En chaussons… A la poursuite du lapin blanc

Lapin en retard - Alice - Disney

« Je suis en retard ! En retard ! En retard ! »

Vite ! Vite ! Dépêchons-nous ! Courons, nous aussi, derrière le lapin blanc pressé qu’Alice suit déjà ! N’en doutons pas, il va tous nous entrainer dans un monde magique où nous partagerons avec elle des aventures étranges et fascinantes. Certes, nous l’avons déjà tous approché jadis, cet univers magnifique et bariolé qui a charmé – et parfois effrayé – les enfants que nous fûmes… Mais il faut admettre que demeure toujours intact le bonheur de le retrouver quelque fois dans le sourire nostalgique d’un miroir aux souvenirs.

Qui ne se souvient de ce chat philosophe, tout droit venu du Cheshire, qui apparaît et disparaît à loisir ; de ce chapelier fou, excentrique buveur de thé qui rassemble ses convives autour d’une table énigmatique ; de cette chenille curieuse conseillère ; de la Reine de cœur escortée de ses jardiniers qui, ayant perdu sa partie de croquet, veut décapiter notre courageuse Alice ? Lequel d’entre nous aurait-il oublié le griffon, la tortue ou le homard et la multitude des surprenantes créatures nées de l’imagination sans limite de Lewis Carroll ?

Cette fois-ci, pour les retrouver il nous faudra pénétrer leur monde sur la pointe des pieds… Et pour cause : le lapin blanc nous emmène à Londres et plus précisément à Covent Garden, au temple de la danse, sur la scène prestigieuse du Royal Opera House devenue pour la circonstance le « pays des merveilles ». Et quelles merveilles ! Les danseurs prestigieux du Royal Ballet s’y transforment en grenouille, jardinier, rajah, cuisinier, poisson ou duchesse et autre lézard, qui, dans une féérie de costumes aux mille couleurs, sautent et virevoltent de manière aussi facétieuse que virtuose, pour faire des énormes divagations de Lewis Carroll, une inoubliable réalité enchanteresse.

A supposer qu’il le fut un jour, le voyage au pays des rêves extraordinaires, grâce aux extravagances de ce formidable spectacle chorégraphique, n’est définitivement plus réservé aux enfants. Pour s’en convaincre, un bref coup d’œil à la brochure :

Le ballet s’immerge tout entier dans le monde inventé par l’écrivain, tant le chorégraphe, Christopher Wheeldon, demeure fidèle au conte. La musique de Joby Talbot, gaie, entrainante, mélodique à souhait, propulse avec justesse les danseurs dans la fantasmagorie et l’extravagance des décors surréalistes ingénieusement inventés par Bob Crowley.

Tous les danseurs, investis complètement dans leurs rôles, campent les personnages de cette folle fiction avec tant de facilité et de naturel qu’ils finissent par les rendre réels à nos regards de l’enfance revenus. Ainsi Edward Watson contaminé par les tics compulsifs d’un lapin blanc névrosé, Zenaïda Yanowsky dominée par les grimaces faussement agressives d’une capricieuse Reine de cœur, Eric Underwood en exotique millepatte oriental se contorsionnant au milieu de son harem, ou enfin, Sarah Lamb, frêle et délicate Alice, aussi naïve qu’aventureuse, qui grandit ou rapetisse au gré des péripéties absurdes de son voyage fantastique.

Émerveillement garanti à tous les tableaux.

Alice, qui a quitté précipitamment la maison du lapin, fait une halte près d’un gros champignon. Elle aperçoit et observe ébahie une chenille bleue, drapée dans son indifférence. Mais, comme il se doit, le mollusque ne résistera pas longtemps à sa propre curiosité. Avant de continuer sa route, la chenille conseillera à Alice de manger un bout du champignon, la laissant perplexe quant au choix du « côté » à croquer qui la fera grandir…

 

Voici la Reine de cœur qui a le bourreau facile, menaçant chacun de décapitation pour les motifs les plus futiles. Ici la très sérieuse affaire du vol des tartes ! Pourrait-on imaginer l’humour de la chorégraphie sans la virtuosité – de danseuse et de comédienne – de Zenaïda Yanowsky ?

