Sotto-voce

Egon Schiele - Quatre arbres - 1917

Egon Schiele – Quatre arbres – 1917

La voix dans l’intervalle

Peut-être devons-nous parler encore un peu plus bas,
De sorte que nos voix soient un abri pour le silence ;
Ne rien dire de plus que l’herbe en sa croissance
Et la ruche du sable sous le vent.
L’intervalle qui reste à nommer s’enténèbre, ainsi
Que le gué traversé par les rayons du soir, quand le courant
Monte jusqu’à la face en extase des arbres.
(Et déjà dans le bois l’obscur a tendu ses collets,
Les chemins égarés qui reviennent s’étranglent.)
Parler plus bas, sous la mélancolie et la colère,
Et même sans espoir d’être mieux entendus, si vraiment
Avec l’herbe et le vent nos voix peuvent donner asile
Au silence qui les consacre à son tour, imitant
Ce retrait du couchant comme un long baiser sur nos lèvres.

Jacques Réda

Jacques Réda

Jacques Réda (in Amen – Poésie Gallimard)

3 réflexions sur “Sotto-voce

  1. Une méditation où un mouvement intérieur s’est calmé en un instant. Merci pour ce temps en suspension. Le choix d’Egon Schiele est judicieux, son chaos s’est apaisé dans le secret et l’intimité. Ce tableau pourrait en déranger d’autres, et non, il a tout à fait sa place pour dépeindre une forme longtemps en mouvement en train de se retirer, le souffle de la vie.

    • Merci à vous d’avoir apprécié !
      Quel plus beau moment que celui pendant lequel le temps fait une halte ? Avant goût d’éternité… Assurément !

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