La Connaissance… en somme

Bibliothèque Nationale de Prague

Bibliothèque Nationale de Prague

De tout temps et en tous lieux les puissants du monde ont voulu posséder « La Connaissance ». Quel meilleur souffle pour gonfler la voilure de leur superbe ? Quel plus noble navire pour la porter, conquérante, jusqu’aux rivages de leur hégémonie ? Peu, cependant, ont accepté l’effort de la gagner par eux-mêmes, préférant confier aux plus savants de leurs sujets le soin de leur en résumer l’essentiel.

Résumer…?

L’essentiel ?…

Scribe

Un vieux sage raconte l’histoire lointaine de cet empereur tout-puissant qui un jour convoqua celui que tous considéraient comme le plus savant des hommes de l’empire :

– Je désire, lui dit le prince en lui tendant à titre d’acompte deux énormes bourses d’or, que tu rédiges à mon intention un ouvrage dans lequel je trouverai l’essentiel de la connaissance du monde.

L’homme, qu’évidemment cette confiance venue de si haut honorait, se sentit soudain accablé par le poids de sa grande modestie. Sans doute avait-il pris la mesure de la mission. Il remercia le prince et s’attela aussitôt à la tâche. Dix années durant il travailla d’arrache-pied, jusqu’au jour où il arriva chez son seigneur accompagné de deux assistants les bras chargés de rouleaux au point qu’on ne pouvait plus apercevoir leur visage. Il fit déposer au pied du trône les innombrables parchemins et tenta un regard en direction du monarque.

– Mais c’est énorme, mon bon ! s’écria l’empereur. Il me faut quelque chose de plus concis… Un seul rouleau devrait suffire ! L’essentiel…!

L’érudit se remit donc au travail. Quelques années plus tard le voici à nouveau devant l’empereur. Alors qu’il s’apprêtait à déposer sur le bureau royal l’unique et épais rouleau, fruit de ses pénibles efforts de synthèse, il entendit l’éclat cinglant de la voix du prince :

– Non ! C’est trop ! N’imagines-tu donc pas les occupations d’un souverain : la politique, les finances, la diplomatie, les guerres, les affaires du palais, que sais-je encore…? Comment voudrais-tu que j’aie le temps de lire tout cela ? Plus court ! Rassemble donc en quelques simples pages ce que tu considères comme essentiel !

L’homme se remit à l’ouvrage une fois de plus. Deux ans plus tard, il revint offrir à son seigneur une vingtaine de courtes pages reliées par un cordon de cuir souple. Trop occupé ce jour-là pour lui accorder son attention, l’empereur, d’un signe fort explicite, exigea un dernier effort : une page, une seule, le satisferait vraiment.

Scribe XIIe siècle

Et le brave savant de s’en retourner une nouvelle fois à cette sempiternelle mission, plus délicate encore : une page, une unique page, pour contenir toute sa connaissance…!

Quand, longtemps après sa dernière exigence, l’empereur vit le fidèle savant arriver vers lui d’un pas décidé, tenant fièrement à la main son unique page remplie, il le stoppa d’un regard et lui dit :

– Écoute bien, brave homme, arrête d’écrire, je ne lirai pas. Pas le temps. Rassemble donc tout cela en un seul mot que tu viendras me confier à l’oreille. Je saurai te manifester ma reconnaissance.

Après quelques mois de méditation profonde, isolé dans une grotte perdue du désert, le savant, certain désormais du mot qu’il glisserait au creux de l’oreille du monarque, revint au palais. Il constata que l’empereur, comme lui-même, avait beaucoup vieilli. Aussitôt le prince l’invita à lui murmurer très discrètement « Le mot ». Le docte vieillard s’approcha sans tarder de son seigneur, en prenant bien garde de ne pas franchir la zone d’intimité que la bienséance et le protocole exigent que l’on respecte, et dans la plus grande discrétion prononça « Le mot ».  Le seigneur qui, pour mieux entendre, s’était penché légèrement vers son interlocuteur, se redressa d’un coup et, levant les deux bras au ciel, s’écria :

– Mais ça, je le savais déjà !

