260 minutes, fut, ironie du sort, et terrible déconvenue pour le metteur en scène, amputé de plus de 90 minutes pour sa distribution en salle. Cela n’empêcha pas le public et la critique de l’accueillir avec un réel enthousiasme. Il fut sept fois nommé aux Oscars de 1955 sans se voir pour autant décerner la moindre statuette, et finit toutefois par obtenir deux récompenses suprêmes aux Golden Globes la même année : Meilleur acteur de comédie musicale pour James Mason et meilleure actrice de comédie musicale pour Judy Garland. Il faut dire que tous les deux remplissent l’écran avec un formidable bonheur, et que Judy Garland à elle seule serait capable de faire danser et chanter une armée entière de mauvais coucheurs.

Avec elle on prendrait volontiers pour argent comptant le titre à la une de son journal :

 » Bright future is predicted «  (On prédit un brillant futur)

La nuit 6 – L’amour, la haine

La Nuit du chasseur-Love & HateAmour et haine, noir et blanc, bien et mal, innocence de l’enfance et perversion de l’âge adulte, ombre angoissante et lumière violente. Tout, dans cet unique film de Charles Laughton – comédien devenu pour une fois réalisateur –  est image de la dualité inhérente à l’âme humaine. De cette bipolarité, avec laquelle joue sans cesse la réalisation, elle–même partagée entre le genre « Western » et le « film noir », nait la peur, l’angoisse, qui fait courir deux enfants à travers un bout des États Unis, près du fleuve Ohio, pourchassés, pour s’emparer de leur secret, par un criminel psychopathe. Les contes de Grimm ou de Perrault ne sont jamais bien loin.

Ce criminel, le faux pasteur Harry Powell, a appris de son compagnon de cellule, le fermier Ben Harper, avant qu’il soit exécuté, que celui-ci a caché dans son village 10 000 dollars qu’il a volés pour aider les siens.

Aussitôt libéré, Powell part à la recherche de ce butin. Il se rend dans ce village où il espère que son apparence d’homme de Dieu l’aidera à gagner la confiance des habitants et à encourager les confidences de la famille du fermier. Il va jouer en virtuose de tous les registres de l’hypocrisie pour approcher et amadouer ceux qui pourraient le conduire au magot. Il gruge la malheureuse veuve de Harper au point de l’épouser, mais s’apercevant qu’elle ne sait rien et qu’elle a deviné ses intentions, il la tue, faisant croire à un départ précipité. Il n’aura désormais de cesse de faire parler les enfants dont il a compris qu’eux seuls savent où est caché l’argent.

Comment l’instinct innocent et le courage de deux enfants effrayés, John et Pearl, pourraient-ils, au cœur de la nuit inquiétante, leur permettre d’échapper à la détermination extrême du dangereux criminel qui les poursuit ?

Pour interpréter le révérend Powell, incarnation du diable, Robert Mitchum, dans ce qui demeure sans aucun doute comme « Le » personnage de sa vie de comédien. Prêt à tout pour arriver à ses fins, l’inquiétant pasteur trouve dans l’immense palette de l’acteur toutes les expressions et toutes les postures qui servent au mieux son vil dessein.

Quel enfant dans la tranche d’âge du jeune John Harper, qui aurait vu ce film à sa sortie, n’a pas conservé au fond de lui-même, sa vie durant, une part d’angoisse que chaque évocation de Robert Mitchum ne manque pas de réveiller ?

Nuit du chasseur affiche1

Ce film inoubliable, inclassable, dans lequel le noir et blanc lumineux est un personnage à part entière, flattant, par le jeu puissant des contrastes, une dramaturgie diabolique soutenue par une musique de Walter Schumann qui la renforce encore, a été particulièrement mal accueilli à sa sortie en 1956. Au point que Charles Laughton ne se risqua plus à revenir à la réalisation.

Et pourtant, voilà bien des années que cette pellicule est entrée pour ne plus en sortir, dans la courte liste des films références de l’histoire du cinéma. Devenu un classique incontournable ce film inspire encore les cinéastes d’aujourd’hui, et on en retrouve quelques traces dans la filmographie des plus célèbres réalisateurs contemporains, tels les Frères Coen (« The Barber ») ou Martin Scorsese (« Cape fear » – Les nerfs à vif), pour ne citer qu’eux.

Tout dans l’extrait qui suit démontre combien la qualité des éclairages et des prises de vues contribue à attiser la tension du drame qui, après chaque accalmie, retrouve sa pleine part de suspense et d’action.

*

Au travers de l’apparente simplicité formelle du conte, Laughton veut montrer par ce dualisme omniprésent dans sa réalisation, confinant parfois au surréalisme, cette caractéristique typiquement américaine qui consiste en une affirmation de l’innocence – naïveté peut-être – au milieu d’un univers dominé par la corruption.

