A la pointe… du pinceau, de l’épée et du pied

De la pointe du pinceau à la pointe du pied, en passant, sulfureux Caravaggio oblige, par la pointe de l’épée.

Le pinceau

En abreuvant Michelangelo Merisi da Caravaggio de prestigieuses commandes, les puissants mécènes fort cultivés du début du XVIIème siècle, ouvraient grand les portes de la postérité à celui qui allait devenir l’incontestable maître du « clair-obscur » et de la représentation des ténèbres pour bien des artistes peintres qui lui succédèrent. Il reste pour nous tous, aujourd’hui, Le Caravage dont les œuvres d’un puissant réalisme font à la fois la fierté de tous les lieux qui peuvent exposer une de ses toiles, et le régal de nos sens quand nos regards la rencontrent.

Est-il plus doux plaisir que de lever sa coupe avec « Bacchus » ?

Caravaggio - Bacchus

Caravaggio – Bacchus – 1594 (Florence – Galerie des Offices)

De veiller, admiratif et recueilli, au repos de l’ « Amour endormi » ?

Caravaggio - Amour endormi

Caravaggio – Amour endormi – 1608 (Florence – Palais Pitti)

De tressaillir d’effroi et de fascination devant David vainqueur surgissant de l’ombre, la lame de l’épée encore chaude dans une main et brandissant de l’autre la tête tranchée de son ennemi Goliath ?

Caravaggio - David avec la tête de Goliath

Caravaggio – David avec la tête de Goliath – 1606 (Rome – Galerie Borghese)

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L’épée

Symbole d’un rang qui ne l’autorisait pas à la porter, si présente dans ses tableaux, et dans sa vie, cette épée, qu’il maniait avec succès et trop souvent, a mis Caravaggio dans de terribles situations tant vis à vis de ses mécènes que de ses juges. L’usage mortel qu’il en fit obligea le bretteur à fuir Rome pour échapper aux lourdes condamnations qui le sanctionnaient, sans qu’il pût jamais y revenir, même armé d’un pinceau. Si celui-ci faisait la lumière de sa gloire, celle-là, étrange symétrie entre l’œuvre et la vie, assombrissait le malheur de sa trop courte existence.

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Le pied

C’est par la pointe de son pied que le danseur conserve avec la terre un infinitésimal contact qui le relie à l’histoire. C’est donc par cette troisième pointe d’un triangle qui fermerait ainsi l’espace scénique d’un étrange théâtre où se jouerait en un souffle de beauté la biographie d’un génie, que le chorégraphe Mauro Bigonzetti fait entrer en scène le Staatsballet Berlin en 2008.

Par la chorégraphie de ce ballet en deux actes, il tient autant à rendre hommage à l’artiste Caravaggio qu’il admire, qu’à présenter le drame humain qui le traverse. Les soli, les pas de deux, de trois, ou les ensembles offrent tous au spectateur, parfois peut-être décontenancé, et la face enjouée du génie et les stigmates du crime.

Dans cet émouvant extrait du DVD de ce ballet, la merveilleuse Polina Semionova et le formidable Vladimir Malakhov dansent sur une musique du compositeur anglais John Taverner, «  Prayer of the hearth «  (Prière du cœur), interprétée en copte par la chanteuse islandaise Björk.

Fascinant tableau de chair ! Troublante prière à la pointe du cœur !

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Le Caravage - Martyr de St Mathieu

Le Caravage – Martyr de St Matthieu – 1600 (Rome – Église Saint-Louis-des-Français)

« Il en rougit, le traître. »

Cyrano caricature

Pardon, je « nez » pas pu résister…

Un jeune homme irrité – peut-être vous? – s’adresse à son aîné – pourquoi pas votre serviteur? – et lui reproche de ne chercher l’inspiration de ses billets que dans le passé.

Le jeune homme

Diable ! Assez! Assez!, Une fois encore, Monsieur,
C’est dans vos souvenirs, peut-être vos regrets,
De votre âge, sans doute, un effet vicieux,
Que vous souhaitez nous réunir, et en congrès !
Mais que redoutez-vous de la modernité ?
Inéluctablement, et pour chaque projet,
Voyage séducteur de nos curiosités,
C’est d’abord du retour que l’on fait le trajet !
Pour parler de théâtre, allez chercher Rostand,
Et pourquoi pas, encore, ressortez Cyrano !
Un seul acteur pour vous, – ayez l’œil sanglotant -,
Incarna le héros ? C’est Daniel Sorano ?
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Le vieil homme
A la modernité j’adresse un grand Merci !
Elle a su inventer un miroir si profond
Où l’on rencontre « hier » sous des traits bien précis.
L’image est fatiguée, mais le nez du bouffon
Est plus vrai que jamais. Tristes ou égrillards,
Les yeux du mousquetaire jettent encor leur feu :
Le temps n’a pas ôté la vie de ce regard.
Ce héros malheureux a connu bien des jeux :
Tant de fois Bergerac est mort assassiné,
Sur quelques scènes parfois Dionysos l’encensa,
Mais quand à Sorano il confia son nez
Le rideau s’empourpra, pour toujours…
                                                                     … Comme ça :

Ces vidéos sont extraites de la pièce réalisée pour la télévision française par Claude Barma et diffusée en 1960.

Les acteurs : Cyrano – Daniel Sorano, Roxane – Françoise Christophe, Christian – Michel Le Royer

Un DVD de ce diamant théâtral existe, voici le lien vers Amazon