« La faille du crépuscule… »

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

« La faille du crépuscule… »

Je le sais, je mourrai au crépuscule, ou le matin ou le soir !
Auquel des deux, avec lequel des deux – ça ne se commande pas !
Ô s’il était possible que mon flambeau s’éteigne deux fois :

Je suis passée sur terre d’un pas de danse ! …

[…]

Marina Tsvétaïéva (1892-1941

 

 

« Il n’a pas retenti de voix plus passionnée que la sienne » (Joseph Brodsky)

 

Lire, voir, écouter la suite. . .

Prémonitions de l’aube

« Une étrange rougeur s’élève dans le ciel. Je ne sais si c’est l’aube ou le couchant. Créez pour la lumière. »

(Robert Schumann – cité par Michel Schneider in « La tombée du jour – Schumann » – Seuil – La Librairie de XXe siècle – P. 103)

Robert Schumann (1810-1856)

Robert Schumann (1810-1856)

Qui ne s’est jamais laissé emporter vers les clartés volatiles et mystérieuses des « Chants de l’aube » (« Gesänge der Frühe ») ne peut prétendre avoir aperçu un bout de l’âme de Robert Schumann tant elle est tout entière rassemblée dans les harmonies et les silences de ces cinq pièces pour piano, opus 133.

Dernier rassemblement pour un prochain et ultime voyage, on le sait aujourd’hui ; départ définitif, de la raison d’abord, vers les rivages étrangers de l’étrange, séparation sans retour, ensuite, d’avec les êtres aimés tenus désormais éloignés des enceintes de la folie.

Car cette aube naissante, apparemment apaisée, – étonnamment apaisée, quand on sait l’intensité des dépressions-hallucinations qui harcèlent le compositeur en cet automne 1853 et que l’alcool ne parvient plus à endiguer – porte déjà en elle la lumière crépusculaire de la tombée du jour.

Tombée de la nuit. Il n’est plus très loin ce sinistre soir de Carnaval, à Düsseldorf, le 27 février 1854, où des mariniers hisseront difficilement hors des eaux glacées du Rhin un homme en robe de chambre qui leur résistera énergiquement pour ne pas échapper au courant : le Dr Schumann.

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Sans doute est-ce la dernière fois, en octobre 1853, quand Schumann écrit les « Gesänge der Frühe », que le musicien, le poète et l’homme en lui parviennent encore à raisonnablement se réunir autour du piano pour partager quelques instants de composition. Ces chants seront donc son œuvre ultime pour ce cher instrument, même si chronologiquement il conviendrait de prendre en compte les justement nommées « Variations des esprits » (« Geisterthema ») qu’il travaille encore en février 1854, et qu’il ne pourra terminer avant son internement à l’asile d’Endenich quelques semaines plus tard.

Schumann, à cette époque, ne s’appartient déjà plus, définitivement happé par les monstres de ses univers hallucinatoires désormais fermés au génie de sa création.

« Les chants de l’aube » ou lultime confidence pianistique de Robert Schumann… Sans doute à son épouse Clara, son éternel amour. Car, même si au final l’œuvre est dédiée à l’amie de Goethe, la poétesse Bettina Brentano, la dédicace initiale de ces pièces à Diotima, l’idéale muse de cet autre « schizophrène » de génie, le poète Hölderlin à qui Schumann adressait ainsi un salut complice, signe la pudique intention du compositeur.

Un bien émouvant adieu. Déchirant !

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Après  le thème décharné de l’introduction, les dissonances du premier choral invitent délicatement au mystère ; à voix basse ; voix perdue aussitôt pris chacun de ses essors vers le thème initial. Aube lente, encore aux prises avec les incertitudes de la nuit. Glas lointain aux échos presque religieux.

La deuxième pièce, contrapuntique, change sans cesse d’humeur. Qui peut dire où veut nous conduire son pas animé ?

Le troisième « stück », plus vivant, presque virtuose, conserve un rythme soutenu d’un bout à l’autre ; un galop sans doute, au but incertain et en équilibre au bord de gouffres inconnus.

Lyrique, la quatrième pièce expose sa mélodie à une pleine lumière qui rend certes plus intelligible la musique, mais l’illusion ne dure car déjà, dans un dernier murmure plusieurs fois annoncé, la boucle du temps semble se refermer.

