A vucchella (Une petite bouche)

Une petite chanson comme un souvenir des amours de vacances sous le soleil de Napoli.

Il est tout simplement question d’une petite bouche, celle de Cannetella, qui paraît une rose et à qui l’on demande un petit baiser, rien de plus, rien de moins, mais tout est dans la manière, n’est-ce pas?

Dire que le texte a été écrit par le poète et romancier italien Gabriele d’Annunzio n’a qu’un intérêt anecdotique. La musique a été composée par Paolo Tosti à la fin du XIXème siècle. L’homme connaissait son affaire, ayant composé plus de 500 romances et mélodies de salon, que le disquaire de l’époque, si la FNAC avait existé, aurait classées au rayon « Variétés ».

Chanson fraîche, chanson de charme, chanson d’amour aux mille interprétations – d’hier ou d’aujourd’hui, chanteurs d’opéra ou cantatrices, ténors ou sopranos, chanteurs de variétés ou guitaristes de rues…

« A  VUCCHELLA »

J’ai choisi, pour mon partage avec vous, deux superbes voix d’hommes (une fois n’est pas coutume), deux ténors italiens, pour ne pas trop nous éloigner du séducteur napolitain, mais quels ténors!

J’aime à croire, Mesdames, que si ces deux là avaient donné la sérénade sous vos fenêtres un soir d’été, vous ne leur auriez pas refusé un « vasillo » (un petit baiser napolitain).

Un premier baiser à l’ancienne, légèrement désuet, d’abord, à tout seigneur tout honneur, pour Enrico Caruso, ténor d’anthologie, et pur napolitain .

Le second, pour le regretté, l’enjôleur Luciano Pavarotti, ténor de velours.

Tout est bien

Tes mots sont ma maison, j’y entre. Tu as posé le café sur la table et le pain pour ma bouche. Je vois des fleurs dans la lumière bleue, ou verte. C’est exactement le paysage que j’aime, il a le visage de ta voix.

La pluie rince finement une joie tranquille. Aucune barrière, aucune pièce vide. Désormais tout s’écrit en silence habité. De cette plénitude, je parcours la détermination des choses.

L’arbre porte fièrement ses cerises comme une belle ouvrage. Il installe une trêve dans l’interstice des branches. Pas de passion tapageuse mais la rondeur du rouge. Un éclat. Des fleurs, encore lasses d’hiver, se sont maquillées depuis peu. Le soleil astique le cuivre des terres. Peut-on apprendre à reconnaitre l’existence ?

La rivière miraculeusement pleine, inonde son layon. La carriole du plaisir est de passage. Des oiseaux aux poissons, les rêves quotidiens font bonne mesure. Tout est bien.

Ile Eniger (« Un cahier ordinaire » – Éditions Chemin de plume)

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