Un café ? Une cantate ? Pourquoi pas les deux !

Balthasar Denner (1685-1749) - Jeune fille offrant le café

Balthasar Denner (1685-1749) – Jeune fille offrant le café

Alors vous aussi ! Ah la publicité, décidément ! Allez, ne niez pas, j’ai déchiffré votre sourire, vos lèvres ont murmuré la désormais célèbre et inévitable question. Votre anglais, j’en suis sûr, n’aura jamais été aussi bon :  » Nespresso, what else ? « 

Sauf que cette charmante jeune fille, Mademoiselle Denner, fille du peintre, à en croire les historiens de l’art, ne posait pas ici pour la publicité d’une marque de café. Certes, l’Allemagne de ce milieu du XVIIIème siècle est particulièrement friande de cette nouvelle boisson qui déjà, partout en Europe, créé des addictions. Mais, à l’époque où les pinceaux de l’artiste étaient encore humides – et sur ces points les historiens sont formels et unanimes – on n’avait pas encore inventé la cafetière électrique à capsules et la télévision – chacun l’aurait deviné – n’avait pas encore fait de George Clooney, trop jeune, le séducteur que l’on connaît.

Mais nous ne nous interdirons pas le plaisir d’un petit scénario publicitaire anachroniquement fou. Imaginons que nous venons de perdre 279 ans, pas moins !

Zimmermannsches CaffeehausAutomne 1735 – Liepzig – Rue Sainte Catherine – Café Zimmermann.

A l’entrée du café où le Maître Jean-Sébastien Bach a coutume de réunir le Collegium Musicum, on aura placé, comme on le ferait d’une affiche aujourd’hui, le tableau attrayant de cette jeune fille offrant une tasse du délicieux breuvage. L’accroche, pour engager les passants à entrer nombreux, consisterait à faire dire à cette demoiselle :  » Jean-Sébastien Bach is inside !  » Ou plutôt :  » Johann-Sebastian Bach ist drinnen !  » –  Cela vous rappelle quelque chose de déjà vu, n’est-ce pas ?

Et la salle de se remplir, d’autant plus volontiers que – une fois n’est pas coutume – le Maître joue aujourd’hui une cantate pleine d’humour et de bonhomie,  » eine comische cantate  » (une cantate comique), selon son sous-titre original. C’est ici que nous quittons la fiction. Pour une fois, il ne rend pas hommage à Dieu, ni même à un prince. Celui qui inspire sa cantate c’est le café, tout simplement. Mais est-ce vraiment une cantate ? Cela ressemble plus sûrement à un petit opéra comique de poche, quelques saynètes qui n’enlèvent évidemment rien à la qualité de l’écriture musicale (on s’en serait douté), ni ne minimisent les rigueurs exigées des chanteurs.

Comme pour montrer le formidable compositeur d’opéra qu’il aurait pu être, Bach, parmi plus de 220 cantates composées, a produit une trentaine de cantates profanes qui ne sont en vérité que des opéras miniatures. La cantate du café (Kaffeekantate – BWV 211) en fait partie.

A l’instar d’une Passion, l’œuvre commence par un récitatif : un ténor demande au public de faire silence, une histoire va leur être racontée :  » Schweigt stille, plaudert nicht !  » (Silence, ne parlez plus !) 1. Est-on au théâtre ou à l’office ? Le ton et les mots qui suivent nous répondent : malgré la solennité de la musique, c’est au théâtre qu’on parle de  » vieux barbon qui grogne comme un ours « .

Ce vieux barbon à la voix de basse c’est Monsieur Schlendrian 2, le père d’une jolie jeune-fille, Liesgen, qui a tant de goût pour le café qu’elle en boit sans cesse. Désirant vivement l’éloigner de cette boisson du diable, il décide de la lui interdire 3. Liesgen argumente, expliquant dans une superbe aria soutenue par les harmonies d’une flûte enchanteresse que le café est assurément  » plus délicieux que mille baisers et plus doux que le vin des meilleurs muscats «   («  Ei ! wie schmeckt der Coffee süße « ) 4.