Le choral final, – Im Anfange ruhiges, im Verlauf bewegtes Tempo (Dans le calme d’abord, puis plus animé) –  reprend, en écho au premier mouvement, les sonorités mystérieuses de la voix confidente. Les lueurs arpégées qui traversent sa fragile texture paraissent plus brillantes, la clarté semble progresser, mais elle est toute tournée vers un indéfinissable ailleurs. La voix s’affirme à peine, pour un peu mieux faire entendre les nostalgies de sa tonalité, avant de se résorber dans l’inéluctable nuit qui guette. Le présent s’enfuit dans la lumière. L’avenir n’échappera pas à sa prison obscure.

« La musique, toute la musique, n’est-elle pas poursuite, au-dedans de soi, de la voix perdue ? » (Michel Schneider)

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Les « Gesänge der Frühe » ne figurent hélas pas souvent au programme des récitals, et jusqu’à ces dernières années leur discographie n’avait rien de pléthorique. Pourtant, curieusement, et fort heureusement, depuis quelque temps les parutions discographiques proposent bon nombre de belles interprétations de ces pages, par des pianistes au talent incontestable.Un bonheur.

Du ravissement sans cesse renouvelé que m’ont procuré toutes ces écoutes récentes, une interprétation, s’est imposée à moi comme une impérieuse évidence, celle de Mitsuko Uchida (illustration centrale de ce billet). Cent écoutes, et toujours inlassablement « sa » musique brosse le portrait de « mon » Schumann.

Schumann - Uchida

Deux autres portraits du compositeur, peints à partir de ces mêmes « Chants de l’aube » où il s’expose tout entier, semblent, à mon sens, particulièrement ressemblants, et ne sauraient être absents de cette galerie bien subjective :

– Celui que façonne magnifiquement le pianiste néerlandais Ronald Brautingam, qui parfois me semble pourtant laisser les nuages de nuit se dissiper un peu trop vite.  (l’enregistrement doit dater des années 1990, réédité en 2014 – le pianiste avait alors le cheveu bien plus noir que sur la photo)

Brautingam - Gesange der Fruhe - Schumann

– Celui que peint avec peut-être, à mon goût, un peu trop de lumière et un trait parfois trop précis pour une telle heure de la vie, Piotr Anderszewski, dans son néanmoins superbe enregistrement de 2011 :

Schumann - Piotr Andersewski

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Merci à AbraxasAgitato pour avoir publié sur Youtube ces trois enregistrements intégrés dans ce billet.

Sotto-voce

Egon Schiele - Quatre arbres - 1917

Egon Schiele – Quatre arbres – 1917

La voix dans l’intervalle

Peut-être devons-nous parler encore un peu plus bas,
De sorte que nos voix soient un abri pour le silence ;
Ne rien dire de plus que l’herbe en sa croissance
Et la ruche du sable sous le vent.
L’intervalle qui reste à nommer s’enténèbre, ainsi
Que le gué traversé par les rayons du soir, quand le courant
Monte jusqu’à la face en extase des arbres.
(Et déjà dans le bois l’obscur a tendu ses collets,
Les chemins égarés qui reviennent s’étranglent.)
Parler plus bas, sous la mélancolie et la colère,
Et même sans espoir d’être mieux entendus, si vraiment
Avec l’herbe et le vent nos voix peuvent donner asile
Au silence qui les consacre à son tour, imitant
Ce retrait du couchant comme un long baiser sur nos lèvres.

Jacques Réda

Jacques Réda

Jacques Réda (in Amen – Poésie Gallimard)

La nuit 17 – Gaspard de la nuit

Aloysius Bertrand  (Ceva, Italie 1807 - Dijon 1841)

Aloysius Bertrand
(Ceva, Italie 1807 – Dijon 1841)

Que serait Aloysius Bertrand dans nos mémoires devenu sans Maurice Ravel et son génie diabolique de la musique ?

