La chute…

La chute…

Mais qui tombe ?

Écoutez d’abord !

Au moins deux personnes ! N’est-ce pas ?

Albert Camus, bien sûr !… Vous l’avez reconnu aussi !

Et l’autre ?

Vous n’avez aucune idée de qui cela pourrait bien être ?

Réfléchissez un instant…

Ah ! Vous ne trouvez toujours pas !

Faites donc un saut dans la salle de bains… et regardez !

Oui ! Au dessus du lavabo…

Si vous ne trouvez toujours pas, écoutez encore une fois… un autre vous-même !

Janus

Janus

Le Chenoua

Albert Camus (1913-1960)

Albert Camus (1913-1960)

« Depuis cinq jours que la pluie coulait sans trêve sur Alger, elle avait fini par mouiller la mer elle-même. Du haut d’un ciel qui semblait inépuisable, d’incessantes averses, visqueuses à force d’épaisseur, s’abattaient sur le golfe. […]

De quelque côté qu’on se tournât alors, il semblait qu’on respirât de l’eau, l’air enfin se buvait. Devant la mer noyée, je marchais, j’attendais, dans cet Alger de décembre qui restait pour moi la ville des étés. […]

pluie sur mer agrandie

Le soir, dans les cafés violemment éclairés où je me réfugiais, je lisais mon âge sur des visages que je reconnaissais sans pouvoir les nommer. Je savais seulement que ceux-là avaient été jeunes avec moi, et qu’ils ne l’étaient plus. […]

Certes c’est une grande folie, et presque toujours châtiée, de revenir sur les lieux de sa jeunesse et de vouloir revivre à quarante ans ce qu’on a aimé ou dont on a fortement joui à vingt. […]

Alger la Blanche vue du balcon St Raphaël

Alger la Blanche vue du balcon St Raphaël

Élevé d’abord dans le spectacle de la beauté qui était ma seule richesse, j’avais commencé par la plénitude. Ensuite étaient venus les barbelés, je veux dire les tyrannies, la guerre, les polices, le temps de la révolte. Il avait fallu se mettre en règle avec la nuit : la beauté du jour n’était qu’un souvenir. […]

Djebel Chenoua

Le mont Chenoua – Tipasa

Je désirais revoir le Chenoua, cette lourde et solide montagne, découpée dans un seul bloc, qui longe la baie de Tipasa à l’ouest, avant de descendre elle-même dans la mer. […]

Aucun bruit n’en venait : des fumées légères montaient dans l’air limpide. La mer aussi se taisait, comme suffoquée sous la douche ininterrompue d’une lumière étincelante et froide. […]

Il semblait que la matinée se fût fixée, le soleil arrêté pour un instant incalculable. […]

[…] Il y a pour les hommes d’aujourd’hui un chemin intérieur que je connais bien pour l’avoir parcouru dans les deux sens et qui va des collines de l’esprit aux capitales du crime. Et sans doute on peut toujours se reposer, s’endormir sur la colline, ou prendre pension dans le crime. Mais si l’on renonce à une part de ce qui est, il faut renoncer soi-même à être ; il faut donc renoncer à vivre ou à aimer autrement que par procuration. […]

Tipasa - tombeau de la chrétienne

Tipasa – tombeau de la chrétienne

Parfois, à l’heure de la première étoile dans le ciel encore clair, sous une pluie de lumière fine, j’ai cru savoir, je savais en vérité, je sais toujours, peut-être. […]

Tipaza - Stèle d'Albert Camus

Tipaza – Stèle d’Albert Camus

Aussi je m’efforce d’oublier, je marche dans nos villes de fer et de feu, je souris bravement à la nuit, je hèle les orages, je serai fidèle. J’ai oublié, en vérité : actif et sourd, désormais. Mais peut-être un jour, quand nous serons prêts à mourir d’épuisement et d’ignorance, pourrai-je renoncer à nos tombeaux criards, pour aller m’étendre dans la vallée, sous la même lumière, et apprendre une dernière fois ce que je sais. »

Stele Camus inscription

« Je comprends ici ce qu’on appelle gloire, le droit d’aimer sans mesure. »

Extraits de « Un été » – « Retour à Tipasa » 1954

Orfeu negro

Loin de sa Thrace natale, Orphée est brésilien en 1959. Il a les traits de Breno Mello (qui s’en souvient?), Eurydice ceux de la ravissante Marpessa Dawn. Sous la lumière de Rio et de ses environs et au rythme de la musique inoubliable d’Antônio Carlos Jobim et Luiz Bonfá, les amants éternels préparent un carnaval dont on sait par avance, évidemment, le drame qu’il abrite.

Vinicius de Moraes a confié au réalisateur Marcel Camus la pièce de théâtre qu’il a écrite depuis quelques années, « Orfeu da Conceição« . Et voici « Orfeu Negro« , le film.

Le public lui réserve un accueil enthousiaste, et le monde du cinéma le distingue : Palme d’or à Cannes en 1959, Oscar du meilleur film étranger en 1960, Golden Globe du meilleur film la même année.

Au dernier acte, comme les Bacchantes de la légende, des sorcières hystériques tuent le pauvre Orphée qui s’apprête, avant la fin de l’aurore, à rendre Eurydice à sa nuit éternelle. Mais avec le soleil retrouvé, la vie recommence, le manège des amours continue de tourner, les espoirs se reforment. Le chant d’Orphée ne connait pas de fin.

Cet extrait en portugais n’est pas sous-titré, ce serait inutile d’ailleurs. Pour la petite histoire, quand le film fut projeté à Cannes, avec le succès que l’on sait, la version présentée était aussi en portugais non sous-titrée. On ne dit pas combien dans la salle comprenaient cette langue, gageons qu’ils n’étaient pas nombreux.