1. Recitativo (Ténor): « Schweigt stille, plaudert nicht » (Silence ! Ne parlez plus !)
2. Aria (Basse): « Hat man nicht mit seinen Kindern » (Avec ses enfants on n’a que des ennuis…) Début à 1’08
3. Recitativo (Soprano, Basse): « Du böses Kind, du löses Mädchen »  (Vilaine fille, fille trop libre…) – Début à 3’46
4. Aria (Soprano): « Ei! Wie schmeckt die Coffee süße » (Le café est plus délicieux que mille baisers) – Début à 4’27

Ce n’est que lorsque Schlendrian menace de ne pas lui permettre de se marier que Liesgen fait mine de se soumettre à la volonté de son père. Mais quand celui-ci s’apprête à lui trouver époux, Liesgen s’empresse de déclarer qu’elle exigera comme clause expresse du contrat de mariage que son époux s’engage à la laisser boire trois tasses de café par jour. Ainsi cette Kaffeekantate se termine-t-elle sur un rythme de menuet par cette fatale évidence chantée par le trio vocal :  » Die Katze lässt das Mausen nicht «  (Le chat ne peut s’empêcher d’attraper les souris), laissant comprendre par là que l’instinct des jeunes-filles du siècle est d’adorer le café.

Coffee-coffee-corn-cup-anise-anise-cinnamon-cinnamon-spices

Alors, pour garder le sourire… Un café Cantor, what else !

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Pour aller au bout du plaisir, la version complète de cette cantate dirigée par Nicklaus Harnoncourt avec le Concentus Musicus de Vienne.

Janet Perry, Soprano (Liesgen)
Robert Holl, Basse (Schlendrian)
Peter Schreier, Ténor

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Et, si l’on ne craint pas de garder les oreilles ouvertes toute la nuit,  dégustons ensemble une dernière tasse de ce café  » plus délicieux que mille baisers et plus doux que le vin des meilleurs muscats «  . Sumi Jo le prépare assez corsé.

Le vieux fantôme et les fées du château

Plus personne, et depuis fort longtemps, ne vient visiter le vieux château oublié, île promontoire perdue au milieu des marées de fougères sauvages qui houlent les hautes terres. Abandonné à ses vieux souvenirs, il occupe son éternité, indolent moribond, à offrir à la caresse apaisante du soleil perpétuellement automnal de la lande, les cicatrices profondes de sa pierre, médailles commémoratives de sa bravoure passée.

Dans ses longs corridors qu’imprègne encore l’odeur d’herbes séchées de la tourbe qui se consumait alors dans les larges cheminées des salons, le vieux fantôme de Jonathan-Edgar Lewillin Brandon s’ennuie. Il s’ennuie depuis longtemps… Depuis que personne ne tremble plus, la nuit, au martèlement sourd et régulier du bois de sa jambe gauche sur les vieilles lattes des parquets.

Bataille navale XVIII

Bataille de Trafalgar par Auguste Mayer – 1836

Il faut dire qu’il en a fait frémir de peur des visiteurs du château, ô combien, et de tout grade et de tout poil, le fantôme du vieux  « Brave Jed peg leg  »  (Courageux Jed jambe de bois). C’est ainsi que l’avaient surnommé entre eux, en hommage à la vaillance de leur Commodore, les dévoués équipages qui se battaient sur sa caravelle en octobre 1805, à Trafalgar, sous le haut commandement du Vice-Amiral Nelson.

Clavecin

Le seul loisir que l’on connut jadis au renfermé Jonathan-Edgar était son clavecin. Il le transportait partout avec lui, même, et surtout, dans les étroites cabines des bâtiments qui lui servaient de résidence une bonne partie de l’année. Et chaque soir, les hommes épuisés par leur rude journée de navigation ou de combat, affalés dans chaque recoin du pont, percevaient dans le calme enfin revenu les échos des pincements stridents des cordes qui montaient des cabines. Scène surréaliste. Bach ! Jean-Sébastien Bach, dont ils ignoraient tout, et de son nom et de son existence, et à fortiori de sa musique, venait apaiser leurs oreilles agressées par les canonnades du jour.