Lewis Carroll n’avait certes pas imaginé que son livre serait adapté à la scène au XXIème siècle, et bien sûr, l’idée ne lui était pas venue qu’une petite touche sentimentale s’avèrerait indispensable pour séduire définitivement le public nouveau. Il est vrai par ailleurs que son Alice était alors bien jeune pour être concernée par les jeux de grands. Christopher Wheeldon, pour corriger cette bien légitime lacune de l’auteur, s’est permis la petite incartade heureuse d’inventer, dans la version révisée du ballet, une idylle entre Alice, désormais sortie de l’enfance, et le Valet de cœur. Prétexte à réunir les amoureux (Sarah Lamb et Federico Bonelli) dans un délicieux pas de deux auquel il serait dommage de ne pas assister.

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Ce ballet a été distribué dans les salles de cinéma en 2014. Il a fait l’objet de diffusion sur les chaînes de télévision musicale comme Mezzo, et un DVD est également paru.

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La Llorona

Dans cet extrait du film Frida  de Julie Taymor, sorti en 2002, la troublante artiste peintre, Frida Kahlo est accoudée au bar d’une modeste taverne mexicaine, lorsqu’elle entend, venant du fond de la salle le chant roque et déchirant d’une vieille femme. Elle reconnaît la chanson de « la Llorona », cette ancienne légende de la pleureuse que raconte souvent aux siens, en frissonnant,  chaque « mamà » d’Amérique latine.

Émue par les accents déchirants de la voix de la grande Chavela Vargas, Frida se trouve à nouveau emportée dans l’univers onirique que nourrissent ses angoisses.

Mais quelle est donc cette effrayante légende de « la Llorona » (la pleureuse)?

Il en existe plusieurs versions, mais la plus répandue semble être celle-ci : On raconte qu’au XVIème siècle, à l’époque où Cortés tentait de prendre l’ancienne ville de Mexico aux aztèques, les populations, soumises au couvre-feu, devaient se terrer chez elles le soir. Certaines nuits, on pouvait entendre les sanglots et les lamentations de la pleureuse Maria. Elle déambulait, toute de blanc vêtue, dans les rues, priant, enveloppée jusqu’à la taille d’un étrange brouillard qui accompagnait ses pas jusqu’au lac de Texcoco où elle finissait par disparaître.

C’est ainsi qu’elle expiait éternellement son horrible crime : follement amoureuse d’un homme, elle avait noyé ses trois enfants afin de se consacrer à lui. Mais l’homme ne tarda pas à lui préférer une autre compagne et l’abandonna à son désespoir. Elle mit fin à ses jours en se noyant volontairement dans le lac.

On dit que ceux qui entendent les lamentations de cette dame blanche apprennent dans les jours qui suivent l’évènement de mauvaises nouvelles ou rencontrent eux aussi leur dernière heure.

Ceux qui fréquentent le cimetière de Jerez dans l’état mexicain du Zacatecas, affirment que le regard de cette Llorona suit le visiteur dans ses déplacements autour de son tombeau.

Les ouvrages artistiques qui s’inspirent de cette légende populaire sont innombrables ; les interprétations de cette non moins célèbre chanson sont aussi très nombreuses. Le couplage qui suit, des voix de Lila Downs qui, elle aussi, a contribué à la bande musicale du film Frida, et de l’inoubliable Chavela Vargas me séduit à un double titre : d’une part j’aime leurs voix et leurs styles différents et cependant tous deux très proches de ce que je perçois de l’âme mexicaine  ; d’autre part la forme d’hommage rendu ici par la jeunesse talentueuse à une icône de la chanson sud-américaine me touche et m’émeut. Une marque de respect et de reconnaissance, rare aujourd’hui, envers ceux de qui nous vient l’essentiel de ce que nous sommes. Cela devrait suffire à justifier, si besoin était, la vidéo qui suit.

Si parce que je t’aime, tu veux, Llorona

Tu veux que je t’aime plus.

Si déjà je t’ai donné la vie, Llorona

Que veux tu de plus?

Tu exiges plus?

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