Et dansent les ombres de l’Enfer…

Orphée se présente à la porte des enfers et se heurte au barrage des Esprits qui, réunis en un sombre chœur, lui en refusent l’accès. Mais ces Esprits ne resteront pas insensibles au chant de notre amoureux blessé. Ils lui ouvriront le passage et le ciel s’illuminera aux abords du « fleuve des lamentations ». Pour ne plus faire obstacle à ses retrouvailles avec son aimée, ils se dissiperont en un vaporeux ballet,  la « Danse des Ombres heureuses ».

L’Acte II d’ « Orphée et Eurydice » de Gluck est commencé.

Giovanni Sgambati, pianiste et compositeur italien mort en 1914, écrira à partir de ce moment de lumière une partition pour piano d’une extrême délicatesse. On y entendrait presque le subtil et sensuel frottement que font avec l’air les ombres éthérées qui s’évaporent entre les doigts de Yuja Wang.

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Et pourquoi ne pas nous offrir en bis, une très belle interprétation de Rachmaninoff, moins intériorisée certes, mais  tout aussi poétique?

Cantique de Jean Racine

Croire ou ne pas croire ? Là n’est pas la question !

Mais se laisser porter, léger, vers des cieux – habités ou non – par la douceur d’un chœur qui implore, voilà l’occasion d’un rare moment d’éternité qu’aucune question ne saurait venir troubler. Fauré ne disait-il pas lui-même de son Requiem, 20 ans après ce cantique, qu’il l’avait « composé pour rien… juste pour le plaisir » ?

C’est à l’âge de 19 ans qu’il compose le « cantique de Jean Racine ». Quelques siècles auparavant, au XVIIe, Racine réalisait une traduction d’une hymne de Saint Ambroise (IVe siècle), en latin, « Consors paterni luminis » (Toi qui partages la Lumière du Père).

C’est cette traduction très « janséniste », que Fauré met ici en musique.

Orchestre de Paris – Direction Paavo Järvi

Verbe égal au Très-Haut, notre unique espérance,
Jour éternel de la terre et des cieux,
De la paisible nuit nous rompons le silence:
Divin sauveur, jette sur nous les yeux.
Répands sur nous le feu de ta grâce puissante ;
Que tout l’enfer fuie au son de ta voix ;
Dissipe ce sommeil d’une âme languissante
Qui la conduit à l’oubli de tes lois!
O Christ! sois favorable à ce peuple fidèle,
Pour te bénir maintenant assemblé ;
Reçois les chants qu’il offre à ta gloire immortelle,
Et de tes dons qu’il retourne comblé.