Une étoile est née

A Star is Born (1954) - AfficheQuelle affiche ! Quel film !

En cette année 1954 George Cukor tourne à Hollywood le « remake » d’un film de William A. Wellman,  » Une étoile est née «   de 1937. Il ne peut évidemment pas supposer le succès que recevra sa réalisation ni l’importance considérable qu’elle prendra pour le cinéma américain.

Déjà le film de Wellman recevait à sa sortie un succès public éclatant avec quatre nominations aux Oscars. Janet Gaynor, à qui était confié le rôle principal, y incarne une jeune fille de milieu modeste projetée sur le devant de la scène par un acteur célèbre en phase descendante qui décide de lui donner sa chance.

Wellman, bien que timidement compte tenu de la jeunesse de Hollywood, présente déjà, par  la dialectique d’un scénario dans lequel se côtoient déchéance et ascension, une mise en garde contre les dangers du vedettariat.

Dix-sept ans plus tard, avec le regard aiguisé de George Cukor porté sur un Hollywood nécessairement différent après le conflit mondial de 1939-1945 et les récentes outrances du maccarthisme,   » A star is born  »  version 1954 ne se contentera pas de reproduire la réserve un peu fade de son ainée malgré l’habileté du scénario. Cukor va plutôt se laisser aller à une certaine forme d’exagération ironique pour exprimer ce que beaucoup savent déjà désormais : l’attitude purement économique, particulièrement autoritaire et souvent abusive des studios envers les acteurs, et les drames humains qui quelquefois s’en suivent.

 » A star is born «  1954 – Bande annonce

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C’est un portrait à la fois cruel et magnifique de Hollywood que brosse ici le sensible réalisateur du « Roman de Marguerite Gautier » en 1937 et de  « Femmes » en 1939. Un heureux mariage en grandes pompes du mélodrame, de la fantaisie et de la comédie musicale – genres qu’affectionnait infiniment Cukor –  pour dénoncer les risques d’un monde où les apparences et les illusions tiennent lieu de vérité. Témoignage également de l’immense et fascinant talent d’une actrice à la destinée personnelle tristement hollywoodienne, Judy Garland, qui nous régale ici de sa composition sans doute la plus remarquable.

 » A star is born «  1954 –  » A man that got away « 

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Elle interprète le rôle de cette jeune fille, Esther Blodgett, rêvant d’une carrière dans le cinéma, qui, venue de sa province tenter sa chance à Hollywood, rencontre, après quelques déboires, Norman Maine, acteur célèbre sur le déclin (interprété par James Mason). Appréciant son talent et devenant inévitablement amoureux d’elle, Norman va la porter vers les sommets sous son nouveau nom de scène : Vicki Lester, et l’épouse.

Mais à l’écran, comme dans la vie, les choses ne se limitent pas à leur heureuse simplicité : Norman, qu’un caractère difficile et un goût trop prononcé pour l’alcool tiennent éloigné des engagements, continue de sombrer dans la boisson au point que Vicki décide d’arrêter en pleine ascension sa brillante carrière pour se consacrer au soutien de son mari. Il refuse ce sacrifice et met fin à ses jours. Vicki résistera à son désir de tout abandonner pour que Norman ne soit pas mort pour rien.

Dès 1932, Cukor avait, de façon prémonitoire, abordé le sujet du prix de la gloire dans le scénario à succès qu’il monta en compagnie de son ami Selznick, nouvellement venu à la tête de RKO. : « What price Hollywood ».

Son remake en 1954 de « A star is born » va totalement éclipser la version précédente de Wellman, et ne laissera que peu de place à celle de Frank Pierson en 1976, avec Barbara Streisand.

Le film qui faisait à la sortie initiale de la salle de montage plus de 260 minutes, fut, ironie du sort, et terrible déconvenue pour le metteur en scène, amputé de plus de 90 minutes pour sa distribution en salle. Cela n’empêcha pas le public et la critique de l’accueillir avec un réel enthousiasme. Il fut sept fois nommé aux Oscars de 1955 sans se voir pour autant décerner la moindre statuette, et finit toutefois par obtenir deux récompenses suprêmes aux Golden Globes la même année : Meilleur acteur de comédie musicale pour James Mason et meilleure actrice de comédie musicale pour Judy Garland. Il faut dire que tous les deux remplissent l’écran avec un formidable bonheur, et que Judy Garland à elle seule serait capable de faire danser et chanter une armée entière de mauvais coucheurs.

Avec elle on prendrait volontiers pour argent comptant le titre à la une de son journal :

 » Bright future is predicted «  (On prédit un brillant futur)

La nuit 6 – L’amour, la haine

La Nuit du chasseur-Love & HateAmour et haine, noir et blanc, bien et mal, innocence de l’enfance et perversion de l’âge adulte, ombre angoissante et lumière violente. Tout, dans cet unique film de Charles Laughton – comédien devenu pour une fois réalisateur –  est image de la dualité inhérente à l’âme humaine. De cette bipolarité, avec laquelle joue sans cesse la réalisation, elle–même partagée entre le genre « Western » et le « film noir », nait la peur, l’angoisse, qui fait courir deux enfants à travers un bout des États Unis, près du fleuve Ohio, pourchassés, pour s’emparer de leur secret, par un criminel psychopathe. Les contes de Grimm ou de Perrault ne sont jamais bien loin.

