Bancs publics

Déjà en 1954, Georges Brassens, avec le talent que l’on sait, avait tout dit sur les bancs publics et les « p’tites gueules bien sympathiques » des amoureux qui s’y bécotaient, « s’foutant du r’gard oblique des passants honnêtes ».

Certains, sourire nostalgique au coin des lèvres, s’en souviennent certainement…

60 ans plus tard, heureusement, les amoureux s’y bécotent encore… Sur ceux, au moins, que la misère nouvelle veut bien leur laisser libres. Et comme hier ils n’ont que faire des « propos venimeux de la famille Machin » qui crève d’envie de les imiter.

Parfois les amoureux ne se contentent plus d’être deux…

Si cela fait leur bonheur, cela fera le nôtre ! O tempora, o mores !

La nuit 7 – Le vœu des amants

La nuit

Nuit sainte, les amants ne vous ont pas connue
Autant que les époux. C’est le mystique espoir
De ceux qui tristement s’aiment de l’aube au soir,
D’être ensemble enlacés sous votre sombre nue.

Comme un plus ténébreux et profond sacrement,
Ils convoitent cette heure interdite et secrète
Où l’animale ardeur s’avive et puis s’arrête
Dans un universel et long apaisement.

C’est le vœu le plus pur de ces pauvres complices
Dont la tendre unité ne doit pas s’avouer,
De surprendre parfois votre austère justice,
Et d’endormir parmi votre ombre protectrice
Leur amour somptueux, humble et désapprouvé…

Anna de Noailles  (Recueil : « Les forces éternelles » – 1920)

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Liebestod (La mort d’amour)

Richard Wagner (1813-1883)

S’il est un sentiment qui nourrit de sa chair et de son sang l’art lyrique, c’est incontestablement l’amour. S’il est un évènement qui le sous-tend presque systématiquement, c’est la mort. – L’opéra,en vérité, n’est pas si éloigné de notre quotidien.

La scène d’opéra est par nature, ou par définition, le terrain privilégié de la représentation dramatique de cet affrontement, vieux comme l’homme et la femme, entre Éros et Thanatos.

Mais quand le drame est façonné par Richard Wagner et que les héros ne sont autres que Tristan et Isolde, l’art lyrique touche à son sommet.

Dans ce drame célébrissime que Wagner emprunte à la légende celtique, « Tristan et Iseut », le compositeur ramène à une expression simple la passion amoureuse de ce couple impossible. Rien ne permet à ces amoureux de vivre ici et maintenant leur amour, attisé, s’il en était besoin, par le philtre qu’ils ont avalé. Comme ils le chantent tous deux, à l’Acte II, dans le plus long duo d’amour de l’histoire de l’opéra (trois quarts d’heure !), ce suprême bonheur d’être ensemble ne pourra se réaliser qu’au pays de la mort.

« Qu’ainsi nous mourions pour n’être plus séparés, unis pour l’éternité… » 

Il y a dans le regard porté sur cette passion, au-delà du romantisme théâtral, une lumière mystique qui atteint à son paroxysme lorsque Tristan, mortellement blessé par la lame de Melot, rend son dernier soupir dans les bras de sa princesse aimée. A cet instant le drame humain prend fin : c’est le dernier acte, au cours duquel le dernier chant d’ Isolde transcende le sentiment amoureux, comme aucun autre n’a su l’exprimer sur une scène d’opéra.

Elle est désormais seule face à la nuit, sa nuit ; face à la mort, sa mort.  Par sa « Liebestod », « La mort d’amour », Isolde rejoint Tristan, à jamais.

Un point culminant de la beauté dans le drame musical. Oh combien !

Dieu, que la mort est belle !

Wagnérienne parmi les wagnériennes, Waltraud Meier met magnifiquement au service de la passion d’ Isolde la puissance érotique de sa voix. La maîtrise de l’orchestre qui l’accompagne nourrit les couleurs nuancées de son chant pour offrir à l’auditeur ébloui la juste profondeur des sentiments qu’elle exprime.

L’extrait est tiré de l’enregistrement de la représentation donnée à la réouverture de la Scala de Milan en juillet 2007, avec l’Orchestre et le Chœur du Théâtre de la Scala, sous la baguette de Daniel Barenboim. La mise en scène a été confiée à Patrice Chéreau.