Σ Σ Σ

L’œil : un conte africain

Ce matin-là, le pauvre Woula, désespéré par l’impitoyable avarice de son lopin de terre, se résigna à abandonner son misérable séjour. De tous les paysans des alentours, il était sans aucun doute le plus défavorisé et partant le plus malheureux. Il prit donc la route, la tête basse, le pas traînant mais résigné, vers les rives du fleuve qui, peut-être, montrerait à son égard un peu plus de générosité, lui offrant quelques poissons pour apaiser la faim qui le tenaillait depuis plusieurs jours.

Des milliers de pas plus loin, à la lumière émoussée du jour finissant, les cris d’oiseaux divers retentissaient plus nombreux et plus sonores et la brise qui balayait le chemin sentait bon le large ; Woula avait compris qu’il atteignait enfin son but ; l’aspect labyrinthique que conféraient au paysage les tannes, ces petits îlots de terre sèche et salée posés ici et là au milieu des eaux basses, confirmait sa conviction.

Casamance SénégalTout à l’espérance nouvelle qu’alimentaient ses sens, Woula n’avait pas remarqué l’homme immense et filiforme qui s’était approché de lui pendant qu’il contemplait les bords du fleuve. La peau aussi noire que la sienne, drapé dans un boubou dont la blancheur immaculée renforçait le contraste que faisaient les amulettes multicolores suspendues au bout des sautoirs enroulés autour de son interminable cou, l’homme, immobile, regardait fixement Woula. Le large sourire d’émail qui fendait son visage faisait écho à la bienveillance qu’exprimait ses grands yeux brillants, et cette attitude amicale suffit à éviter que la surprise de Woula ne virât à la crainte.

Masque Sénégal

L’homme se présenta :

– Mon nom est Mbakhané. Tu ne me connais pas, mais moi je sais qui tu es, et je sais tes malheurs. Rog (Dieu) m’a confié d’immenses pouvoirs. Grâce à eux je peux réaliser ton vœu le plus cher. Et j’y suis disposé.

– Oh ! Merci ! Merci Maître ! Je sais ce que je veux… Je le sais, sans hésiter…

– Pas d’emballement ami ! Réfléchis tranquillement. Tu as deux jours pour cela. Mais sache bien que je donnerai à ton voisin le double de ce que je te donnerai, quel que soit ton souhait. Tiens, garde cette petite amulette de tissu pour t’aider à te concentrer dans tes réflexions, tu me la rendras dans deux jours, ici même, à l’heure où le soleil rougeoie avant de plonger dans la mangrove. Alors tu exprimeras ton souhait et je l’exaucerai. A plus tard !

Depuis le départ de Mbakhané, Woula ne prêtait plus aucune attention à son estomac vide, et encore moins à ces rêves de poissons qui attendaient là, tout près, dans les eaux voisines ; rien ne comptait plus que le vœu qu’il exprimerait bientôt. Il tripotait nerveusement l’amulette, la faisant sans cesse passer d’une main dans l’autre, et il pensait :

– Une caisse d’or ! Oui, une caisse d’or. Oh mais mon voisin en aura deux… Non ! Pas question !

– Une belle maison !… Et mon voisin en aura deux qu’il pourra réunir et ainsi être propriétaire d’un petit palais… Non ! Non !

Aucun des vœux qu’il formulait ne retenait son approbation, trop favorables qu’ils étaient, systématiquement, aux intérêts de son voisin. Quel souhait pourrait-il donc bien exprimer qui ne le désavantagerait pas, lui, Woula, par rapport à ce voisin peu sympathique, et qui l’avantagerait même, plutôt ?

Les deux jours étaient écoulés. Le moment de se rendre au rendez-vous de Mbakhané approchait, et toujours aucune décision. Il décida de terminer sa réflexion en marchant. Il se mit donc en chemin, tout en égrenant la longue liste de ses hypothèses.

Quand il arriva au lieu convenu, il trouva son bienfaiteur assis au pied d’un étroit palétuvier. Le temps de partager un salut et celui-ci lui demanda d’abord de lui restituer l’amulette. Puis il enchaîna :

– Alors, Woula, as tu choisi ton vœu ?