Ce criminel, le faux pasteur Harry Powell, a appris de son compagnon de cellule, le fermier Ben Harper, avant qu’il soit exécuté, que celui-ci a caché dans son village 10 000 dollars qu’il a volés pour aider les siens.

Aussitôt libéré, Powell part à la recherche de ce butin. Il se rend dans ce village où il espère que son apparence d’homme de Dieu l’aidera à gagner la confiance des habitants et à encourager les confidences de la famille du fermier. Il va jouer en virtuose de tous les registres de l’hypocrisie pour approcher et amadouer ceux qui pourraient le conduire au magot. Il gruge la malheureuse veuve de Harper au point de l’épouser, mais s’apercevant qu’elle ne sait rien et qu’elle a deviné ses intentions, il la tue, faisant croire à un départ précipité. Il n’aura désormais de cesse de faire parler les enfants dont il a compris qu’eux seuls savent où est caché l’argent.

Comment l’instinct innocent et le courage de deux enfants effrayés, John et Pearl, pourraient-ils, au cœur de la nuit inquiétante, leur permettre d’échapper à la détermination extrême du dangereux criminel qui les poursuit ?

Pour interpréter le révérend Powell, incarnation du diable, Robert Mitchum, dans ce qui demeure sans aucun doute comme « Le » personnage de sa vie de comédien. Prêt à tout pour arriver à ses fins, l’inquiétant pasteur trouve dans l’immense palette de l’acteur toutes les expressions et toutes les postures qui servent au mieux son vil dessein.

Quel enfant dans la tranche d’âge du jeune John Harper, qui aurait vu ce film à sa sortie, n’a pas conservé au fond de lui-même, sa vie durant, une part d’angoisse que chaque évocation de Robert Mitchum ne manque pas de réveiller ?

Nuit du chasseur affiche1

Ce film inoubliable, inclassable, dans lequel le noir et blanc lumineux est un personnage à part entière, flattant, par le jeu puissant des contrastes, une dramaturgie diabolique soutenue par une musique de Walter Schumann qui la renforce encore, a été particulièrement mal accueilli à sa sortie en 1956. Au point que Charles Laughton ne se risqua plus à revenir à la réalisation.

Et pourtant, voilà bien des années que cette pellicule est entrée pour ne plus en sortir, dans la courte liste des films références de l’histoire du cinéma. Devenu un classique incontournable ce film inspire encore les cinéastes d’aujourd’hui, et on en retrouve quelques traces dans la filmographie des plus célèbres réalisateurs contemporains, tels les Frères Coen (« The Barber ») ou Martin Scorsese (« Cape fear » – Les nerfs à vif), pour ne citer qu’eux.

Tout dans l’extrait qui suit démontre combien la qualité des éclairages et des prises de vues contribue à attiser la tension du drame qui, après chaque accalmie, retrouve sa pleine part de suspense et d’action.

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Au travers de l’apparente simplicité formelle du conte, Laughton veut montrer par ce dualisme omniprésent dans sa réalisation, confinant parfois au surréalisme, cette caractéristique typiquement américaine qui consiste en une affirmation de l’innocence – naïveté peut-être – au milieu d’un univers dominé par la corruption.

De la même manière, se côtoient et s’opposent la religion et la foi, l’une aveuglant le troupeau humain, l’égarant loin des réalités, l’autre conférant à quelques uns la force compassionnelle qui, n’endormant pas leur vigilance lucide, grandit leur chrétienté. Ainsi, Mrs Cooper – interprétée par Lilian Gish – qui a recueilli les enfants, consciente du danger qui les menace, rejoint-elle, dans une scène d’anthologie, le cantique de celui qui, chargé des plus mauvaises intentions, assiège sa maison. Le fusil armé sur les genoux…

Et toujours, sauvage, implacable, la nature, en filigrane, comme un symbole en miroir.

Dancing with Cyd

Pour échapper un instant aux avanies du monde qui taraudent nos blessures et crispent nos colères, il nous faut trouver des cachettes intimes où l’on permet au rêve de se vautrer dans le plaisir et la fantaisie.

Les comédies musicales américaines des années 50 sont un merveilleux moyen de se laisser emporter dans un univers où le bonheur simple nous attend à chaque coin de rue. Tout y chante la gaité, la joie de vivre et parfois la douce mélancolie des cœurs heureux. Un « disneyworld » pour adultes où les personnages rivalisent de beauté et d’élégance.

En regardant virevolter les grâces souriantes, aux allures insouciantes et simples, de ces talentueux danseurs, on se laisse glisser suavement dans ce monde magique, gouverné par la douceur de vivre et le pouvoir d’aimer. Un voyage à Cythère en images et au pas de deux.

« Belle île aux myrtes verts, pleine de fleurs écloses,
Vénérée à jamais par toute nation,
Où les soupirs des cœurs en adoration
Roulent comme l’encens sur un jardin de roses »

                                                                 Baudelaire (« Un voyage à Cythère »)

C’est décidé, pour un instant je serai Gene Kelly sous le charme sexy de la belle Cyd Charisse!

Let’s dance!

Et maintenant, Fred Astaire – why not? – prêt à séduire la même Cyd Charisse… Moins sophistiquée!

I’m in love!