Célimène et le Cardinal

Acte V – Scène IV (dernière). Molière est en scène et mieux que personne il sait que dans un très court instant, aussitôt la dernière réplique de Philinte lancée, le rideau va tomber sur sa pièce devenue une de ses signatures, « Le Misanthrope ».  Alceste, « l’atrabilaire amoureux » de la belle et coquette Célimène, vient de subir le refus de sa bienaimée de le suivre loin de cette société qu’il déteste. Il en conclut qu’elle ne l’aime pas, et décide donc de rompre:

« Allez, je vous refuse, et ce sensible outrage
de vos indignes fers pour jamais me dégage. »

Il s’apprête à fuir ce monde qui le déçoit irrémédiablement :

« Trahi de toutes parts, accablé d’injustices,
je vais sortir d’ un gouffre où triomphent les vices,
et chercher sur la terre un endroit écarté
où d’ être homme d’ honneur ont ait la liberté. »

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Pieter Bruegel - Misanthrope-1568

Pieter Bruegel – Misanthrope-1568

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Mais tout ne s’arrête pas là, Le Misanthrope reviendra, et revient toujours. Depuis le « Timon ou le misanthrope » du poète latin Lucien, après le « Timon d’Athènes » de Shakespeare, et bien sûr après Molière, ce personnage bougon, ennemi du genre humain continue de traverser les siècles. Les hommes savent si bien être détestables, et de tout temps, qu’il n’est après tout pas surprenant qu’à chaque époque l’un d’eux s’octroie le droit – ou le devoir – d’exprimer le dégoût de ses contemporains. Et quand c’est un personnage de théâtre…

Ainsi « L’homme Franc » de William Wycherley en 1676, le « Philinte » de Fabre d’Églantine en 1790, qui se veut une suite à la pièce de Molière, ainsi encore « The school of scandal »  de l’irlandais Richard Sheridan en 1777, « Le misanthrope réconcilié », pièce inachevée de Schiller à la fin du XVIIIème, et au XIXème siècle, les misanthropes des comédies de Labiche et de Courteline.

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En 1992, Jacques Rampal écrit « Célimène et le Cardinal », en alexandrins. La pièce se présente comme une suite à l’illustre « Misanthrope ». Une vingtaine d’années a passé. Nos personnages ont changé : Alceste, après le long exil volontaire qu’il s’est imposé au dernier acte est devenu cardinal, prélat puissant à l’autorité affirmée. Célimène a abandonné son statut de courtisane et s’est installée dans la vie d’une épouse bourgeoise, mère de quatre enfants. Sa nouvelle situation et sa position de femme mûre n’ont aucunement altéré les désirs de liberté et la passion de plaire de la jeune fille d’hier.

Désormais revêtu de la pourpre cardinalice, Alceste se rend chez Célimène, non sans trouble. Elle va redoubler de charme pour l’obliger à lui avouer l’amour qu’il n’a jamais cessé de nourrir à son égard.

Que vous êtes habiles, Mesdames!…

Ludmilla Mikaël  et Gérard Desarthe ont créé cette pièce en 1993. Elle a été reprise de nombreuses fois depuis, avec des comédiens de grande qualité. J’avoue mon immense sympathie pour le bijou que nous délivrent les deux comédiens créateurs de la pièce, quelquefois donnée à la télévision et gravée en DVD.

Puissiez-vous vous régaler de ce petit extrait où il est question de confession (cela devient à la mode sur ce blog!). L’émotion et la drôlerie de la situation, la qualité du texte, la justesse de jeu des acteurs, le charme irrésistible de Ludmilla Mikaël, tout est réuni pour un bien agréable moment de théâtre dont on ne saurait se lasser… Et qui pourrait bien laisser entrevoir, en coulisse, un sourire satisfait de Jean-Baptiste, lui-même.

La pénitence est douce

« Les femmes ont plus de honte de confesser une chose d’amour que de la faire. » (Marguerite de Navarre)

Giuseppe Moltenti - La confessione

Giuseppe Moltenti – La confessione

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LA PÉNITENCE EST DOUCE

Rosette, agenouillée au confessionnal,
Murmure : – Mon bon père, à vous, je m’en accuse :
J’ai trompé mon mari – Ma fille, c’est très mal,
Dit le prêtre… Et… combien de fois ? Rose, confuse,

Se trouble, balbutie, hésite… enfin répond :
Neuf fois ! – Hum! Depuis quand ? fait le prêtre. Alors Rose :
Depuis hier soir !  Et, sous le nuage blond,
De ses cheveux d’or fin, Rose devient plus rose.

Neuf fois depuis hier ! reprend le bon curé …
Je ne puis, d’un péché de pareille importance,
Vous absoudre aujourd’hui, sans avoir référé
A l’évêché qui fixera la pénitence !

Revenez dans huit jours !  L’évêché décréta
Qu’ayant fauté neuf fois, Rose aurait, pour sa peine,
A dire cinq Ave. Rose s’en acquitta
Et fut absoute… Mais au bout d’une semaine,

Au sacré tribunal, avec un air marri,
La voici qui revient s’accuser d’inconstance,
Disant : – Sept fois, encor, j’ai trompé mon mari :
Mon père, indiquez-moi quelle est ma pénitence.

Et lui, sur le tarif de l’absolution
Dernière, s’efforçant de se baser, calcule :
– Pour neuf fois, cinq Ave … D’une proportion,
Je dois donc, pour sept fois, établir la formule :

Cinq est à neuf comme X à sept… D’où je conclus
Qu’il faut… Ah ! C’est vraiment trop compliqué, ma chère …
Faites votre mari cocu deux fois de plus.
Et dites cinq Ave comme la fois dernière !

                                              Léon Vilbert (« Journal d’un épicurien »)

Introduction musicale : Mendelssohn – Sonate pour orgue (extrait)

Finale : Vivaldi (« In furore iustissimae irae » – Alleluia)

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« Jésus a pardonné à la femme adultère. Parbleu, ce n’était pas la sienne! » (Georges Courteline)

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