Adios Paco !

Désormais les guitares du Flamenco ne sonneront plus de la même façon. La première corde pincée sera inévitablement celle du souvenir.

Paco De Lucia est mort hier.

Paco de Lucia

Il était incontestablement le grand maître de la guitarra flamenca à qui d’ailleurs il a largement ouvert les chemins de l’universalité, la faisant voyager aussi bien dans les quartiers d’Ipanema ou de Copacabana, royaume de la Bossa nova, que dans les festivals de Jazz du monde entier en compagnie des meilleurs spécialistes du genre, comme Al Di Méola et John Mclaughlin. Avec eux il apprendra l’art délicat de l’improvisation. Le trio laisse des enregistrements exceptionnels que toute discothèque bien construite se doit de posséder.

Sans jamais pourtant s’éloigner des racines andalouses de sa musique – il suffit pour s’en convaincre d’écouter ou de ré-écouter ses duos d’anthologie avec le chanteur flamenco Camaron – Paco De Lucia interprétera avec bonheur Manuel de Falla, et enregistrera le célèbre Concerto d’Aranjuez du compositeur Joaquin Rodrigo.

Avec la disparition de celui qui reçut il y a quelques années le prix  » Prince des Asturies « , la plus prestigieuse distinction artistique en Espagne, la musique en particulier, et les arts de notre temps dans leur totalité, perdent un de leurs représentants les plus géniaux.

Heureusement il nous reste une trentaine d’enregistrements réalisés tout au long de sa carrière par ce merveilleux guitariste. Nous nous en délecterons encore longtemps en évoquant le grand artiste qui nous a quittés.

Pour illustrer les multiples facettes de ce talent exceptionnel, l’envie est forte de présenter en partage des vidéos enregistrées à différentes époques et dans des styles musicaux variés. Il m’a cependant semblé qu’en choisir une seule parmi les plus récentes, dans laquelle on retrouverait, rassemblées comme en une synthèse, les diverses manières de l’art abouti du Maître, serait un hommage qui ne perdrait certainement pas en admiration ce qu’il gagne en discrétion.

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Quelques références discographiques :

Cordes et vent

Il y a toujours une magie indéfinissable, pleine d’un irrésistible charme, dans le mariage des cordes et du vent.  Sans doute, ainsi posé, le constat appellerait-il à une échappée des sens vers les harmonies imaginaires composées par le vent jouant à travers les cordes d’une immense lyre offerte à sa caresse.

Mais, plus prosaïquement, – et sans lui ôter sa part de poésie – c’est l’union sonore de deux instruments issus de familles que tout oppose, qui intéresse le propos. Association surprenante parfois, des cordes « aristocratiques », féminines, riches d’un répertoire multiple venu d’un passé ancestral, et de l’instrument à vent, plus récent, plus populaire aussi par ses origines, exigeant souvent au premier abord, plutôt le bras du soldat portant le tuba que la main gracile effleurant la viole.

Faut-il, pour témoigner de la magie de cette union, rappeler le célèbre Concerto pour flûte et harpe de Mozart, ou les moins connus, peut-être, Octuor pour cordes et vents de Schubert, ou Septuor pour cordes et vents de Beethoven?

Plus près de nous, avec le jazz (guitare et saxophone par exemple) et surtout avec les musiques sud-américaines, le mariage « cordes-vent » a produit de merveilleux arrangements aux sonorités envoûtantes. Qui résisterait aux langueurs du bandonéon d’Astor Piazzola, quand, sensuellement, les cordes du violon viennent enlacer son souffle timide exhalant sa tristesse?

Les musiciens brésiliens, eux aussi, ont merveilleusement associé ces deux univers sonores dans une multitude de fééries mélodiques et rythmiques puisées le plus souvent dans les rues et les villages. Quand deux d’entre eux, formidables instrumentistes, se rencontrent pour mêler leur virtuosité et leurs histoires musicales chargées des sourires et du soleil des deux bouts du Brésil, nous ne saurions bouder notre plaisir. Il n’est pas si fréquent de voir s’accoquiner l’accordéon et la guitare, et si l’on peut penser à priori que ce mariage ressemble fort à celui de la carpe et du lapin, c’est que l’on ne prend pas en compte l’exceptionnelle qualité de nos invités… tout simplement parce qu’on ne les pas encore entendus :

Plaisir de jouer, joie de jouer ensemble, bonheur unique de partager !

A la guitare à 7 cordes : Yamandu Costa. Virtuose très précoce, il se consacre dès ses débuts aux musiques régionales du sud du Brésil, puis s’ouvre aux autres musiciens brésiliens comme Baden Powell ou Tom Jobim avant de s’intéresser aux autres formes musicales. Il n’en adopte aucune et n’entre dans aucune catégorie.

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A l’accordéon : Dominguinhos, décédé en juillet 2013, à 72 ans. Compositeur et accordéoniste particulièrement apprécié, formé aux musiques du nord du Brésil par le maître Luis Gonzaga. Ayant été musicalement exempté des influences européennes, africaines ou indiennes, Dominguinhos a développé un style propre de « Musique populaire brésilienne », reconnu et acclamé dans le monde entier.