Bach-Clavier-bien-tempere-Ms-Londres-Prelude-en-ut-maJonathan-Edgar avait depuis l’enfance trouvé refuge à son introversion naturelle dans l’irrépressible passion qu’il vouait aux préludes et fugues du « Clavier bien tempéré ». Sa mère, très tôt, lui en avait donné le goût et lui avait appris à les jouer avec grâce, nonobstant le manque évident de virtuosité de ses doigts un peu trop courts. Jamais jusqu’à cette nuit de Noël 1811, où son propre sabre d’abordage,  brandi à deux mains par son épouse prise de démence, le frappa sept fois à mort dans son propre lit, ici même, dans la chambre bleue de ce château, Jonathan-Edgar ne cessa d’interpréter les deux cahiers du Cantor qu’il admirait tant.

Mais les fantômes ne jouent pas de clavecin, et quand ils n’effraient plus personne, ils s’ennuient.

Un soir, il y a quelques années, le château connut une semaine d’exceptionnelle et extrême animation. Un metteur en scène en vogue dans le monde londonien des faiseurs d’évènements décida de réaliser un spectacle son et lumière autour du vieux fort, utilisant les plus modernes technologies du son et de l’image. La semaine de préparatifs fut si animée et si étrange, et la réalisation si extraordinaire de réalisme grâce aux artifices prodigieux des moyens utilisés que Jed, fasciné, en oublia de profiter de l’occasion pour remplir sa mission de fantôme. Il y trouva toutefois matière à convertir en bonheur nouveau son triste quotidien.

Quelques temps après le succès de l’évènement dont toute la presse se fit l’écho, Jed décide de prendre contact avec sa hiérarchie nébuleuse. Il souhaite en obtenir aide et appui pour mettre au point le formidable projet que lui a inspiré le spectacle récent. Le fantôme, d’un coup, est passé maître en l’art du marketing. Il prétend qu’il faut créer un évènement permanent, moderne, unique et exceptionnel pour que reviennent les visiteurs au château abandonné ; qu’il faut employer les techniques d’aujourd’hui pour relancer la curiosité du public que n’aiguisent plus vraiment les hululements nocturnes des vieux ectoplasmes dépassés ; qu’il faut, puisqu’il a compétence en la matière, s’adosser, dans le cas qui le préoccupe, au pouvoir magique de la musique de Bach pour exhorter et séduire le visiteur.

L’audace de son projet convainc. Les instances supérieures, conscientes de la nécessité de s’adapter au siècle nouveau, acceptent de mettre à sa disposition les moyens vidéos les plus récents nécessaires à la réussite de son idée révolutionnaire. Quelques mois se passent pendant lesquels, imperceptiblement, le château se transforme.

Un jour, un curieux, égaré dans la lande,  franchit la porte du château, pénètre jusqu’au premier salon seulement meublé d’un immense piano à queue. A peine a-t-il passé la porte qu’une voix douce de femme donne quelques explications sur le prélude et la fugue de Bach qu’elle va interpréter, puis, telle une fée dans sa robe d’apparat elle s’assoit et joue.

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Et ainsi dans chaque salon, une vidéo hyperréaliste se déclenche à chaque passage pour le plaisir du visiteur et l’enchantement éternel du vieux Jed.

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Et, quand la témérité du visiteur le conduit jusqu’aux sombres profondeurs voûtées du château, l’émerveillement continue. Le fantôme claudiquant s’efface devant la fée des caves, « very british accent  » ,  jean , baskets… et doigts de circonstance.

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Le visiteur égaré a raconté…

Il a dit que les fées s’appelaient Angela Hewitt et Joanna MacGregor…

Il paraît que la commune s’apprête à refaire la route qui mène au vieux castel « hanté »… par la musique.