– Oh oui ! répondit le malheureux enfin déterminé, je veux que tu me crèves un œil !

Des vœux… Oui, mais attention !

 En forme de réponse-clin d’œil au vœu de Marie Christine dans un commentaire récent.

On n’est jamais trop précis quand on formule ses vœux. Peut-être parce qu’on ne croit pas vraiment à leur réalisation ou par peur sans doute qu’une trop grande exigence la rende impossible. Le jeune Kitso en fit un jour la triste expérience :

Ce 25 décembre, comme tous les autres d’ailleurs,  à Tsabong au Botswana, en plein désert du Kalahari, autour de midi, rien ne bougeait, ni les feuilles sèches des arbres dispersés à l’entrée du village, ni les grains de sable jaune plaqués au sol par les rayons brûlants du soleil d’Afrique. Quelques rares insectes grattaient ou sifflaient depuis leurs indécelables cachettes, et de temps à autre la plainte lascive d’un dromadaire blatérant au loin déchirait la carapace de l’air. Mais, jour de Noël ou pas, pour Kitso ce décor demeurait immuable ; comme chaque jour de l’année, à l’exception peut-être des rares périodes de pluie, il venait s’assoir, solitaire, sous ce même acacia, pour y contempler le spectacle que lui offrait son impossible rêve d’une autre vie.

« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans… »

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Aujourd’hui – qui saurait dire pourquoi ? – pendant sa rêverie quelques larmes ont glissé sur ses joues. Il voulut les chasser d’un mouvement de bras, mais l’une d’elles, trop rapide, parce que trop lourde peut-être, s’échappa vers le sol. La réaction alchimique fut immédiate : un immense génie se dressa, impressionnant, devant le jeune garçon effrayé qui déjà se levait pour fuir à grandes enjambées. Mais il n’en fit rien, le colosse venait de poser une énorme main sur son épaule, et le tenait immobile, debout contre son acacia.

– N’aie aucune crainte, garçon,  lui dit-il d’une voix profonde et douce. Je ne te veux aucun mal, bien au contraire. Je te vois depuis longtemps ici, rêvant quotidiennement à une autre vie. Aujourd’hui tes larmes m’ont ému, c’est Noël, alors comme tous les génies bienveillants j’ai décidé d’exaucer trois de tes désirs. Exprime les et ils seront réalisés.

Sa crainte apaisée et son étonnement assumé, Kitso demanda quelques minutes pour rassembler ses idées avant de formuler ses vœux. Il pencha la tête, ferma les yeux quelques courts instants, puis releva son regard vers son étrange bienfaiteur, sûr désormais des souhaits qu’il soumettrait à son pouvoir.

– Voilà, lui dit-il, d’abord je voudrais de l’eau. De l’eau, oui, de l’eau, beaucoup d’eau que je verrais couler à profusion.

– Ensuite ? demanda le génie.

– Ensuite, je souhaiterais… hum…

– Parle donc ! Rien n’est exclu ! Dis sincèrement ce que tu souhaites, allons !

– Eh bien, ensuite… hum… Je voudrais des femmes, des femmes, plein de femmes venues de partout dans le monde, une différente chaque jour, qui me chevaucheraient… hum… dans un bel appartement d’une grande ville…

– J’ai bien noté. Et ton troisième vœu ?

– Oh ! Je voudrais être blanc, oui blanc. Je voudrais vraiment être blanc.

– Es-tu sûr de tes choix, Kitso ? Sache que lorsque j’aurais frappé trois fois dans mes mains tes désirs se réaliseront immédiatement.

– Oui, oui ! Je ne change rien, répondit Kitso sans la moindre hésitation.

Alors le génie frappa trois fois dans ses larges mains. Et les désirs de Kitso furent aussitôt exaucés :

Il est devenu blanc, d’un blanc éclatant. Il habite un très bel appartement dans un palace entre Mayfair et Knightsbridge, à Londres. De l’eau, chaude, froide et même tiède coule sur lui à toute heure du jour et de la nuit pendant que, venues du monde entier, des femmes de tous âges et de toutes origines, le chevauchent à l’envers et à l’endroit.

