Le bonheur et l’instant

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Le bonheur et l’instant

« Tout bonheur est une innocence. »

Marguerite Yourcenar  (Alexis ou le traité du vain combat)

 

Maria Keohane – soprano

« Süsser Trost, mein Jesus kömmt »

Cantate BWV 151 de Jean-Sebastian Bach

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… Tant que le loup n’y est pas !

Vient de paraître sur   « De braises et d’ombre » :

… Tant que le loup n’y est pas !

Léocharès (IVéme av JC) – Diane de Versailles ou Artémis à la biche (détail) – Louvre

C’est justement la voix de la déesse Palès, chantant l’aria « Schafe können sicher weiden » (Les moutons peuvent paître en paix ou, en anglais, « Sheep may safely graze »), qui servira de signature pour la postérité à cette cantate de J.S. Bach, BWV 208, dite « Cantate de la chasse ».

Quelle plus douce musique pour exprimer le calme et la paix bucoliques d’un éden terrestre ? Porté à travers le vert…

Et quelle belle transcription pour le piano réalisée par Egon Petri, sous les doigts de Khatia Buniatishvilli, un soir sous le feuillage !!!

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Joyeux Noël 2014

Noël

Quels meilleurs messagers de paix que Jean-Sébastien Bach et sa musique céleste pour transmettre à tous les vœux de Noël des « Perles d’Orphée » ?

Puisse chacun trouver dans cette aria angélique de cette cantate profane (« La chasse »), composée pour égayer les banquets du soir après la chasse, et fêter les princes qui les organisaient, la joyeuse sérénité qu’elle évoque et qui sied si bien au temps de Noël !

 Joyeux Noël !     Merry Christmas !

Schafe können sicher weiden,
Wo ein guter Hirte wacht.
Wo Regenten wohl regieren,
Kann man Ruh und Friede spüren
Und was Länder glücklich macht.

Les brebis peuvent paître en sécurité
Là où un bon berger veille.
Là où les souverains gouvernent avec sagesse,
On peut goûter le calme et la paix
Et c’est ce qui rend un pays heureux.

&

Les agapes de Noël terminées, les enfants épuisés de bonheur enfin endormis, les convives tous repartis ou couchés, tous repus et comblés, un dernier répit avant le sommeil de la nuit serait bienvenu, n’est-ce pas ?

Alors pourquoi ne pas s’asseoir quelques instants devant son piano et retrouver entre ses doigts la douce mélodie de cette aria, telle que l’a transcrite pour l’instrument, avec un tempo plus recueilli, le pianiste Egon Petri dans les années 50 ?

Et si l’on ne retrouve plus la clef du piano… voici une solution de remplacement. – A utiliser aussi d’ailleurs, même si, couvercle levé, le clavier offre impudiquement ses touches… Ce père Noël là – miraculé de la main droite – fait joliment chanter les cordes.

Carte postale du… Ciel

« Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit  »  :

Le Temps de Dieu est le meilleur des Temps

Stephanie Ho and Saar Ahuvia, piano

Sonatine introductive de la Cantate de JS Bach BWV 106  (Actus Tragicus)

Transcription pour piano par György Kurtág

α – ω

 

P.S. La vidéo complète du voyage :

Avion céleste piloté par Tom Koopman

Les anges de l’équipage : Chœur et Orchestre Baroques d’Amsterdam

Les anges de cabine :

Soprano – Els Bongers
Alto – Elisabeth von Magnus
Tenor – Lothar Odinius
Bass – Klaus Mertens

Comment mieux traverser les Cieux ? !

Pâques – Bach

Le cinéaste Woody Allen disait qu’écouter Wagner lui donnait des envies d’envahir la Pologne. Pour ma part je n’écoute jamais Jean-Sébastien Bach sans ressentir une furieuse envie de croire…

Et,  » Dieu merci  » – conformément à l’expression naturelle de tout athée bien pensant – je me purifie très souvent avec les œuvres du Maître.

Qui sait ce que l’avenir me réserve ?…

Sur l’instant, à l’évidence : une paix paradisiaque et une joie… divine !

Perles de lumière pour ce week-end pascal :

Si ni mes plaintes ni mes larmes
Ne vous touchent,
Oh ! Alors, arrachez-moi le cœur,
Qu’il devienne le calice
Dans lequel s’épanche
Le doux sang de ses blessures !

