La Llorona

Dans cet extrait du film Frida  de Julie Taymor, sorti en 2002, la troublante artiste peintre, Frida Kahlo est accoudée au bar d’une modeste taverne mexicaine, lorsqu’elle entend, venant du fond de la salle le chant roque et déchirant d’une vieille femme. Elle reconnaît la chanson de « la Llorona », cette ancienne légende de la pleureuse que raconte souvent aux siens, en frissonnant,  chaque « mamà » d’Amérique latine.

Émue par les accents déchirants de la voix de la grande Chavela Vargas, Frida se trouve à nouveau emportée dans l’univers onirique que nourrissent ses angoisses.

Mais quelle est donc cette effrayante légende de « la Llorona » (la pleureuse)?

Il en existe plusieurs versions, mais la plus répandue semble être celle-ci : On raconte qu’au XVIème siècle, à l’époque où Cortés tentait de prendre l’ancienne ville de Mexico aux aztèques, les populations, soumises au couvre-feu, devaient se terrer chez elles le soir. Certaines nuits, on pouvait entendre les sanglots et les lamentations de la pleureuse Maria. Elle déambulait, toute de blanc vêtue, dans les rues, priant, enveloppée jusqu’à la taille d’un étrange brouillard qui accompagnait ses pas jusqu’au lac de Texcoco où elle finissait par disparaître.

C’est ainsi qu’elle expiait éternellement son horrible crime : follement amoureuse d’un homme, elle avait noyé ses trois enfants afin de se consacrer à lui. Mais l’homme ne tarda pas à lui préférer une autre compagne et l’abandonna à son désespoir. Elle mit fin à ses jours en se noyant volontairement dans le lac.

On dit que ceux qui entendent les lamentations de cette dame blanche apprennent dans les jours qui suivent l’évènement de mauvaises nouvelles ou rencontrent eux aussi leur dernière heure.

Ceux qui fréquentent le cimetière de Jerez dans l’état mexicain du Zacatecas, affirment que le regard de cette Llorona suit le visiteur dans ses déplacements autour de son tombeau.

Les ouvrages artistiques qui s’inspirent de cette légende populaire sont innombrables ; les interprétations de cette non moins célèbre chanson sont aussi très nombreuses. Le couplage qui suit, des voix de Lila Downs qui, elle aussi, a contribué à la bande musicale du film Frida, et de l’inoubliable Chavela Vargas me séduit à un double titre : d’une part j’aime leurs voix et leurs styles différents et cependant tous deux très proches de ce que je perçois de l’âme mexicaine  ; d’autre part la forme d’hommage rendu ici par la jeunesse talentueuse à une icône de la chanson sud-américaine me touche et m’émeut. Une marque de respect et de reconnaissance, rare aujourd’hui, envers ceux de qui nous vient l’essentiel de ce que nous sommes. Cela devrait suffire à justifier, si besoin était, la vidéo qui suit.

Si parce que je t’aime, tu veux, Llorona

Tu veux que je t’aime plus.

Si déjà je t’ai donné la vie, Llorona

Que veux tu de plus?

Tu exiges plus?

◊◊◊