Il est vrai qu’on doit à ce poète très tôt disparu, grâce à son seul ouvrage,  » Gaspard de la nuit «  , publié après sa mort, d’avoir encouragé Baudelaire à aborder, avec le succès que l’on connait, le genre nouveau du poème en prose et plus tard d’avoir servi de source inspiratrice à André Breton et à tout le mouvement surréaliste.

Il n’est toutefois pas certain que ce prestige littéraire posthume, même augmenté de l’admiration de Mallarmé et de Max Jacob, aurait suffi à lui seul à projeter l’œuvre loin du parvis des bibliothèques et à attirer l’attention de la postérité de l’auteur vers cette poésie romantique noire, « condensée et précieuse » – selon l’expression de Mallarmé – qu’il nous offre et dont Gérard de Nerval s’était fait le chantre en son temps.

Comme il aurait été dommage, pourtant, que ces  » Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot « , selon le sous-titre qu’a donné à son recueil Louis Bertrand lui-même, ne fussent pas parvenues jusqu’à nous. Car alors nous aurions été privés du charme à la fois romantique et gothique de la représentation des visions intérieures du poète sur fond de Moyen-Âge ; petits tableaux ésotériques, voire parfois diaboliques, brossés avec finesse, qui entrainent le lecteur dans les pénombres crépusculaires de l’univers magique et secret des gnomes, fées, sylphides et autres troublants alchimistes.

Nous n’aurions pas pu apprécier non plus le poids des silences et la profondeur des ombres qui s’installent entre les lignes du recueil et qui en disent souvent autant, sinon plus parfois, que les ciselures de la phrase et les joyaux du verbe. – Le pianiste Vlado Perlemuter, grand interprète de Ravel, n’avait-il pas qualifié Bertrand d’  » orfèvre des mots «  ?

Par bonheur donc,  et pour la littérature, et pour la musique, le recueil a séduit le compositeur Maurice Ravel. L’exceptionnelle qualité  de ses œuvres et sa très grande notoriété ont sans aucun doute aidé  » Gaspard de la nuit «  et son auteur à traverser le temps.

 

Gaspard couverture1

 

Maurice Ravel (1875-1937)

Et c’est peut-être par leur qualité commune d’orfèvre de l’expression artistique que Ravel – surnommé  » l’horloger suisse «  par Stravinsky – rejoint naturellement Bertrand, lorsqu’il découvre, en 1908,  » Gaspard de la nuit «   à l’occasion de la réédition du recueil au Mercure de France. Ravel qui affirmait vouloir  » dire en notes ce que le poète exprime en mots « .

Comment en effet le compositeur, grand magicien des arpèges, des glissandi et des échelles musicales n’aurait-il pas trouvé une juste résonance à son talent dans la prose poétique de Bertrand et l’univers fantastique et hallucinatoire qu’elle dépeint ? Comment aurait-il pu ne pas mettre son art consommé des rythmes et de leur subtile articulation au service de la création et de l’illustration d’une formidable émotion multiforme et polychrome dont le piano serait le vecteur ?

Maurice Ravel choisit trois poèmes dans l’œuvre de Bertrand, Ondine, Le gibet et Scarbo, pour réaliser le triptyque pianistique qui fait toujours frissonner d’effroi les pianistes les plus chevronnés, tant l’interprétation en est difficile et exigeante. Surtout Scarbo. Ravel lui-même s’était déclaré incapable de l’interpréter et en confia l’exécution au pianiste Ricardo Viñes lors de la première représentation en 1909

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I / ONDINE

C’est le mouvement le plus gracieux et le plus délicat. Il commence comme un rêve. La musique arrive d’un ailleurs inconnu nimbant aussitôt l’auditeur de la sereine quiétude d’une nuit étoilée au bord d’un lac apaisé. Voluptueuse liberté de l’eau qui s’écoule, sensualité des reflets multicolores sur le miroir liquide que déforment quelques clapots de vaguelettes, pour accompagner l’appel amoureux d’une naïade qui veut séduire cet humain sur le rivage et l’emmener au fond de son royaume subaquatique.

Tandis qu’il est confronté à la tâche délicate de maintenir continument l’atmosphère onirique du moment et la fluidité de l’ambiance aquatique du lieu, le pianiste doit laisser s’exprimer la mélodie, surimpression sonore qui traduit le discours des personnages. Épreuve difficile !  Ô combien !

