Sur le fil

Toile araignee1Oh, sans doute cherchez-vous l’araignée que les perles de pluie ont chassée de sa toile. Elle n’est pas loin, juste en dessous! Pour se réchauffer, elle danse.

Rejoignez la sans crainte! Celle-ci a tant de charme qu’elle vous fera oublier la peur ancestrale que vous inspire ce soyeux animal.

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Le mythe d’Arachné

Ne pas se vouloir l’égal des Dieux et encore moins supérieur à eux, pour ne pas avoir à payer le lourd tribut de leur vindicte. Ainsi pourrait-on résumer la morale de ce célèbre mythe.

C’est, semble-t-il, Ovide, quelques années à peine avant l’avènement de l’ère chrétienne, qui le premier fait le récit de ce mythe d’Arachné, dans son grand poème épique et mythologique, « Les métamorphoses ». – Narration poétique de l’histoire mythologique du monde depuis sa création jusqu’au rayonnement de l’empereur Auguste.

Ce passage d’une apparence à une autre, la métamorphose, que les entomologistes connaissent bien dans le monde animal qu’ils observent, est certainement pour les Dieux de la mythologie, l’attestation la plus significative de leur présence. Tous, ou presque, à un moment ou à un autre de leurs péripéties, pour tromper, séduire, gagner ou punir, ont changé d’apparence ou fait changer d’apparence.

C’est par ce pouvoir qu’Athéna, la déesse, (alias Minerve en latin), protectrice des artisans, transforma, pour sanctionner la démesure de sa prétention, la jeune Arachné en araignée.

Arachné de Lydie avait appris de sa mère, dans l’atelier familial, l’art du tissage et était devenue une artiste au talent unanimement reconnu et apprécié. A ceux qui disaient qu’elle tenait ce don de la déesse Athéna elle-même, la jeune artiste affirmait le contraire, prétendant de surcroît qu’elle était bien plus habile qu’elle.

Souhaitant par elle-même constater les qualités de la jeune mortelle, et sa prétention, Athéna lui rendit visite, incognito, déguisée en vieille femme. A cette occasion, la jeune tisserande tint son même langage, soutenant que son talent était inégalable et que la déesse Athéna ne saurait atteindre à son haut degré d’habileté. Elle ajouta qu’elle était prête à en faire la démonstration au cours d’un « duel » sur le métier.

Aussitôt la déesse dévoila sa véritable identité et releva le défi. Elle exécuta une tapisserie figurant les Dieux de l’Olympe, alors que sa jeune rivale choisit de représenter par son ouvrage, les tumultueuses amours de Zeus. La victoire revint à la jeune fille, ce qui mit Athéna en furie. Hors d’elle et jugeant offensant pour les Dieux le thème choisi par Arachné, elle se précipita sur la toile et la déchira. Ne supportant pas l’humiliation Arachné décida de se pendre. Athéna trouvant excessives les conséquences de sa propre colère mais souhaitant toutefois que l’orgueilleuse fût punie, permit à la jeune fille de continuer à vivre et à tisser sa toile… Mais sous une autre forme. Elle la métamorphosa en araignée.

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A toutes les époques, les artistes ont repris et illustré ce mythe de l’orgueil sanctionné. Il ne faudrait pas oublier que les préceptes et les dogmes de la chrétienté ont dominé les siècles qui en suivirent l’écriture, et que l’orgueil figurait au nombre limité des péchés capitaux recensés par Thomas d’Aquin.

Ainsi dans la « Divine comédie », au chant XII du « Purgatoire », Dante rencontre-t-il la pauvre Arachné parmi les personnages antiques qui expient, eux aussi, leur péché d’orgueil et d’outrecuidance, comme Niobé, fille de Tantale, qui avait insulté les Dieux en vantant avec force présomption la beauté de ses enfants ou  Roboam qui par excès de superbe divisa le peuple d’Israël.

Arachné travaillant à sa propre rédemption lui inspira ces vers :

« O folle Aragne, sì vedea io te
già mezza ragna, trista in su li stracci
de l’opera che mal per te si fé. »

                        Dante. Purgatorio – Canto XII

« O folle Arachné, je te voyais déjà
à moitié araignée et triste
sur les lambeaux de la toile tissée pour ton malheur »

                        Dante. Purgatoire, Chant XII

Gustave Doré, illustrant la « Divine comédie », représenta ainsi la vision de Dante :

Arachné au Purgatoire - Gustave Doré

Arachné au Purgatoire – Gustave Doré

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Arachné et les représentations du mythe

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Au fil du courant

Il ne faut pas s’étonner, lorsqu’on revient d’une longue promenade sur des sentiers boueux, d’avoir les semelles crottées. Mais il arrive parfois que de précieuses pépites s’agrippent à la glaise des chaussures. Il faut alors les exposer, comme des trophées, dans la vitrine aux plaisirs, pour que chacun en profite.

En voici une ramenée de mes récentes pérégrinations : film en noir et blanc, je dirais plutôt en nuances de gris.  Un voyage romantique dans une région inconnue, au travers de ses routes, de ses quartiers et de sa campagne. On se laisse emporter comme une feuille au fil du courant dans cette errance sans but bercée par la tendresse de l’andante du concerto N°2 pour piano de Chostakovitch – merveilleusement interprété. Une douce complicité entre images et musique, où, comme en un miroir, pourraient se refléter ces vers de Baudelaire :

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Réalisateur vidéo : StarStruckFilms101

Musiciens : English Chamber Orchestra dirigé par Jerzy Maksymiuk – Piano : Dmitri Alexeev