Au temps de Holberg

Ludvig Holberg (Bergen 1684 - Copenhague 1754)

Ludvig Holberg (Bergen 1684 – Copenhague 1754)

Après avoir regardé un instant le portrait de Ludvig Holberg – dont nos livres d’Histoire, toutes générations confondues, ont gardé secrète l’existence – on ne devrait pas tirer grand mérite à affirmer que son temps c’est le XVIIIème siècle.

Consultation faite, on replacera l’homme plus précisément dans la première moitié du siècle, et géographiquement dans les pays nordiques, sa biographie nous apprenant qu’il quitte à l’âge de 18 ans la Norvège où il est né pour s’installer au Danemark, plus favorable à la vie intellectuelle de l’époque, où il meurt, honoré et reconnu, à l’âge de 70 ans.

Homme de lettres et historien, polyglotte, ayant voyagé longuement en Europe,  il va contribuer par ses œuvres à fixer la langue de ces deux pays, et partant à satisfaire le puissant désir exprimé par les rois Frédéric IV et Frédéric V de remplacer le latin par une langue littéraire danoise. Norvège et Danemark étaient à cette époque regroupés sous la même couronne du Danemark.

Il était donc légitime que la Scandinavie, en 1884, à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Ludvig Holberg, ait souhaité rendre hommage à l’illustre écrivain. Le gouvernement norvégien demanda alors naturellement à son plus grand compositeur, Edward Grieg, gloire scandinave de la fin du XIXème, et lui aussi natif de Bergen, de composer pour la circonstance une cantate dont il dirigerait l’interprétation le jour de la cérémonie… en plein air.

Edvard Grieg (Bergen 1843 - Bergen 1907)

Edvard Grieg (Bergen 1843 – Bergen 1907)

Il n’avait toutefois pas échappé au compositeur que Holberg était né un 13 décembre…

Norvégien et fier de l’être, certes, mais malgré tout frileux, Grieg, pour éviter la représentation extérieure, donna sa préférence à une suite pour piano – son instrument de prédilection -, dans le style de l’époque, très inspirée des suites de Bach. Il décida de la transcrire pour orchestre à cordes enchainant ainsi à jamais sous le titre de Suite  Holberg , ou plus exactement Suite op.40 : « Du temps de Holberg »,  les cinq mouvements traditionnels des compositions baroques : Prélude – Sarabande – Gavotte – Air – Rigaudon, qui vinrent encore enrichir les innombrables succès du Maître norvégien.

Et voilà, une nouvelle fois, un illustre écrivain, « le Molière scandinave », en l’occurrence – comme on a parfois surnommé Holberg -, dont la postérité ne doit d’avoir franchi les étroites limites de ses frontières nationales qu’aux talent, à la célébrité et à l’irradiation universelle d’un musicien. – Aurions-nous déjà oublié ce que la mémoire de Aloysius Bertrand doit à Ravel ?

La suite Holberg, depuis sa création, n’a jamais manqué de trouver une place de choix dans le répertoire des formations pour cordes et dans les sélections musicales des auditeurs du monde entier.

Pour preuve que le succès de cette œuvre franchit allègrement les siècles sans trier parmi les générations, pourquoi ne pas en écouter le dernier mouvement, Rigaudon, avec ses immanquables allusions à Bach, évidemment, mais aussi ses quelques références folkloriques.

Et à l’accordéon, s’il vous plaît, par un duo de jeunes filles, bien de notre temps, qui s’en donnent à cœur joie.  Enchantement et vitalité. Jubilatoire!

Duo Toeac : Pieternel Berkers et Renée Bekkers

Mais il serait légitime de vouloir retrouver ou découvrir une interprétation classique et conventionnelle de cette magnifique suite. La jubilation, certes différente, n’en serait pas moindre. Surtout si l’on a choisi l’interprétation tout en équilibre, profonds contrastes et chaudes sonorités, de l’incontournable Franz Liszt Chamber Orchestra de Budapest, dirigé du violon par son directeur artistique, Jànos Rolla.

Les cordes en majesté !

