Agathe – second message : encouragements

Quelques semaines plus tard…

Ma chère Agathe,

Je suis heureux d’apprendre que tu as suivi mon conseil et que tu as décidé de te mettre enfin à la danse. C’est formidable!

Tu me dis que depuis tes débuts, il y a maintenant près de deux mois, les courbatures persistent, toujours plus intenses, et que tu ne peux toujours pas toucher tes pieds en te pliant. Mais tes mains dépassent déjà le milieu de la jambe, c’est bien!

L’équilibre sur les pointes te pose encore quelques problèmes, et tes orteils sont très douloureux, cela ne me surprend pas, mais tout va rentrer dans l’ordre sous peu. Tu ne me parles pas de tes progrès à propos du grand écart, j’en déduis que de ce côté là, tout se passe pour le mieux ; je n’en doutais pas.

Continue ma chère amie, continue.

Pour t’encourager je t’envoie une petite vidéo de Svetlana. Tu vas voir comment avec simplement quelques exercices préparatoires faciles une femme peut s’épanouir avec grâce, jusqu’à se démultiplier. Cela devrait stimuler tes efforts. Encore quelques semaines et tu verras, tu seras, toi aussi, démultipliée… en mille morceaux.

Tiens bon mon Agathe! Tiens bon!

Agathe – Premier message : conseil

Ma bien chère Agathe,

Ton dernier message m’est apparu comme un violent appel au secours.

Tu m’y disais qu’un peu de surpoids en ce moment t’empêche, comme tu adorerais le faire, de sauter allègrement de ton lit, le matin. Que ton dos te fait atrocement mal à chacune de tes rotations vers le grille-pain, et que tes jambes, en fin de journée enflent considérablement. Tu ajoutes que lorsque tu fais ta gymnastique, le premier lundi de chaque mois, le soir après le bureau, tu éprouves la plus grande difficulté à toucher tes pieds en te penchant en avant jambes tendues.

J’arrête là le rappel de la longue liste de tes insuffisances physiques, ne souhaitant pas ré-écrire ton courrier. En un mot tu me demandes comment retrouver une bonne forme et une disponibilité harmonieuse de ton corps.

Ma chère Agathe, rien de plus facile : danse!

Je suis persuadé qu’après quelques semaines à pratiquer les exercices que je t’envoie en vidéo jointe, tu deviendras plus agile et plus leste encore que la jeune personne qui va être désormais ton modèle.

Pour te rassurer, je précise qu’ici, elle ne fait que s’échauffer un peu, c’est à dire qu’elle se refuse à tout effort violent ou trop intense. Son nom : Svetlana Zakharova. Peut-être as tu entendu parler d’elle? Elle travaille au Théâtre du Bolchoï (ouvreuse, je crois, ou danseuse, peu importe). Dans les couloirs, pour plaisanter, on l’appelle « la tsarine de la danse ». Tu vois, une jeune femme simple, comme toi – vous avez presque le même âge, mais pas tout à fait la même morphologie, certes.

Je suis sûr que tu vas adorer faire les exercices qu’elle te propose. Tu ressentiras certainement quelques courbatures les premiers jours, ne t’inquiète pas, c’est normal.

Accroche toi, ma chère Agathe, bon courage et à bientôt… peut être!

Mets la même musique, ça t’aidera certainement!

P.S. Garde ton téléphone près de toi, on ne sait jamais, le grand écart… N’oublie pas : Pompiers le 18 et SAMU le 15

Tout a-t-il été dit?

Philippe Jaccottet

Philippe Jaccottet

Croire que « tout a été dit » et que « l’on vient trop tard » est le fait d’un esprit sans force, ou que le monde ne surprend plus assez. Peu de choses, au contraire, ont été dites comme il le fallait, car la secrète vérité du monde est fuyante, et l’on peut ne jamais cesser de la poursuivre, l’approcher quelquefois, souvent de nouveau s’en éloigner. C’est pourquoi, il ne peut y avoir de répit à nos questions, d’arrêt dans nos recherches, c’est pourquoi nous ne devrions jamais connaître la mort intérieure, celle qui survient quand nous croyons, à tort, avoir épuisé toute possibilité de surprise. Si nous cédons à ce désabusement, bien proche du désespoir, c’est que nous ne savons plus voir ni le monde en dehors de nous, ni celui que nous contenons, c’est que nous sommes inférieurs à notre tâche (…)

Quiconque s’enfonce assez loin dans sa sensibilité particulière, quiconque est assez attentif à la singularité de son expérience propre, découvre des régions nouvelles ; et il comprend aussi combien il est difficile de décrire à d’autres les pas effrayés ou enchantés qu’il y fait. »

Philippe Jaccottet

Cinquante et un

Lamentations d'Orphée - Alexandre Seon (1896)

Lamentations d’Orphée – Alexandre Seon (1896)

« -51- »

Non, il ne s’agit pas du pastis! C’est tout bonnement le cinquante et unième article que je publie. Qui aurait pu le croire il y a quelques semaines? Pas moi.

Vous avez été nombreux, au delà de toute attente, à venir partager mes coups de cœur, mes émotions, les poètes dont j’aime dire les vers, les musiques qui me transportent. Et aussi les découvertes et les rencontres que la « toile » m’a proposées. Mais, au-delà, vous avez accepté de bonne grâce ma complice, la mélancolie, sans laquelle je me sentirais bien seul et qui ne cesse de tricoter ce lien qui me tient toujours au plus près de la lyre de notre cher Orphée.

Certains m’ont laissé sur le blog d’encourageants commentaires, d’autres, plus intimes, m’ont témoigné leur sympathie par des voies moins publiques, mais tous ont manifesté chaleur et amitié en visitant ce modeste site et à tous je veux envoyer un grand merci.

En composant ce blog et en le faisant vivre, je prends un immense plaisir (même si la technique me fait encore souffrir, ô combien!…), mais la plus grande satisfaction, incontestablement, est celle qui m’est offerte quand, par bonheur, il m’arrive de faire découvrir à un visiteur (ou une visiteuse, bien sûr), un texte, une musique, un artiste, ou plus simplement à faire naître en elle ou en lui un instant de plaisir ou d’émotion.

Il ne me reste plus qu’à essayer d’atteindre la centaine, pour continuer encore de partager avec vous, comme je l’espère, quelques mots, quelques notes, quelques perles…