De la même manière, se côtoient et s’opposent la religion et la foi, l’une aveuglant le troupeau humain, l’égarant loin des réalités, l’autre conférant à quelques uns la force compassionnelle qui, n’endormant pas leur vigilance lucide, grandit leur chrétienté. Ainsi, Mrs Cooper – interprétée par Lilian Gish – qui a recueilli les enfants, consciente du danger qui les menace, rejoint-elle, dans une scène d’anthologie, le cantique de celui qui, chargé des plus mauvaises intentions, assiège sa maison. Le fusil armé sur les genoux…

Et toujours, sauvage, implacable, la nature, en filigrane, comme un symbole en miroir.

Perle triste sur grand écran… Hommage à Denys de la Patellière

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C’est le même homme, à droite et à gauche, les années font toujours la différence sur les photos. Au dedans la passion défie le temps. Celle que Denys de la Patellière a nourri toute sa vie pour le cinéma est restée intacte jusqu’à ce 21 juillet dernier, où le mot FIN est apparu « pour de vrai » comme disent les enfants, une ultime fois et en surimpression sur le dernier regard d’une existence de cinéaste. Il avait 92 ans.

Il n’était ni Hitchcock, ni Kurosawa, mais ses films fleuraient bon la vie des gens et donnaient bien du plaisir à ceux de ces années là qui allaient au cinéma comme on va à la fête. Et si la « Nouvelle vague » l’a abreuvé de mille critiques, se plaignant du manque de corps de ses scenarii, l’artisan qu’il était a démontré son talent dans des films bien faits, où il savait utiliser avec rigueur sa solide expérience de technicien, et dont souvent il confiait les dialogues à un Michel Audiard du meilleur cru. Langue truculente et tellement belle!

Quel metteur en scène fallait-il être, de surcroit, pour diriger des « monstres sacrés » tels que les Gabin, Brasseur, Ventura et autres De Funès.

Cinéaste au sens de l’esthétisme fort développé, il savait s’entourer de talentueux directeurs de la photographie pour produire des plans de grande qualité et souvent, en extérieur, des images de très belle facture.

C’est à lui que l’on doit le célébrissime « Taxi pour Tobrouk ». Qui n’a pas vu ce film de 1960 qui réunit, perdus au cœur du désert Libyen, quelques militaires français (Lino Ventura, Maurice Biraud, Charles Aznavour) et leur prisonnier allemand (Hardy Krüger), cherchant à sauver leur peau en jouant à cache-cache avec les troupes de l’Afrikakorps du général Rommel?

Et tant d’autres films qui ont fait mon bonheur jadis, et qui le font encore…

Φ

Pour se souvenir de Denys de la Patellière, et lui rendre ce modeste hommage, partagerons-nous ensemble quelques instants d’un cinéma d’hier où l’humain avait toute la place qu’il mérite et dont certains cinéastes d’aujourd’hui n’auraient jamais dû le priver?

O tempora, o mores!

Rue des prairies (1959)

Drame de l’amour filial dans lequel Henri Neveux revenant de deux années de captivité se retrouve veuf avec trois enfants dont un nouveau-né dont rien ne permet de penser qu’il est le père, mais qu’il considère comme son fils. Si le petit dernier a quelques soucis scolaires, les deux aînés mènent leur vie, loin du foyer, et espèrent bien oublier le temps de la rue des Prairies : Odette abandonne son emploi de vendeuse pour celui de cover-girl et fréquente un homme plus âgé qu’elle et marié; Louis est devenu cycliste professionnel.

Dans cet extrait, Henri traîne au bistro avec les potes. On cause vélo…

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Les grandes familles (1958)

Tiré du roman de Maurice Druon qui obtint le « Goncourt » en 1958, ce film retrace l’affrontement de deux cousins Noël Schoudler (Jean Gabin) dirigeant de manière autocratique un puissant empire économique et Lucien Maublanc (Pierre Brasseur) viveur oisif et débauché. L’opposition de deux univers de valeurs avec pour toile de fond les inévitables intrigues économico-politiques des grandes fortunes.

Dans cet extrait, après un délectable échange de « mots doux » avec le cousin Maublanc, Noël Schoudler rentre chez lui et surprend les propos désagréables à son égard, que tient son fils, brillant mais trop naïf pour l’univers qui lui est offert. Le vieux lion ne peut s’empêcher d’intervenir…

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Le tonnerre de dieu (1965)

Brassac, vieux bougon misanthrope qui vit depuis toujours avec sa compagne Marie, habite un beau manoir où il s’occupe de ses chevaux. Il se prend un jour d’affection paternelle pour une jeune prostituée qu’il décide de sortir de sa condition. Il convainc Marie de l’accepter au château. La jeune femme va s’éprendre du voisin dont elle sera enceinte, situation qui provoque chez elle une horrible crainte des colères de Brassac. Mais celui-ci se réjouira de son nouveau statut de… grand-père.

Dans cet extrait il accompagne sa protégée pour sa sortie définitive des griffes de son souteneur :

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