I. Prélude – II. Sarabande

Ce billet, déjà long, devrait s’arrêter là, et c’est bien ainsi qu’il avait été conçu initialement. Mais la gourmandise est trop forte : je ne résiste pas au plaisir d’insérer ici la suite de l’œuvre, confiée maintenant aux enthousiastes musiciens du Norwegian Chamber Orchestra dirigés par Terje Tønnesen. Les voilà tous prêts à danser dans le jardin un beau week-end d’été.

Leur musique, incontestablement, a revêtu sa plus belle robe de fête.

 III. Gavotte

IV. Air (Andante religioso)

V. Rigaudon

Je retiendrai cet article comme l’un des plus heureux que j’aurais, jusqu’à présent, publiés sur ce blog. Puissè-je vous avoir transmis une part de ce bonheur !

Pâques – Bach

Le cinéaste Woody Allen disait qu’écouter Wagner lui donnait des envies d’envahir la Pologne. Pour ma part je n’écoute jamais Jean-Sébastien Bach sans ressentir une furieuse envie de croire…

Et,  » Dieu merci  » – conformément à l’expression naturelle de tout athée bien pensant – je me purifie très souvent avec les œuvres du Maître.

Qui sait ce que l’avenir me réserve ?…

Sur l’instant, à l’évidence : une paix paradisiaque et une joie… divine !

Perles de lumière pour ce week-end pascal :

Si ni mes plaintes ni mes larmes
Ne vous touchent,
Oh ! Alors, arrachez-moi le cœur,
Qu’il devienne le calice
Dans lequel s’épanche
Le doux sang de ses blessures !

 

Jésus s’adresse à ses bourreaux par la magnifique voix de Julia Hamari. Épuisé par ses souffrances il sera bientôt mis au tombeau.

Tous ceux qui auront, impuissants, assisté à sa détresse sur la croix se réunissent en un chœur empreint de la plus profonde tristesse et accompagnent son ultime clignement de paupières.

Matthieu l’évangéliste a terminé son récit. Jean-Sébastien Bach termine la  » Matthäus-Passion  »  (La passion selon Saint Matthieu) par cet inoubliable chœur, une des plus belles musiques du monde :

Nous nous asseyons en pleurant,
Et te crions dans ton tombeau
Repose en paix ! Repose en paix !
Reposez membres épuisés !
Que le sépulcre et la pierre tombale
Soient un doux oreiller
À l’âme inquiète
Et qu’elle y trouve le repos.
Apaisés, les yeux se ferment alors

Jour de pâques : Pierre et Jean découvre le tombeau de Jésus vide… Et Bach, à la lecture des Évangiles, compose en 1725 son  » Oratorio de Pâques «  qui commence ainsi par cette tonique  » Sinfonia «  :

Tom Koopman dirige les Chœurs et Solistes de Lyon

  » Christ lag in Todesbanden «   (Le Christ gisait dans les liens de la mort)  – Cantate N° 4 composée pour le  » Dimanche de Pâques « 

Le premier choral, ici transcrit pour orgue et interprété par l’organiste canadienne Rachel Laurin.

Christ gisait dans les liens de la mort
Sacrifié pour nos péchés,
Il est ressuscité
Et nous a apporté la vie ;
Nous devons nous réjouir,
Louer Dieu et lui être reconnaissant
Et chanter Alléluia,
Alléluia!

Cantate N° 66 pour le  » Lundi de Pâques «  :  » Erfreut euch, ihr Herzen «  ( Que les cœurs se réjouissent) – 5ème mouvement : Duo pour Alto et Ténor

{Alto,Ténor}
{Je craignais certes, Je ne craignais pas} les ténèbres du tombeau.
Et j’espérais que mon Sauveur
{me soit, ne me serait pas} arraché.
Ensemble
Maintenant mon cœur est rempli de réconfort
Et même si un ennemi en éprouve de la fureur,
Je saurai vaincre en Dieu

 » S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu. » (Cioran)

 

C’est le printemps ! Allemagne 2/2

« La nature est […] un instrument de musique dont les sons, de nouveau, sont les touches de plus hautes cordes en nous » (Novalis) – See more at: http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?i=931#sthash.hzd0fnLo.dpuf
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La nature est […] un instrument de musique dont les sons, de nouveau, sont les touches de plus hautes cordes en nous  – See more at: http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?i=931#sthash.hzd0fnLo.dpuf
« La nature est […] un instrument de musique dont les sons, de nouveau, sont les touches de plus hautes cordes en nous » (Novalis) – See more at: http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?i=931#sthash.hzd0fnLo.dpuf%5D

Il fallait bien qu’un Bach chantât avec nous le printemps vu d’Allemagne.