Tristan und Isolde - DVD

Dancing with Cyd

Pour échapper un instant aux avanies du monde qui taraudent nos blessures et crispent nos colères, il nous faut trouver des cachettes intimes où l’on permet au rêve de se vautrer dans le plaisir et la fantaisie.

Les comédies musicales américaines des années 50 sont un merveilleux moyen de se laisser emporter dans un univers où le bonheur simple nous attend à chaque coin de rue. Tout y chante la gaité, la joie de vivre et parfois la douce mélancolie des cœurs heureux. Un « disneyworld » pour adultes où les personnages rivalisent de beauté et d’élégance.

En regardant virevolter les grâces souriantes, aux allures insouciantes et simples, de ces talentueux danseurs, on se laisse glisser suavement dans ce monde magique, gouverné par la douceur de vivre et le pouvoir d’aimer. Un voyage à Cythère en images et au pas de deux.

« Belle île aux myrtes verts, pleine de fleurs écloses,
Vénérée à jamais par toute nation,
Où les soupirs des cœurs en adoration
Roulent comme l’encens sur un jardin de roses »

                                                                 Baudelaire (« Un voyage à Cythère »)

C’est décidé, pour un instant je serai Gene Kelly sous le charme sexy de la belle Cyd Charisse!

Let’s dance!

Et maintenant, Fred Astaire – why not? – prêt à séduire la même Cyd Charisse… Moins sophistiquée!

I’m in love!

L’art du baiser : Le baiser de l’art

Tristan : Amie, qu’est-ce donc qui vous tourmente?

Yseult : L’amour de vous.

Alors il posa ses lèvres sur les siennes.

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« Son gia mille e tre ! »

Le baiser de la pierre

Le baiser des mots

« Baiser, rose trémière au jardin des caresses » (Verlaine)

« Et ces plis roses sont les lèvres
De mes désirs inapaisés,
Mettant au corps dont tu les sèvres
Une tunique de baisers. »
(Théophile Gautier)

« Partons dans un baiser pour un monde inconnu » (Alfred de Musset)

« Lèvres! Lèvres! Baiser qui meurt, baiser qui mord. Lèvres! Lit de l’amour profond comme la mort. » (Albert Samain – « Jardin de l’infante »)

« Les baisers d’une femme sincère ont un miel divin qui semble mettre dans cette caresse une âme, un feu subtil par lequel le cœur est pénétré. » (Balzac)

« Deux cœurs qui s’aiment, n’allez pas chercher plus loin la poésie ; et deux baisers qui dialoguent, n’allez pas chercher plus loin la musique. » (Victor Hugo – « L’homme qui rit »)

« Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce ? Un serment fait d’un peu plus près, une promesse plus précise, un aveu qui veut se confirmer, un point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer ; c’est un secret qui prend la bouche pour oreille. » (E. Rostand – « Cyrano »)

« Tu répands des parfums comme un soir orageux ; Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore. » (Baudelaire – « Hymne à la beauté »)

« Pour celui qui boit le soir, les gorgées sont des baisers à toutes les femmes absentes. » (Erri De Luca – « Le contraire de un »)

« C’est dans le baiser, dans le seul baiser qu’on croit parfois sentir cette impossible union des âmes que nous poursuivons, cette confusion des cœurs défaillants. » (Maupassant – « Le baiser »)

« Au cœur, quel pincement bizarre ! Baiser, festin d’amour, dont je suis le Lazare ! » (E. Rostand« Cyrano »)

« Pour un regard de toi je donnerais mon travail et ma peine ; pour un sourire, ma vie ; pour un baiser, mon âme ! » (V. Hugo – « Marie Tudor »)

« Le baiser n’est qu’une préface pourtant. Mais une préface charmante, plus délicieuse que l’œuvre elle-même, une préface qu’on relit sans cesse, tandis qu’on ne peut pas toujours… relire le livre. » (Maupassant – « Le baiser »)

« Penche tes lèvres sur moi, et qu’au sortir de ma bouche mon âme repasse en toi! » ( Diderot)

« Chaque baiser appelle un autre baiser. Ah ! dans ces premiers temps où l’on aime, les baisers naissent si naturellement ! » (Proust – « Du côté de chez Swann »)

« Le baiser sur les lèvres a été inventé par les amants pour ne pas dire de bêtises. » (Tristan Bernard)

Le baiser de la toile

Le baiser de la pellicule

Bons baisers! A bientôt!

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