Gaston Bussière - Nymphe des eaux

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II / LE GIBET

Tout ici est tristesse et désolation. Un lointain carillon lugubre sonne l’heure sombre propice aux questionnements inquiets. Tout l’art du pianiste réside dans sa capacité à garder son auditeur enveloppé dans une atmosphère d’angoissante monotonie qu’un soleil finissant traverse pour lui confirmer qu’au bout de la corde le pendu est bien mort, désormais exempt de toute émotion.

Albert Besnard - Le pendu 1873 - Eau-forte

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III / SCARBO

C’est le plus célèbre mouvement de ce triptyque, celui-là même qui glace l’échine des interprètes tant il exige d’eux une transcendante virtuosité. Musique frénétique et bizarre qui fait appel à toutes les clés de la musique ou presque, pour rendre l’effet fantasque de ce gnome farfelu qui vient hanter le rêve du dormeur. Il saute, tressaute et sursaute bizarrement, produit des bruits agaçants, disparait et réapparaît sans cesse, suggérant une multitude d’images brèves et fantasques, hallucinations fugitives, dérangeantes, cauchemardesques.

Outre la kyrielle de talents qu’il faut au pianiste pour nous faire croire qu’il est ce gnome hyperactif, coiffé d’un bonnet rouge et pointu, il lui faut encore nécessairement, pour parvenir à l’effet recherché, maîtriser l’art subtil du percussionniste, tant Ravel sollicite ici cette spécificité de l’instrument. C’est à ce prix, terriblement élevé certes, qu’à l’instar de ce nain perturbateur, il  » grandira, entre la lune et [nous], comme le clocher d’une cathédrale gothique.  » Mais pour notre plus grand plaisir !

Gnome

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À suivre : Poème d’Aloysius Bertrand et interprétation choisie du mouvement correspondant composé par Maurice Ravel :

  • La nuit 17 – Gaspard de la nuit / ONDINE
  • La nuit 17 – Gaspard de la nuit / LE GIBET
  • La nuit 17 – Gaspard de la nuit / SCARBO

« Serait-ce déjà la mort? » (Ist dies etwa der Tod?)

Si, lors de mes derniers instants en ce monde, mon vœu secret se voyait exaucé, je continuerais certainement à vivre encore au moins une très longue vie. Parce que j’aurais tout simplement souhaité ne pas partir sans avoir écouté une fois encore les musiques que j’aime…

Et quand enfin la baguette du chef d’orchestre se lèvera pour le dernier andante, à l »heure de tous les accomplissements » – c’est ainsi que Rilke appelle le crépuscule du soir –  les musiciens, au rythme langoureux d’une voix haute et belle, emporteront, en un cortège de lumières tendrement rougeoyantes, l’ultime clignement de ma paupière vers le soleil couchant.

« Im abendrot « 

Splendeur parmi les splendeurs de la musique que forme la série des « Quatre derniers lieder »  de Richard Strauss, « Im abendrot «  (Au soleil couchant), est un hymne à la nuit, chant serein, hommage lucide et élégiaque à la marche inexorable de la lumière vers les ténèbres et acceptation tranquille de l’inéluctable finitude. Peut-on rêver plus bel adieu?

Richard Strauss (1864-1949)

Richard Strauss (1864-1949)

Première composition de cette série de lieder, ce lied, écrit sur un poème de Joseph von Eichendorff entre la fin de l’année 1946 et le début 1947, fut suivi jusqu’à mi 48 de trois autres mélodies sur des poèmes de Herman Hesse (Frühling – printemps – , Beim Schlafengehen – l’heure du sommeil – , September – septembre). La réunion de ces lieder en ce qu’il est convenu d’appeler un « cycle » n’est donc pas la conséquence de l’homogénéité thématique de ces poésies. La raison de ce regroupement réside plutôt dans la fascination que toujours la voix a exercée sur Richard Strauss, et dans la palette de couleurs qu’utilise le compositeur pour la flatter encore. Voix qu’il a servie sans trêve sa vie durant, et à qui il confie le rôle ultime de messager de ses adieux. Adieu au monde. Adieu à lui même.