C’est Wilhelm Friedmann, le premier fils du Cantor, sans doute le plus doué de la tribu, qui prête l’enthousiasme de sa musique aux Swingle Singers.

Allez, chauffe Wilhelm Friedmann !

Douboudou Boudouboudou… Trabadabadabada…

 ƒ

Mais, qu’on le déplore ou qu’en s’en loue, c’est bien aux romantiques que revient la palme de la représentation affective, sentimentale, de la nature.

Image de la beauté éternelle, refuge pour sa propre solitude, ailleurs pour fuir la vanité du monde, miroir des tourments de l’âme, la nature apparaît, pour l’esprit romantique, comme une forme d’idéal. Confidente suprême, elle évoque le reflet d’un dieu de vérité qui mérite l’adoration infinie de l’âme sensible.

Qui, plus que le musicien romantique allemand, Berlioz mis à part, a donné de la nature une vision empreinte d’autant d’intensité lyrique ? Pas étonnant dès lors, que l’on trouve en nombre dans les compositions des Maîtres du XIXème allemand autant d’évocations des sentiments exacerbés qu’elle inspire. Pas étonnant non plus que le printemps, prélude à toutes les saisons de l’année, y occupe une aussi large place.

Mais que l’on se garde bien de masquer sous la dithyrambe faite à la musique l’importance du rôle de la poésie qui souvent sert de trame à la composition. Le lied naît de leur union.

Faisons plutôt quelques pas dans le jardin, au cœur de cette nuit de mai –  » Die Mainacht « . Les vers du poète seront notre guide. Tantôt Fanny Mendelssohn fera résonner leur plainte nostalgique au détour d’un buisson, tantôt, d’un vieil arbre centenaire, abri douillet d’un couple de ramiers, nous parviendra, légère, la roucoulade d’une mélodie de Brahms.

Wann der silberne Mond durch die Gesträuche blinkt,
Und sein schlummerndes Licht über den Rasen streut,
Und die Nachtigall flötet,
Wandl’ ich traurig von Busch zu Busch.

Selig preis ich dich dann, flötende Nachtigall,
Weil dein Weibchen mit dir wohnet in einem Nest,
Ihrem singenden Gatten
Tausend trauliche Küsse gibt.

Überhüllet von Laub girret ein Taubenpaar
Sein Entzücken mir vor; aber ich wende mich,
Suche dunklere Schatten,
Und die einsame Träne rinnt.

Wann, o lächelndes Bild, welches wie Morgenrot
Durch die Seele mir strahlt, find ich auf Erden dich?
Und die einsame Träne
Bebt mir heißer die Wang herab!

Die Mainacht (Ludwig Heinrich Christoph Hölty – 1748-1776)

Quand la lune d’argent scintille à travers les arbustes
Et répand sur l’herbe sa lumière somnolente,
Et que le rossignol flûte,
Je vais, triste, de buisson en buisson.

Alors je célèbre ton bonheur, rossignol,
Car la petite femme qui habite avec toi un nid
Donne à son époux chanteur
Mille baisers sincères.

Enveloppés de feuillage un couple de pigeons roucoule
Son ravissement devant moi ; mais je me détourne,
Cherche une ombre épaisse,
Et une larme coule.

Ô souriante image, qui pareille aux rougeurs de l’aube
Me transperce l’âme, quand te trouverai-je sur terre ?
Et la larme solitaire
Tremble plus chaude sur ma joue !

