En gants blancs, la Diva !

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

En gants blancs, la Diva !

« Ne croyez pas les mains sans gants plus robustes que les autres. »

Gustave Flaubert

Shirley Horn

Porter des gants blancs n’est pas chose banale en vérité, à moins d’être Général en tenue d’apparat, Maître d’hôtel à l’heure du service, prestidigitateur sur scène ou autre huissier au Sénat…

Mais porter des gants blancs pour jouer du piano, et quel piano !… Voilà qui est certes particulièrement original, surtout si l’on tient à faire chanter son clavier avec la virtuosité et le toucher qu’exige le meilleur du jazz.

Et pourtant !…

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Nous l’appellerons toujours Mimi

« … Et depuis un an, pas une « perle » de la Tebaldi dans ces pages gorgées de merveilleuses musiques… et de femmes charmantes […]  Pourquoi? « Ne voulais-tu pas l’inviter à l’anniversaire de ton blog? Peut-être vas-tu enfin te décider à la faire apparaître ici pour le plus grand plaisir de tous… »  Voilà ce que m’écrivait tout récemment l’un de mes tout proches amis. Ce billet me servira donc de réponse : Mon cher Gérard, C’est toute la question du choix des thèmes des billets publiés sur « Perles » que tu poses ici. Comme tu le sais mes sélections d’articles n’obéissent à aucune organisation rationnelle ; seules l’émotion, l’envie spontanée, les rencontres du moment ou autres circonstances imprévisibles guident mes billets. Comme ça vient, comme je le ressens, ici et maintenant. Renata-Tebaldi----DECCABien sûr, mon admiration pour La Tebaldi est immense… et tu le sais fort bien. Comment pourrait-il en être autrement, quand on aime, comme je les aime, les voix féminines… et la beauté de celles qui les font vibrer? Ton message a été l’occasion pour moi de me concentrer ces temps derniers sur les enregistrements de Renata Tebaldi, de tomber, évidemment, mille fois sous le charme de cette voix sublime, pas toujours servie, hélas, par les prises de son audio ou vidéo, époque oblige. Je n’ai connu la Tebaldi qu’au disque, et de façon distraite alors, je l’avoue, car à la grande époque de cette splendide voix, c’est mon père qui écoutait. Moi je ne faisais qu’entendre, d’assez loin en vérité. Mais avec les années… Ah! si jeunesse savait… Mon plaisir aujourd’hui est comblé de pouvoir partager ici cet enchantement. Merci de m’avoir « forcé la main », en me suggérant ce billet qui, de toutes façons, n’aurait pas pu ne pas exister. J’ai choisi, parmi les choix limités du web, la splendide interprétation de « Si, mi chiamano Mimi » (« La bohème » de Puccini) que la Tebaldi chante en compagnie du ténor suédois Jussi Bjorling qui fut souvent son partenaire. L’enregistrement est de 1956, les costumes, les décors et la mise en scène datent certes, mais la voix est éternellement belle à pleurer. Et, à mon avis, dans ce rôle – comme dans bien d’autres d’ailleurs – inégalée, malgré les Joan Sutherland, Mirella Freni, Renée Fleming… ou autres merveilleuses cantatrices qui lui ont succédé. Laissons couler le miel dans nos oreilles et jusqu’au fond de l’âme. Le bonheur! Et nous l’appellerons toujours MimiRodolfo resté dans sa mansarde pour terminer l’écriture d’un article pendant que ses amis l’attendent dans la rue, reçoit la visite d’une voisine. Elle a besoin de feu pour rallumer sa modeste chandelle. Il tombe aussitôt amoureux et déclare sa flamme soudaine à celle qu’il vient de rencontrer et qu’il presse de lui dire qui elle est. Elle lui répond :

On m’appelle Mimì, Mais mon vrai nom est Lucia. Mon histoire est brève. Sur de la toile, sur de la soie, Je brode chez moi ou dehors. Je suis tranquille et heureuse. Mon passe-temps, c’est faire des lys et des roses. Elles me plaisent, ces choses qui ont ce charme si doux, qui parlent d’amour, de printemps, de songes et de chimères : ces choses que l’on nomme poésie. Me comprenez-vous?

On m’appelle Mimì, Et j’en ignore le pourquoi. Seule, je me prépare pour moi-même mon déjeuner. Je ne vais pas toujours à la messe, Mais je prie beaucoup le Seigneur. Je vis seule, toute seule. Depuis une petite chambre blanche, Je regarde les toits et le ciel. Mais lorsqu’arrive le dégel Le premier soleil est à moi, Le premier baiser d’avril est à moi. Quand bourgeonne une rose dans un vase, Feuille après feuille, je la guette. Comme il est léger, le parfum d’une fleur ! Mais les fleurs que je fais, Hélas !, n’ont pas d’odeur. Je ne saurais vous en dire davantage sur moi. Je suis votre voisine Qui, à une heure indue, vient vous importuner

(traduction texte : Wikipédia)

Deux chattes sur une scène ardente

Ainsi donc, vous pensez qu’une cantatrice, une diva, sur scène de surcroit, ne se laisserait jamais aller à l’humour et à la dérision.

Et si elles sont deux, alors là…!

Eh bien, détrompez-vous!

Même à deux (surtout à deux), même si ce sont deux immenses sopranos, et britanniques en plus, même si elles sont sur scène au Royal Albert Hall de Londres à l’occasion du célébrissime festival annuel des « Proms », elles s’amusent et nous amusent.

Et avec quel talent !  Et avec quelle grâce !

A la fin de leur brillante prestation lors du festival de 1996, Ann Murray (brune) et Felicity Lott (blonde) reçoivent le traditionnel bouquet. Mais si Felicity se voit offrir une splendide gerbe portant la flatteuse inscription « Dame Felicity Lott », Ann n’est gratifiée que d’un tout petit bouquet portant la modeste inscription « Miss Ann Murray« , qui serait plutôt destinée à une jeune débutante.

Et c’est là prétexte à l’interprétation de la remarquable mélodie parodique écrite par Rossini : le « Duo des chats ».

Les deux chattes se livrent à un merveilleux combat d’égos, où l’une, de son miaulement tantôt déçu, tantôt rageur exprimera sa peine et sa colère, tandis que l’autre miaulera fièrement en réponse sa joie et son orgueil.

Jeux de voix, jeux d’actrices, jeux de femmes, qui finiront par faire triompher l’estime réciproque que se portent ces deux chattes si complices.

Un régal dont je serais heureux qu’il participe au bonheur de votre dimanche.