Lumière du chœur : le Cantique de Jean Racine

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Lumière du chœur : le Cantique de Jean Racine

« L’homme désire l’éternité mais il ne peut avoir que son ersatz : l’instant de l’extase. »

Milan Kundera (« Les Testaments trahis »)

Gabriel Fauré 1845-1924

Verbe égal au Très-Haut, notre unique espérance,
Jour éternel de la terre et des cieux,
De la paisible nuit…

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La nuit 29 – Flocons de lune

Lune neige forêt

Nuit de plus haute lune

O l’immobile nuit sous le regard !
Tant de silence à la matière confondu,
Matière pure, en blancheur résolue,
Flocons, plus que de neige, de lueurs !

Visible enfin, le froid lui-même enchante,
Resplendissant ici tel le tissu
De ces rayons, au loin, qui perpétuent
Sur la paroi de lune leur empreinte.

Surface blanche, étale, où se rassemble
Le plus nocturne, arrachant à l’objet
Tout le détail qu’il abandonne à l’ombre,

Et quelques fonds tenaces de planète
Renforcent, parachèvent l’étendue :
Nuit de neige et de lune – et ma stupeur !

Jorge Guillén

(in Cantique – Poèmes choisis traduits par Claude Esteban – Gallimard – collection Du monde entier)

Extrait de la 4ème de couverture rédigée par Claude Esteban :

Longtemps Jorge Guillén a été le poète d’un livre unique, Cántico, dont l’édition originale – un recueil de soixante-quinze poèmes – avait paru à Madrid en 1928, et qui a trouvé son aboutissement en 1950 sous la forme d’un ouvrage comportant plus de trois cents poèmes et quelque cinq cents pages – dont on propose ici les moments majeurs. Ce livre, au terme de trente années, est demeuré conforme à la vocation d’unité que le poète espagnol s’était fixée : une «œuvre» qui ne se présente point comme une simple récollection, fatalement contingente, de fragments, mais qui, à l’instar des Fleurs du mal ou de Leaves of grass, offre au lecteur une sorte de configuration architecturale où le développement successif aille de pair avec une croissance quasiment organique de l’ensemble.

Le dessein de Cantique a été défini par Guillén lui-même dans sa dédicace finale à Pedro Salinas : « Consumer la plénitude de l’être en la plénitude fidèle des paroles »

[…]

Cantique de Jean Racine

Croire ou ne pas croire ? Là n’est pas la question !

Mais se laisser porter, léger, vers des cieux – habités ou non – par la douceur d’un chœur qui implore, voilà l’occasion d’un rare moment d’éternité qu’aucune question ne saurait venir troubler. Fauré ne disait-il pas lui-même de son Requiem, 20 ans après ce cantique, qu’il l’avait « composé pour rien… juste pour le plaisir » ?

C’est à l’âge de 19 ans qu’il compose le « cantique de Jean Racine ». Quelques siècles auparavant, au XVIIe, Racine réalisait une traduction d’une hymne de Saint Ambroise (IVe siècle), en latin, « Consors paterni luminis » (Toi qui partages la Lumière du Père).

C’est cette traduction très « janséniste », que Fauré met ici en musique.

Orchestre de Paris – Direction Paavo Järvi

Verbe égal au Très-Haut, notre unique espérance,
Jour éternel de la terre et des cieux,
De la paisible nuit nous rompons le silence:
Divin sauveur, jette sur nous les yeux.
Répands sur nous le feu de ta grâce puissante ;
Que tout l’enfer fuie au son de ta voix ;
Dissipe ce sommeil d’une âme languissante
Qui la conduit à l’oubli de tes lois!
O Christ! sois favorable à ce peuple fidèle,
Pour te bénir maintenant assemblé ;
Reçois les chants qu’il offre à ta gloire immortelle,
Et de tes dons qu’il retourne comblé.