Ce jour là, Kitso est devenu… le bidet de la suite 302 à l’InterContinental London Park Lane.

L’autoroute pour Tahiti

 » Il faut choisir d’aimer les femmes ou de les connaître.  » (Chamfort)

Brassaï ~ Colonne Morris - Paris, 1934

Brassaï ~ Colonne Morris – Paris, 1934

Paris commençait à allumer ses premières lumières ce dimanche soir d’automne, et envoyait ainsi à l’incessante pluie qui noyait la Seine depuis midi, un impératif signal de fin. Victor allait enfin pouvoir aérer sa machine à questions qui, toute la journée, l’avait transformé en lion dans sa cage. Faire quelques pas dans la fraîcheur du soir entre les reflets arc-en-ciel des pavés mouillés lui permettrait sans doute de trouver une explication aux étranges comportements de Katia. Il l’aime tant Katia…

Ils n’étaient pas bien nombreux les candidats à la promenade ce soir : en une vingtaine de minutes Victor n’avait croisé qu’un couple marchant serré au pas cadencé. Sa respiration trouvait maintenant un tempo plus calme et quelques idées positives osaient revigorer ses espérances. Ragaillardi, il shoota généreusement dans une boîte de soda, vide, abandonnée sur les pavés par l’incivilité trop habituelle d’un contemporain. Le bruit rugueux de la ferraille frottant le sol lui rappela qu’il aurait été tout de même mieux de la ramasser et de la mettre dans la poubelle qui à quelques centimètres seulement lui faisait de l’œil. Il en était encore temps.

Laszlo Moholy-Nagy - Autoportrait de profil-1922

Laszlo Moholy-Nagy – Autoportrait de profil-1922

À peine la cannette eut-elle touché le fond de la poubelle qu’une petite déflagration sèche claqua au milieu d’un nuage de fumée blanche jaillissant à la face stupéfaite de Victor. Le pas d’esquive qu’il avait spontanément esquissé, par réflexe, n’eut pas le temps de lui restituer complètement son équilibre. Déjà une voix de basse se mit à le haranguer d’un ton sec, partagé entre autorité et agacement. Elle sortait de la bouche parfaitement dessinée d’un petit homme chauve et replet en pantalon rouge froissé et t-shirt vert, et la fine moustache qui la surmontait comme un surlignage clownesque conférait étrangement à ce visage imberbe une touche de douceur espiègle plutôt inattendue :

Bon, écoute-moi bien ! Hors de question qu’on y passe des heures ! J’suis ton bon génie. Je poireaute recroquevillé dans cette cannette de merde depuis un temps infini. Tu as fait ta B.A., tu l’as ramassée et jetée, parfait. Ça te vaut ma présence et mes services. Alors on va pas se la jouer classique, genre  » Aladin et la lampe merveilleuse «  du style  « tu fais trois vœux de conte de fée, j’te les réalise, t’épouses la princesse, tout le monde est content… etc. » Pas le temps ! Tu choisis un vœu, un seul et basta ! J’opère, j’te l’exauce et j’me casse. OK ?

Surpris, décontenancé, se demandant si il délirait ou si il était entré éveillé dans un rêve fou, Victor s’ébroua, comme un chien sortant de l’eau, et constatant que son génie en habit de sémaphore était toujours là, le regard impatient rivé sur lui, il finit par lui faire cette réponse dont la craintive timidité ne parvint pas à étouffer l’enthousiasme juvénile qui l’inspirait :

Ah, oui, bien sûr, j’aimerais tellement aller à Tahiti, me baigner dans le lagon, manger des langoustes à tous les repas, admirer les danseuses dans le soleil, retrouver la trace de Gauguin… Mais j’ai un problème de taille : j’ai très peur de l’avion et je ne supporte pas le bateau qui me rend malade dès la première minute au port. Alors, puisque vous avez tout pouvoir et que vous voulez bien le mettre à ma disposition pour une fois, faites-moi donc une route jusque là-bas. Je pourrais ainsi voyager de Paris à Papeete en voiture. Et mon vœu sera réalisé.