 

Jésus s’adresse à ses bourreaux par la magnifique voix de Julia Hamari. Épuisé par ses souffrances il sera bientôt mis au tombeau.

Tous ceux qui auront, impuissants, assisté à sa détresse sur la croix se réunissent en un chœur empreint de la plus profonde tristesse et accompagnent son ultime clignement de paupières.

Matthieu l’évangéliste a terminé son récit. Jean-Sébastien Bach termine la  » Matthäus-Passion  »  (La passion selon Saint Matthieu) par cet inoubliable chœur, une des plus belles musiques du monde :

Nous nous asseyons en pleurant,
Et te crions dans ton tombeau
Repose en paix ! Repose en paix !
Reposez membres épuisés !
Que le sépulcre et la pierre tombale
Soient un doux oreiller
À l’âme inquiète
Et qu’elle y trouve le repos.
Apaisés, les yeux se ferment alors

Jour de pâques : Pierre et Jean découvre le tombeau de Jésus vide… Et Bach, à la lecture des Évangiles, compose en 1725 son  » Oratorio de Pâques «  qui commence ainsi par cette tonique  » Sinfonia «  :

Tom Koopman dirige les Chœurs et Solistes de Lyon

  » Christ lag in Todesbanden «   (Le Christ gisait dans les liens de la mort)  – Cantate N° 4 composée pour le  » Dimanche de Pâques « 

Le premier choral, ici transcrit pour orgue et interprété par l’organiste canadienne Rachel Laurin.

Christ gisait dans les liens de la mort
Sacrifié pour nos péchés,
Il est ressuscité
Et nous a apporté la vie ;
Nous devons nous réjouir,
Louer Dieu et lui être reconnaissant
Et chanter Alléluia,
Alléluia!

Cantate N° 66 pour le  » Lundi de Pâques «  :  » Erfreut euch, ihr Herzen «  ( Que les cœurs se réjouissent) – 5ème mouvement : Duo pour Alto et Ténor

{Alto,Ténor}
{Je craignais certes, Je ne craignais pas} les ténèbres du tombeau.
Et j’espérais que mon Sauveur
{me soit, ne me serait pas} arraché.
Ensemble
Maintenant mon cœur est rempli de réconfort
Et même si un ennemi en éprouve de la fureur,
Je saurai vaincre en Dieu

 » S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu. » (Cioran)

 

C’est le printemps ! Russie

 » Slavianskaia doucha « , l’âme slave.  » Russkaya dousha « , l’âme russe.

Un cliché?

Pas plus que le  » Duende  » ou la  » Saudade « … Et pas plus aisément explicable…

Pour trouver une réponse à cette bonne vieille question qui contient en elle-même tous les sarcasmes du rationalisme occidental, il suffit simplement, après avoir considéré la géographie de cet Orient immense et peu hospitalier, de se glisser dans les œuvres des romanciers, des poètes ou des musiciens qui l’ont habité ou qui l’habitent encore. Là, on côtoie le mystère et la folie, la générosité des sentiments et l’outrance de leurs expressions. On se perd dans les ténèbres du drame, on s’enlise dans la tristesse et les peines, mais, toujours poussé à travers la plaine glacée par les vents de l’espérance, on finit joyeusement par se heurter au bonheur de vivre. Un bourgeon, un chant, un pas de danse, un verre (ou plus) de vodka et voilà qu’éclate une fois encore la lumière brutale de la beauté de vivre.

 » Une âme qui laisse passer la lumière, sans forcément qu’il s’agisse du ciel ou de Dieu, voilà en quoi l’on reconnaît qu’elle est « slave »  »  Dominique Fernandez.

Plus de raison après cela de s’étonner que le printemps occupe une aussi grande place dans le cœur du musicien russe, au point que l’un des plus grands d’entre eux ait écrit à sa gloire une des œuvres les plus magistrales du XXème siècle : Igor Stravinsky et son ballet  » Le Sacre du Printemps « .

Une jeune fille, selon les décisions des sages de la tribu inventée par Stravinsky, doit être sacrifiée et offerte au dieu slave de la fertilité, Yarilo, pour qu’il comble de sa générosité les terres qui nourrissent ces peuplades.

