Le chant des esprits sur les eaux

C’est par le chemin de Staubbach, dans l’Oberland bernois, où gronde sans cesse la chute tumultueuse des eaux de la montagne, que j’ai rejoint aujourd’hui « Les cosaques des frontières ».

Alors que je faisais là une longue halte pour m’enivrer de ces splendeurs, comme Goethe, quelques siècles plus tôt, j’entendis, moi aussi, le chœur des esprits des eaux. Ils me parlaient des hommes, de leur âme, de leur destinée. Ils chantaient le poème qu’ils avaient jadis inspiré au Maître de Weimar ; Schubert en avait composé la  musique.

J’étais sous le charme, envoûté.

De cet envoûtement, en valeureux cosaque, je fis mon butin. En fidèle compagnon, je me devais au plaisir de le partager.

Votre part vous attend au « Fort Bastiani« , le repaire des « cosaques » :

Pour abaisser le pont-levis, cliquez sur le titre ci-dessous :

« Gesang der Geister über den Wassern »

(Chant des esprits au-dessus des eaux)

Et dansent les ombres de l’Enfer…

Orphée se présente à la porte des enfers et se heurte au barrage des Esprits qui, réunis en un sombre chœur, lui en refusent l’accès. Mais ces Esprits ne resteront pas insensibles au chant de notre amoureux blessé. Ils lui ouvriront le passage et le ciel s’illuminera aux abords du « fleuve des lamentations ». Pour ne plus faire obstacle à ses retrouvailles avec son aimée, ils se dissiperont en un vaporeux ballet,  la « Danse des Ombres heureuses ».

L’Acte II d’ « Orphée et Eurydice » de Gluck est commencé.

Giovanni Sgambati, pianiste et compositeur italien mort en 1914, écrira à partir de ce moment de lumière une partition pour piano d’une extrême délicatesse. On y entendrait presque le subtil et sensuel frottement que font avec l’air les ombres éthérées qui s’évaporent entre les doigts de Yuja Wang.

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Et pourquoi ne pas nous offrir en bis, une très belle interprétation de Rachmaninoff, moins intériorisée certes, mais  tout aussi poétique?