Lumière blessée /3 – Les mots éclairent

« Son regard ne voit pas l’aumône qu’il implore. »

L’aveugle

Sa jeunesse jadis a vu naître l’aurore
Dans le ciel matinal et sur les calmes eaux,
Et le soleil, de ses rayons horizontaux,
Teindre de mille feux les ondes du Bosphore

Maintenant, devant lui, la foule au pas sonore
Passe invisiblement sans hâte ni repos,
Et ses yeux, sur le monde, à jamais se sont clos.
Son regard ne voit pas l’aumône qu’il implore.

Sur le grand pont qui joint Stamboul à Galata,
Pareil au Souvenir, chaque jour, il est là.
Si la ville, là-bas, est d’or ou d’hyacinthe,

Qu’importe ! Un rêve ardent remplit sa cécité
Car il conserve encor, vivante en sa beauté,
Constantinople au fond de sa prunelle éteinte !

(1908)

Henri de Régnier (1864-1936)

Henri de Régnier (1864-1936)

L’oreille du silence ?

« Le cœur n’a pas de rides, il n’a que des cicatrices » disait Colette.

Mais chacun sait que les cicatrices ne font mal que tant qu’elles se préparent à le devenir, surtout quand le pourquoi de la blessure ne répond pas et que se tait l’improbable raison qui arme l’ami du trait du silence.

Comme tu verserais un baume sur tes plaies, emplis, pour l’apaiser, ce vide douloureux d’un chant d’amour et de beauté!

« Si tu chantes la beauté, même dans la solitude du désert, tu trouveras une oreille attentive. »  Khalil Gibran

« Una limosna por el amor de Dios »  –  Agustin Barrios Mangoré

(Une aumône pour l’amour de Dieu)

Guitare : Fausta lo Giudice