Elle, Lui, l’Amour…

… Et la mélodie poétique de Francis Poulenc.

Francis Poulenc a toujours exprimé un grand attachement à ses mélodies. Un jour, un critique éminent lui demanda pourquoi il écrivait encore ce genre de musique, peut-être un peu démodée après Debussy, Fauré et Ravel. Poulenc lui répondit ceci : « Je voudrais bien savoir pourquoi cette forme serait périmée. Il me semble que tant qu’il y aura des poètes, on pourra écrire des mélodies. »

Des mélodies d’amour… Un 14 février !

– Mélodie légèrement érotique, féminine et élégante comme les vers de Louise de Vilmorin avec lesquels elle s’accouple harmonieusement :

ELLE

Officiers de la garde blanche

Officiers de la garde blanche,
Gardez-moi de certaines pensées la nuit.
Gardez-moi des corps à corps et de l’appui
D’une main sur ma hanche.
Gardez-moi surtout de lui
Qui par la manche m’entraîne
Vers le hasard des mains pleines
Et les ailleurs d’eau qui luit.
Épargnez-moi les tourments en tourmente
De l’aimer un jour plus qu’aujourd’hui,
Et la froide moiteur des attentes
Qui presseront aux vitres et aux portes
Mon profil de dame déjà morte.
Officiers de la garde blanche,
Je ne veux pas pleurer pour lui
Sur terre. Je veux pleurer en pluie
Sur sa terre, sur son astre orné de buis,
Lorsque plus tard je planerai transparente,
Au-dessus des cent pas d’ennui.
Officiers des consciences pures,
Vous qui faites les visages beaux,
Confiez dans l’espace au vol des oiseaux
Un message pour les chercheurs de mesure
Et forgez pour nous des chaines sans anneaux.

Louise de Vilmorin

– Nostalgique, au rythme des pas de Jean Anouilh qui marche vers la mer à la recherche du souvenir des jours heureux sur les chemins de l’amour :

LUI

– Mélodie partagée dans un dialogue d’amoureux, balançant entre dépit et désir et dont on imagine volontiers qu’il n’est pas né du hasard sous la plume de Paul Valéry qui, on le sait, aima jusqu’à en mourir.

EUX

Colloque

LUI
D’une rose mourante
L’ennui penche vers nous
Tu n’es pas différente
Dans ton silence doux
De cette fleur mourante ;
Elle se meurt pour nous.
Tu me sembles pareille
À celle dont l’oreille
Était sur mes genoux
À celle dont l’oreille
Ne m’écoutait jamais!
Tu me sembles pareille
À l’autre que j’aimais :
Mais de celle ancienne
Sa bouche était la mienne

ELLE
Que me compares-tu quelque rose fanée?
L’amour n’a de vertu que fraîche et spontanée
Mon regard dans le tien
Ne trouve que son bien
Je m’y vois toute nue!
Mes yeux effaceront
Tes larmes qui seront d’un souvenir venues
Si ton désir naquit qu’il meure sur ma couche
Et sur mes lèvres qui t’emporteront la bouche.

Paul Valéry

♥♥♥

Chagall - Les amoureux de Vence

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