Stravinsky, dès le début de la première partie,  » Adoration de la terre «  , décrit comme il l’annonce sur le programme de la première représentation,  » Le printemps, la terre couverte de fleurs et d’herbe. La joie qui y règne… « 

Pina Bauch l’illustre ainsi dans sa chorégraphie :

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 » Весна идет, весна идет!  »  (Le printemps arrive ! Le printemps arrive !)

La neige est encore là, par endroit, mais déjà les premières eaux qui courent à travers la campagne annoncent les futures verdeurs du printemps. C’est le thème du poème joyeux de Fiodor Tiouttchev que met en musique cet autre immense compositeur russe qu’est Rachmaninov. Sur le flot continu des touches du piano coule le chant enthousiaste lancé vers le soleil à la gloire du renouveau de la nature ; cri d’impatience d’un admirateur ou d’une admiratrice attendant devant sa loge qu’apparaisse parée sa vedette préférée.

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Partagée entre le rythme alerte des jeunes abeilles au travail et le rythme flâneur des premiers papillons qui pavanent, la nature danse sous la brise, au chant joyeux des oiseaux de la campagne moscovite.  C’est le film printanier que projette à nos oreilles Nicolaï Medtner depuis son piano de compositeur. Une ode virtuose à la vie qui renaît enfin…

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Et quelle joie alors, au soir venu d’un bel avril, de valser tendrement avec Anna Karénine, dans la fraîcheur vivifiante d’un parc à Saint Pétersbourg, accompagné par la musique de Tchaïkovsky qui aura su si bien peindre toutes les saisons de sa bienaimée Russie.

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Comme on rendrait un religieux hommage à un dieu qu’on adore, un jeune homme d’une trentaine d’années, Sergeï Rachmaninov, consacre, en 1902, au printemps, tout une cantate. Sorti à peine d’une longue dépression de plusieurs années, et peu avant de célébrer son mariage avec Natalia, le pianiste compositeur s’inspirant d’un poème de Nikolay Nekrasov décrit ce que le poète appelle le  » murmure vert « . C’est la  » Cantate opus 20, pour Baryton, chœur et orchestre « , un chef d’œuvre.

Un mari envahi de pensées meurtrières envers sa femme infidèle pendant l’hiver, trouve, avec le retour du printemps, l’apaisement de ses frustrations nécessaire à son pardon.

Aux mouvements descendants qui suggèrent la désespérance des nuits d’hiver, succèdent les ascensions vers la lumière du printemps qui fait dire à la nature renaissante s’exprimant au travers du chœur :  » Pardonne tant que tu peux pardonner, et que Dieu soit ton juge! « .

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Enfin, et pour que ce billet ne cherche plus à rivaliser en volume avec  » Guerre et Paix « , ce voyage à la recherche de l’âme russe doit prendre fin. Mais pourrait-on le terminer sans accompagner notre guide, ce printemps musical russe, jusqu’aux portes bourdonnantes de l’été qu’il prépare ?

Déjà les champs blondissent, déjà brûlent les chaleurs de juin, déjà, bombardiers de vie déployés autour de leurs cibles multicolores, les bourdons s’entrecroisent à un rythme effréné, moteurs vrombissants sous les notes enchantées du chantre du printemps, Rimsky-Korsakov :

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J’ai assez

Après un voyage, petit ou grand, au moment où, rentré chez moi, je me pose lourdement sur mon canapé, heureux de ces retrouvailles égoïstes avec mon univers, je voudrais pouvoir chanter la plénitude de mon plaisir.

Je me ferais accompagné d’un hautbois léger et mélodieux qui m’emporterait au bout des cieux et je chanterais d’une voix chaude et profonde la satisfaction de posséder le peu qui est mien – dans la langue de Bach, bien sûr.

Mais voilà, l’allemand m’est hélas étranger, je n’ai pas d’ami hautboïste et mon chant ne ferait pas plus apparaître de belle à son balcon (sauf peut-être avec une bassine d’eau froide) qu’il n’obligerait un Ulysse à s’enchaîner au mât de son navire.

Alors je ferme les yeux… et j’écoute… (la ferveur de la foi en moins)

J’écoute à en pleurer de bonheur.

Ich habe genug  (j’ai assez)