Madame, jamais sans votre ombrelle !…

eca76c11

La passante d’été

Vois-tu venir sur le chemin la lente, l’heureuse,
celle que l’on envie, la promeneuse ?
Au tournant de la route il faudrait qu’elle soit
saluée par de beaux messieurs d’autrefois.

Sous son ombrelle, avec une grâce passive,
elle exploite la tendre alternative :
s’effaçant un instant à la trop brusque lumière,
elle ramène l’ombre dont elle s’éclaire.

Rainer Maria Rilke   (Vergers)

Un clic sur un tableau ouvre la galerie

3 réflexions sur “Madame, jamais sans votre ombrelle !…

  1. Vous souvenez-vous, Lélius, de cette page de l’Éducation sentimentale quand Flaubert décrit cette belle rencontre entre Frédéric et Mme Arnoux ? J’y rencontre un Monet comme dans l’une de ces toiles que vous nous offrez ce jour.
    « Elle était assise au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua personne, dans l’éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. En même temps qu’il passait, elle leva la tête ; il fléchit involontairement les épaules ; et quand il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda.
    Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans roses, qui palpitaient au vent, derrière elle. Ses bandeaux noirs, contournant la pointe de ses grands sourcils, descendaient très bas et semblaient presser amoureusement l’ovale de sa figure. Sa robe de mousseline claire, tachetée de petits pois, se répandait en plis nombreux. Elle était en train de broder quelque chose ; et son nez droit, son menton, toute sa personne se découpait sur le fond de l’air bleu.
    Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours; puis il se planta tout près de son ombrelle, posée contre le banc et il affectait d’observer une chaloupe sur la rivière. »
    Le passant / la passante / la rencontre…
    Mais le poème de Rilke est beau, furtif. et ce dernier vers, sublime :
    « elle ramène l’ombre dont elle s’éclaire. »

    • Oui! Le dernier vers de Rilke fait le poème à lui seul, absolument.
      Je n’avais pas établi de lien avec Flaubert, ni même, je l’avoue, pensé à « L’Éducation sentimentale » et l’extrait que vous citez si justement est un régal de plus. Particulièrement bienvenu. Merci!
      Je dois admettre pour ma part qu’entre prose, la plus belle soit-elle, et poème, ce dernier l’emporte toujours par cette capacité qu’il possède de dire autant en si peu de mots, cette magnifique vertu qui est la sienne d’être « furtif » et partant plus intime, chemin plus direct encore, et plus étroit certes, vers le palais enchanté de mes émois.

      • Oui, la poésie comme un cheminement vers la pensée, vers le silence de l’écriture. Pouvoir magique de la parole du poète, insaisissable. Elle enveloppe notre âme de neige…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s