Traduction : Pierre Mathé

 ƒƒ

 Le XXème siècle a tué le romantisme et ses guerres ont enseveli les romantiques sous les ruines et les cadavres. Le printemps demeure, certes, mais désormais il convient de l’apprécier à l’aune de l’inéluctable mort, comme un ultime bonheur terrestre, dernier sourire sur le quai du dernier voyage.

C’est ce climat d’adieu, pudique et serein, qui enveloppe les  » Quatre derniers lieder «  ( » Vier letzte lieder « ) que compose, comme un merveilleux hommage à la voix, Richard Strauss, quelques mois avant sa mort,à partir d’un poème de Eichendorff et de trois poésies écrites des années plus tôt par un Hermann Hesse encore romantique.

 » Frühling « , souvent arbitrairement joué le premier – pour favoriser sans doute l’impression d’un lent déclin vers la finitude – , donne à regarder les couleurs du printemps depuis les ombres qui progressent.

Déjà  » Septembre «  se profile. Déjà s’annonce  » L’heure du sommeil « . Au  » Soleil couchant «  viendra, légitime et tranquille, l’inévitable question :  » Ist dies etwa der Tod ?  »  ( Serait-ce déjà la mort ?)

Est-il plus beau printemps que le dernier ?…

Dans de sombres caveaux
J’ai longtemps rêvé
De tes arbres en fleurs et de tes brises azurées,
De tes senteurs et de tes chants d’oiseaux.

Te voilà à présent
Dans ton éclatante parure,
Inondé de lumière
Comme un prodige devant moi.

Tu me reconnais,
Tu m’attires avec douceur,
Ta délicieuse présence
Fait frémir tous mes membres !

Hermann Hesse

Traduction Jacques Fournier (in Livret CD – DG 447 422-2)

 ƒƒƒ

Une pause au paradis

 » Une goutte de musique pure est un point d’éternité «   Yves Nat

∫∫∫

Piano : Anne Queffélec –

Alessandro Marcello : Adagio du concerto pour hautbois en Ré mineur – Transcription pour clavier J.S. Bach

∫∫∫

 » … Les chants de la tristesse cessent d’être douloureux dans cette ivresse et les larmes deviennent ardentes comme lors d’une suprême révélation mystique… Dans mon océan intérieur coulent autant de larmes que de vibrations qui ont immatérialisé mon être… L’extase musicale est un retour à l’identité, à l’originel, aux premières racines de l’existence. Il n’y a plus en elle que le rythme pur de l’existence, le courant immanent et organique de la vie. J’entends la vie. De là naissent toutes les révélations. »

Le Livre des Leurres  – Cioran

Oh! Dis papa, dis, joue moi-z-en…

… De la trompette!

Quand j’étais, dans un passé lointain – dont il vaut mieux éviter d’évaluer la distance qui le sépare de ce jour – un petit garçon un peu bougon et capricieux, mon père, pour me dérider, me prenait sur ses genoux et scandant la mesure avec ses pieds – ce qui  très tôt me fit connaître les joies du trot – me chantait cette vieille chanson que Milton avait déjà mise à la mode bien des années plus tôt :

Oh ! dis, papa, Oh ! joue moi-z-en
D’la trompette,
D’la trompette
Comme ce doit être amusant
Joue moi-z-en, Oh ! dis joue moi-z-en
Il s’excusait en lui disant
D’un air bête,
Je l’ regrette
Mais j’ n’en joue pas j’ vais t’ dir’ pourquoi
Je suis un trompette en bois.

&

Quelques années plus tard, la trompette prit pour moi d’autres accents, beaucoup moins joyeux, hélas, comme ceux-là :

&

Et la trompette est devenue celle qui me ravit aujourd’hui, que Maurice André m’a fait aimer – pouvait-il en être autrement?  J’en  redemande, encore et encore, à la ravissante Alison Balsom qui désormais progresse sans cesse sur les traces du Maître.

Vous pourriez bien, vous aussi, y prendre goût… et dire :

« Oh!  Alison, rejoue-nous-z-en »! « D’ la trompette… »

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