Le génie haussa d’abord les épaules, puis le ton. Il lança :

Mais, mon ami, t’es complètement barge ! Tu imagines une route jusqu’à Tahiti ? Tu vois le chantier ? Les engins, les terrassiers, les ponts, le bitume, les kilomètres et tout le toutim. Mais je suis tombé sur un maboul ! Comme d’habitude, les dingues c’est pour ma pomme !…  Allez, trouve-toi un autre vœu et qu’on en finisse !

Alors Victor, rattrapé par les questionnements de sa journée, la voix tremblante, confidente, tout juste audible  :

Vous savez, j’atteins bientôt la cinquantaine et j’ai bien vécu, certes ; j’ai fait d’aimables rencontres, beaucoup ; j’ai failli me marier deux fois. Mais je dois avouer que je n’ai jamais réussi à comprendre les femmes. Si vous pouviez m’y aider… ?

Ce à quoi, le génie soudain décidé, sans même s’octroyer une seconde de réflexion supplémentaire, répondit avec ardeur :

L’autoroute pour Tahiti !… Quatre ou six voies ?

Paul Gauguin, Fatata te Miti (Près de la mer), 1892 -National Gallery of Art, Washington

Paul Gauguin – Fatata te Miti (Près de la mer) – 1892 – National Gallery of Art – Washington

La porte à 10 centimes

Il me revient ce matin cette petite histoire qu’on me raconta un jour d’il y a quelques années et qui réapparait soudain, sans raison précise, au détour de ma mémoire. A y regarder de plus près, elle porte en elle toutes les composantes d’un conte philosophique, c’est peut-être pour cela qu’elle ne m’a jamais vraiment quitté.

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Un homme d’âge mur qui avait particulièrement bien réussi dans la vie avait coutume de se produire régulièrement dans des conférences publiques ou des émissions de télévision pour raconter l’histoire de ses succès ou, autrement dit, comment il avait acquis une aussi grande fortune.

Le jeune homme bien peu argenté qu’il était jadis se précipitait un jour aux toilettes d’un café, persuadé de leur gratuité, et se retrouva devant une série de portes sombres qui toutes exigeaient pour s’ouvrir qu’on mît dans la serrure aménagée à cet effet une pièce de 10 centimes (de Franc). Il chercha autour de lui quelqu’un qui aurait bien voulu l’aider d’une pareille somme et quelqu’un lui tendit aimablement une pièce.

Il était sur le point de l’insérer quand la porte qu’il avait choisie s’ouvrit pour laisser sortir son prédécesseur qui poliment la lui tint ouverte. Il mit donc la pièce dans sa poche.

Au pied de l’escalier qui devait le ramener à la surface il avisa une machine à sous qu’il n’avait pas remarquée en arrivant – et pour cause… – et décida de tenter sa chance avec les 10 centimes qu’il venait d’économiser. Tentative heureuse : le Jackpot.

Cette somme rondelette lui permit de prétendre à un prêt pour acheter un petit commerce qui très vite devint prospère, qu’il développa jusqu’à en faire une entreprise de premier plan, national puis international, etc… etc…

Chacune de ses interventions se terminaient par son vœu de pouvoir retrouver  » ce type à qui je dois d’être devenu ce que je suis, et que je voudrais bien pouvoir récompenser. « 

Un jour, alors qu’il prononçait sa phrase finale habituelle, un homme se leva au milieu de l’assistance et lui dit :

–   » Je m’en souviens parfaitement, c’est moi qui vous ai donné la pièce de 10 centimes pour les toilettes ce jour-là ! « 

Ce à quoi il répondit du haut de l’estrade où il était perché :

–   » Mais celui que je cherche, c’est l’homme qui ce jour-là m’a tenu la porte ouverte ! « 

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Quand la pomme est croquée…

Blanche neige pomme

Parce que le miroir a dit la vérité, Blanche-Neige est condamnée à disparaître.

