Rue des artistes – Artistes des rues

 » Dans les plis sinueux des vieilles capitales,
 » Où tout, même l’horreur, tourne aux enchantements…  »                                                                                               ( Baudelaire –  » Les petites vieilles  » )

Street-Art-Paris - David Walker

Street-Art-Paris – David Walker

Plus trop d’enchantement au détour de nos rues ! Le plus souvent, hélas, inutiles balafres sur les murs et les portes, des tags hideux signent le rien violent d’égos désespérés. Les cœurs sont effacés, brisées les flèches qui les transperçaient, noircies de haine les initiales qui les faisaient souvenirs de bonheurs éphémères.

Désormais, bien souvent, dans nos vieilles capitales, droguées de bruit, et de tout et de trop, c’est en horreur que tourne ce qui jadis était enchantement.

Et pourtant, quelquefois, sur une place piétonnière, un sourire, une acrobatie, un mime ou une danse. Et la ville s’éclaire des lumières d’un geste, du regard amoureux d’une marionnette, des jongleries d’un clown, des facéties d’un magicien : ils sont venus, les artistes des rues, égayer nos quotidiens sinistres.

« Viens voir les comédiens… ! »

Mime - Marcel Marceau

Mime – Marcel Marceau

Regarde Colombine cet Arlequin sans tréteaux qui fait des entrechats pour te séduire !

Écoute Roxane ce Cyrano, sous son balcon imaginaire, te dire le charme d’un baiser !

Et toi petit Poucet, lève les yeux ! Vois là-haut ce saltimbanque qui s’envole pour te cueillir un bout de ciel !…

C’est la fête ! Pour un moment inattendu la ville s’embrase de l’illusion d’un bonheur germé dans les errances et les souffrances d’espoirs contrariés.

« Viens voir les comédiens !

« Demain matin quand le soleil va se lever
« Ils seront loin,
« Et nous croirons avoir rêvé. »

♠  ♥  ♦  ♣

Une des chorégraphes les plus douées de notre époque, la jeune canadienne Aszure Barton, a investi la rue avec sa troupe de danseurs.

Un enchantement dans un pli sinueux de vieille capitale : Busk*

* To busk : jouer, chanter dans la rue

♠  ♥  ♦  ♣

Tout a-t-il été dit?

Philippe Jaccottet

Philippe Jaccottet

Croire que « tout a été dit » et que « l’on vient trop tard » est le fait d’un esprit sans force, ou que le monde ne surprend plus assez. Peu de choses, au contraire, ont été dites comme il le fallait, car la secrète vérité du monde est fuyante, et l’on peut ne jamais cesser de la poursuivre, l’approcher quelquefois, souvent de nouveau s’en éloigner. C’est pourquoi, il ne peut y avoir de répit à nos questions, d’arrêt dans nos recherches, c’est pourquoi nous ne devrions jamais connaître la mort intérieure, celle qui survient quand nous croyons, à tort, avoir épuisé toute possibilité de surprise. Si nous cédons à ce désabusement, bien proche du désespoir, c’est que nous ne savons plus voir ni le monde en dehors de nous, ni celui que nous contenons, c’est que nous sommes inférieurs à notre tâche (…)

Quiconque s’enfonce assez loin dans sa sensibilité particulière, quiconque est assez attentif à la singularité de son expérience propre, découvre des régions nouvelles ; et il comprend aussi combien il est difficile de décrire à d’autres les pas effrayés ou enchantés qu’il y fait. »

Philippe Jaccottet