Deux comme : Un piano pour deux… Ou deux

  • Un piano pour deux

Quand on n’a qu’un seul piano pour deux, il faut bien faire avec.

Soit on joue chacun à son tour, soit on joue à quatre mains… en essayant de jouer la même partition à la même mesure, et, de préférence, au même rythme, sous peine de voir débarquer les voisins armés de seaux d’eau pour calmer l’ardeur des musiciens et de haches pour transformer l’instrument en bois de chauffage, par définition beaucoup plus silencieux.

À moins que l’on ait reçu le don de ces deux-là, complices devant un clavier – mais pas seulement – comme larrons en foire, qui s’amusent à bidouiller sans vergogne les partitions des opéras du grand Mozart. Comme ici avec l’air de Papageno dans « La Flûte Enchantée ». – Oui, vous le connaissez Papageno, c’est l’oiseleur qui apparaît à l’Acte I au son des cinq notes célèbres de sa flûte de pan, se vantant d’avoir tué le serpent qui a agressé le prince Tamino. Les trois dames d’honneur de la Reine de la Nuit, qui, elles, ont vraiment terrassé la bête, le puniront de sa prétention en le condamnant un temps au silence.

Voici comment Elizabeth et Greg s’amusent pendant quelques minutes avec les cinq notes du pauvre Papageno. On peut être persuadé que les voisins ne manqueront encore pas d’accourir sans tarder, mais cette fois les mains vides… pour pouvoir applaudir à tout rompre, bien sûr.

Posez donc stylo, livre, tablette, casserole et autre téléphone et écoutez ! Je gage que vous aurez besoin, vous aussi, de vos deux mains…

HD disponible : roue dentelée en bas à droite après démarrage de la vidéo

ou…

  • Deux pianos

Mais quand deux pianistes ont à leur disposition deux pianos, tout est changé. Chacun chez soi. Le confort, enfin. Un clavier tout entier pour soi seul, plus de bousculade, plus de risque de « s’emmêler les pinceaux »… Certes, mais si les deux pianos sont dans la même pièce, le problème reste entier : cohabitation !

Avec un peu de sérieux, et en s’oubliant de temps en temps pour écouter l’autre, les choses devraient pouvoir s’arranger.

Voyez comme nos deux jeunes turbulents et brillants pianistes, Greg et Elizabeth, sont concentrés sur leur propre clavier, tout à leur interprétation du mouvement « Allegro con spirito » de la Sonate en Ré majeur pour deux pianos du toujours très grand Wolfgang Amadeus. Ensemble parfaitement maîtrisé, allégresse et esprit, tout y est, selon les désirs du compositeur, respecté au soupir près, sauf que désormais les facéties – très réussies – sont dans le montage vidéo… Mais on ne s’en plaindra certainement pas, bien au contraire.

Ah ! Gardez toujours vos mains libres !  On ne sait jamais…

HD disponible : roue dentelée en bas à droite après démarrage de la vidéo

Anderson & Roe :

En voilà deux qui donnent envie d’être deux !

Se détacher du monde… Infiniment

« Pour me détacher du monde, il me suffit de porter mon attention du côté de ce qui résonne – la vérité, la pluie sur le toit d’une voiture, les mots d’amour… ou les pianos de Mozart. »

Christian Bobin

Les mots d’amour : leur écho, de très loin venu, est trop sourd désormais, et trop profonde la déchirure de mes entrailles pour que s’en forment de nouveaux.

La pluie : mes vieilles articulations rouillées ne l’apprécient guère ; elle fait languir mon âme comme un ver de Verlaine, et aux toits des voitures, depuis longtemps je préfère celui, « tranquille, où marchent des colombes ».

Quant à la vérité, la sagesse des années m’a appris à ne plus la chercher ailleurs qu’en moi-même, ce qui ne signifie en rien que je l’ai trouvée, ni que je la rencontrerai, ni même que je continuerai de courir sur le chemin des chimères…

Mais il me reste, Ô bonheur! pour me détacher du monde, porteurs de grâce et d’espoir, résonnant tout à la fois comme des mots d’amour, comme le rythme multiple de la pluie et comme l’éternelle vérité, les pianos de Mozart… Tous!

Infiniment!

Si, comme Alice son lapin, vous acceptez de me suivre pour un petit voyage sur la toile, dans cet univers magique des pianos de Mozart, nous aborderons des mondes merveilleux « faits d’astres et d’éther ».

Et d’abord celui-ci, tout entier chargé de fraîcheur juvénile et de belle espérance sous les doigts frêles de la gracieuse petite Sora :

Dans cette bulle de cristal, votre oreille sera bercée par les doux mots d’amour qu’en un chant susurré une divinité d’un souffle fera voler vers vous, sans que jamais, pourtant, la passion ne s’éteigne  :

Mollement engourdi sur le velours lustré d’un profond canapé, à l’abri, près d’une flamme pourpre, vous vous amuserez à écouter la pluie capricieuse changer ses rythmes entre les colères de l’orage :

Et enfin, recueilli comme pour recevoir une bénédiction, vous vous blottirez, heureux, dans la lumineuse vérité de la musique d’un ange :

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Les pianos de Mozart… Infiniment