La dame à la rose – Écouter

« Une rose d’automne est plus qu’une autre exquise »   Agrippa d’Aubigné

Surtout quand une femme charmante vous l’offre un matin gris au jardin des délices.

Je m’y étais rendu en souris, comme souvent, avec, ce matin-là, le désir précis d’y rencontrer une fée qui m’aurait chanté dans la langue de Schubert, l’histoire d’une rose et d’un garçon que Goethe, jadis, racontait dans ses vers. Elles étaient nombreuses, les magiciennes à la voix de velours, à vouloir me séduire, mais une seule, qui s’était parée de la pourpre ensorcelante, ramenée sans doute des rivages wagnériens qu’elle habite souvent, réussit à m’envouter avec cette anodine mais charmante petite querelle d’amoureux : Heidenröslein.

Un garçon vit une petite rose de loin,
Petite rose dressée sur la lande,
Elle était jeune et belle comme un matin,
Il courut de près la voir,
Sa vue l’emplit de joie,
Petite rose, petite rose, petite rose rouge,
Petite rose de la lande.

Le garçon dit : que je te cueille,
Petite rose de la lande !
La petite rose dit : que je te pique,
Pour que tu penses à moi dans l’éternité
Et je ne veux point l’endurer,
Petite rose, petite rose, petite rose rouge,
Petite rose de la lande.

Et le méchant garçon cueillit
La petite rose de la lande,
La petite rose piqua et se défendit,
Il ne lui servit à rien de crier, de gémir,
Et dut bien le souffrir,
Petite rose, petite rose, petite rose rouge,
Petite rose de la lande.

« Un bon tiens, dit le proverbe, vaut mieux que deux tu l’auras ! »  Mais à être trop sage on passerait souvent à côté de bien des bonheurs… Quel plaisir d’avoir cédé à l’irrépressible envie de continuer mon exploration à la recherche de la Dame à la rose.

Pour récompenser mon audace, une autre fée, totalement inconnue, vint à ma rencontre, discrètement cachée sous le sépia des vieilles photos. Elle avait découvert dans une biographie de Rainer Maria Rilke qu’avait écrite en 1927 un de nos académiciens, Edmond Jaloux, la lettre qu’il dévoilait d’une femme, anonyme, amie et admiratrice du poète, rédigée comme un hommage, en forme de souvenir, à l’auteur des inoubliables « Cahiers de Malte Laurids Brigge ».

De cette lecture, Fabienne Marsaudon – c’est le nom de la féeavait composé une chanson intitulée, étrange coïncidence, « La dame à la rose ».

Elle me l’offrit, comme une rose, dans sa lumineuse simplicité. Une caresse pour l’âme. De ces caresses qui ne trouvent leur prolongement que dans la joie du partage.

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