Brumes et brouillards /7 – Réconciliation

Fernand Khnopff - Une ville abandonnée - pastel marouflé sur toile, 1904 - Musée d’Art Moderne Bruxelles

Fernand Khnopff – Une ville abandonnée – pastel marouflé sur toile, 1904 Musée d’Art Moderne Bruxelles

 

Le brouillard indolent de l’automne est épars…
Il flotte entre les tours comme l’encens qui rêve
Et s’attarde après la grand-messe dans les nefs ;
Et il dort comme un linge sur les remparts.

Il se déplie et se replie. Et c’est une aile
Aux mouvements imperceptibles et sans fin ;
Tout s’estompe ; tout prend un air un peu divin ;
Et, sous ces frôlements pâles, tout se nivelle.

Tout est gris, tout revêt la couleur de la brume :
Le ciel, les vieux pignons, les eaux, les peupliers,
Que la brume aisément a réconciliés
Comme tout ce qui est déjà presque posthume.

Brouillard vainqueur qui, sur le fond pâle de l’air,
A même délayé les tours accoutumées
Dont l’élancement gris s’efface et n’a plus l’air
Qu’un songe de géométrie et de fumées.

Georges Rodenbach ( 1855-1898 ) – in Le Miroir du ciel natal – 1898

Miroir de la douleur

ANDRE-KERTESZ

André Kertesz – Distorsion 1933

Le miroir d’un moment

Il dissipe le jour,
Il montre aux hommes les images déliées de l’apparence,
Il enlève aux hommes la possibilité de se distraire.
Il est dur comme la pierre,
La pierre informe,
La pierre du mouvement et de la vue,
Et son éclat est tel que toutes les armures, tous les masques en sont faussés.
Ce que la main a pris dédaigne même de prendre la forme de la main,
Ce qui a été compris n’existe plus,
L’oiseau s’est confondu avec le vent,
Le ciel avec sa vérité,
L’homme avec sa réalité.

Paul Eluard (« Capitale de la douleur »1926)

André Kertész  distorsions4

André Kertesz – Distorsion  1933

Une petite larme de poison

Une petite larme de poison pour troubler le regard, brûler la voix, et nous plonger dans l’élégante confusion d’un rêve sensuel.

C’est si bon!

« Le pouvoir enivrant qui change l’homme en dieu ;
« L’amour, miel et poison, l’amour philtre de feu,
« Fait du souffle mêlé de l’homme et de la femme,
« Des frissons de la chair et des rêves de l’âme. »

                             Victor Hugo (« Noces et festins »)