Et, puisque ses premières tentatives d’éliminer la belle enfant ont échoué, la méchante reine ira elle-même, jouant de sa ruse maléfique, faire manger la pomme empoisonnée à sa naïve rivale qui a trouvé refuge au milieu de la forêt, dans le paisible chalet des sept nains. Désormais, chaque fois qu’elle interrogera sa psyché magique, la vaniteuse reine pourra enfin l’entendre répondre : – Dame la Reine, ici vous êtes la plus belle !  Sans que jamais plus le miroir n’ajoute : – Mais Blanche-Neige, sur les monts, là-bas, chez les sept nains, est plus belle que vous, et mille fois au moins !

Mais, même dans la mort, Blanche-Neige demeure toujours aussi radieuse. Et pour ne pas souiller tant de grâce sous la terre noire, les nains la déposent dans un cercueil de verre au sommet de la montagne, et sous bonne garde.

Jusqu’au jour où un prince égaré dans la région…

HD disponible

Ce ballet romantique, Blanche-Neige, très proche du conte des frères Grimm, a été créé en 2008 par le chorégraphe Angelin Preljocaj, sur des musiques de Gustav Mahler.

Ce pas de deux, que je préfèrerais appeler  » pas d’amour « , est dansé par Nagisa Shirai et Sergio Díaz sur le merveilleux Adagietto de la 5ème symphonie de Mahler.

Deux cadeaux de Noël

L’histoire se passe dans un pays inconnu, mais pas si lointain, en des temps… pas si anciens qu’on pourrait le penser.

Un homme d »âge avancé, veuf et père de deux adolescents, souhaitait, malgré l’extrême modestie de ses moyens, offrir un beau cadeau de Noël à chacun de ses fils, très différents l’un de l’autre. L’aîné, peu porté au sourire et à l’optimisme, avait plutôt une fâcheuse tendance à la bouderie, voyant partout le malheur du monde ; le plus jeune prenait, pour sa part, la vie par ses meilleurs côtés, lui souriant sans cesse.

Ayant réuni ses pauvres économies et emprunté les quelques sous manquants à des voisins bienveillants, l’homme partit d’abord acheter le cadeau pour son aîné. Il trouva une très jolie montre d’occasion, la fit empaqueter comme il se doit, et la paya.

CadeauSorti de l’horlogerie, il se rendit compte que toute sa petite fortune était passée dans ce premier achat pour son fils pessimiste, et qu’il n’avait désormais plus de quoi payer le second cadeau destiné au cadet. Alors qu’il cherchait une façon de régler ce délicat problème, il avisa, quelques pas devant lui, un âne attelé à une petite charrette, qui lâchait son crottin sur le pavé. L’idée fusa. Il se précipita sur les déjections de l’animal et en rassembla les plus beaux morceaux dans son journal, avant de les disposer dans un papier argenté qu’il trouva dans une poubelle. Un ruban rouge, de la même origine, transforma le paquet en cadeau.

Il plaça les deux cadeaux au pied de l’arbre de Noël. La distribution eut lieu après le frugal dîner de la petite famille. L’aîné ouvrit son paquet, et, sans commentaire ni expression d’une quelconque satisfaction, partit se coucher.

Le lendemain matin, une voisine rencontra les deux garçons et avisant d’abord le plus âgé, demanda :

– En voilà une bien jolie montre, tu dois être heureux de ce formidable cadeau?

– Bô, non!

– Et pourquoi donc?

– Parce que, répondit-il tristement, à chaque fois que je regarde mon poignet, je vois défiler les secondes, les minutes et les heures, et que tout ce temps qui passe me rapproche de la vieillesse et de la mort.

Alors, s’adressant au plus jeune, la voisine demanda :

– Et toi, qu’as tu reçu comme cadeau?

– Oh! Moi j’ai eu un cheval! Répondit le garçon, joyeusement, mais il a préféré la liberté.

Δ

Tiré, à la manière des « Menteurs », des « Contes philosophiques du monde entier »  de Jean-Claude Carrière