Richard Strauss décède en septembre 1949. Les « Vier letzte Lieder » peuvent être considérés comme son testament musical.

Gilles Pressnitzer – dont je ne saurais que trop recommander l’article poétique, très justement et joliment sous-titré « La dernière hypnose du vieil enchanteur », qu’il consacre à cette œuvre,  dit à propos des « Quatre derniers lieder » :

« Richard Strauss a su dans l’écrin diaphane d’un orchestre, entre murmure et quasi-invisibilité, faire monter comme un chant d’alouette, une voix qui plane en tournoyant au-dessus du pauvre monde d’ici-bas. »

Autant de versions, autant de magnifiques voix – les plus grandes sans exception – autant de reflets projetés sur ces linceuls diaphanes qui s’enroulent autour de la lumière finissante. Autant de filtres ensorceleurs pour doucement tamiser les ultimes rayons de l’astre qui se meurt. Comment faire un choix qui, à chaque instant, présente mille raisons d’être et de n’être pas, autrement qu’en laissant la décision au seul cœur ému.

Noble et profonde émotion, née dès les premières mesures dans l’envolée lyrique de l’orchestre complet, et qui se continue bien après la musique, toute entière rassemblée dans le silence méditatif des dernières secondes suspendues où résonnent encore dans nos poitrines, comme un écho d’éternité, les mots de la question :

 » Ist dies etwa der Tod?  » (Serait-ce déjà la Mort?)

« Im abendrot » :

Soprano : Anjas Harteros – Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Myung-Whun Chung – Enregistrement au Festival de Saint-Denis 2010

Im abendrot

Dans la peine et la joie
Nous avons marché main dans la main ;
De cette errance nous nous reposons
Maintenant dans la campagne silencieuse.

Autour de nous les vallées descendent en pente,
Le ciel déjà s’assombrit ;
Seules deux alouettes s’élèvent,
Rêvant dans la brise parfumée.

Approche, laisse-les battre des ailes ;
Il va être l’heure de dormir ;
Viens, que nous ne nous égarions pas
Dans cette solitude.

Ô paix immense et sereine,
Si profonde à l’heure du soleil couchant!
Comme nous sommes las d’errer !
Serait-ce déjà la mort ?

(La traduction est empruntée à l’article de Gilles Pressnitzer déjà cité)

♦♦♦

Le jour se lève encore

William Turner - Matin après le déluge 1843

William Turner – Matin après le déluge 1843

Quand tu n´y crois plus, que tout est perdu
Quand trompé, déçu, meurtri
Quand assis par terre, plus rien pouvoir faire
Tout seul, dans ton désert
Quand mal, trop mal, on marche à genoux
Quand sourds les hommes n´entendent plus le cri des hommes

Tu verras, l´aube revient quand même
Tu verras, le jour se lève encore
Même si tu ne crois plus à l´aurore
Tu verras, le jour se lève encore

Quand la terre saigne ses blessures
Sous l´avion qui crache la mort
Quand l´homme chacal tire à bout portant
Sur l´enfant qui rêve, ou qui dort
Quand mal, trop mal, tu voudrais larguer
Larguer, tout larguer
Quand la folie des hommes nous mène à l´horreur
Nous mène au dégoût

N´oublie pas, l’aube revient quand même
Et même pâle, le jour se lève encore
Étonné, on reprend le corps à corps
Allons-y puisque le jour se lève encore

Suivons les rivières, gardons les torrents
Restons en colère, soyons vigilants
Même si tout semble fini
N’oublions jamais qu´au bout d´une nuit
Qu´au bout de la nuit, qu´au bout de la nuit

Doucement, l’aube revient quand même
Même pâle, le jour se lève encore

Tu verras
Étonné, on reprend le corps à corps
Continue, le soleil se lève encore
Tu verras, le jour se lève encore…
Tu verras…

Même si…

Encore…

                                         Barbara

Illustration musicale : Flûte de Pan et orgue

« Je suis poète… »

« Rien ne tue davantage la poésie intérieure et le vague mélancolique du cœur que le talent poétique. Je suis poète par tous les vers que je n’ai jamais écrits. »

Cioran – « Le crépuscule des pensées » 

Écusson musical  : Sheila Chandra – « Moonsung »