Toqué de toccata /10 – Mes « matriochkas »

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :


Toqué de toccata /10 – Mes « matriochkas »

Serge Prokofiev, Dimitri Chostakovitch et Aram Khatchatourian (vers 1945)

 

Dès le début du XXème siècle, les compositeurs et pianistes russes, comme leurs confrères européens, prennent le plus grand goût au style de la toccata.

Très tôt, le jeune Sergueï Prokofiev va composer des pièces d’une audacieuse virtuosité, inspirée du style de la toccata, pour ses exercices personnels d’abord, puis pour la publication. Si la « Toccata en Ré mineur – opus 11 » affiche clairement son genre dans son intitulé, certaines autres pièces, authentiques perles du genre, n’en porteront pas le nom, cachées qu’elles seront derrière d’autres appellations, comme le Finale de la 7ème sonate, par exemple. Un joyau du genre.

De la même manière, nombre des compositeurs qui succèdent à cet enfant terrible de la musique russe, eux aussi épris du style de la toccata, dissimulent derrière d’autres intitulés, indications de tempo ou type de mouvement, les toccatas qu’ils composent et que seule l’écoute révèle. 

Une toccata dans un prélude de Chostakovitch, une autre dans un mouvement au titre presque romantique d’une sonate de Myaskovsky…

Jeu de poupées russes musicales au cours duquel j’ai choisi, pour le plaisir, quelques « matriochkas »…

Lire, voir, écouter . . .

Brumes et brouillards /10 – Ici, maintenant !

Alfred Sisley (1839-1899) - Le brouillard à Voisins - 1874 - Orsay.

Alfred Sisley (1839-1899) – Le brouillard à Voisins – 1874 – Orsay.

Nebbia

Nascondi le cose lontane,
tu nebbia impalpabile e scialba,
tu fumo che ancora rampolli,
su l’alba,
da’ lampi notturni e da’ crolli
d’aeree frane !

Nascondi le cose lontane,
nascondimi quello ch’è morto!
Ch’io veda soltanto la siepe
dell’orto,
la mura ch’ha piene le crepe
di valeriane.

Nascondi le cose lontane:
le cose son ebbre di pianto!
Ch’io veda i due peschi, i due meli,
soltanto,
che dànno i soavi lor mieli
pel nero mio pane.

Nascondi le cose lontane
che vogliono ch’ami e che vada!
Ch’io veda là solo quel bianco
di strada,
che un giorno ho da fare tra stanco
don don di campane…

Nascondi le cose lontane,
nascondile, involale al volo
del cuore! Ch’io veda il cipresso
là, solo,
qui, solo quest’orto, cui presso
sonnecchia il mio cane.

Giovanni Pascoli – 1899 – Canti di Castelvecchio

Corot - Ville-d'Avray-flou

Camille Corot (1796-1875) – Ville-d’Avray – 1870

Brume

Tu caches les choses lointaines,
toi brume impalpable et blafarde,
fumée qui semble sourdre encore,
vers l’aube,
des éclairs nocturnes où croulent
des amas de ciel !

Toi cache les choses lointaines,
cache-moi tout ce qui est mort !
Que je voie seulement la haie
d’entour,
le murger dont les trous sont pleins
de valérianes.

Cache bien les choses lointaines :
les choses sont ivres de pleur !
Que je voie mes arbres fruitiers,
les deux,
qui donnent leur douceur de miel
pour ma tranche de pain.

Cache bien les choses lointaines
qui veulent que j’aime et que j’aille !
Que je ne voie là que ce blanc
de route,
qu’un jour je devrai prendre, au las
tintement des cloches…

Oui, cache les choses lointaines,
cache-les, vole-les au vol
du cœur ! Que je voie le cyprès
là, seul,
rien que les entours, près d’ici
où sommeille mon chien.

Traduit de l’italien par Jean-Charles Vegliante