La nuit 19 – Ivresse, extase infinie

Je dédie cette vidéo à tous les nombreux jeunes béotiens qui, la nuit de la  » fête de la musique «  , la mal nommée, se sont imbibés d’alcool, sans but ni raison, de façon immonde et ridicule, sous ma porte depuis 5 heures de l’après midi, au rythme incessant, primaire, binaire, horrible et insupportable des vibrations de basses martelées dans l’air par des platines rudoyées et des boomers épuisés et épuisants de vieilles enceintes aussi noires que les percussions imbéciles et artificielles qu’elles ont produites sans discontinuer une seule seconde toute la nuit, ou presque, au mépris nihiliste de tout ce qui était supposé vivre dans un large périmètre alentour.

Je dois à leur dégénérescence – tant à la leur qu’à celle encore plus sordide de ces incapables qui ont permis, par lâcheté politique, pareille manifestation en pareil endroit -, une nuit d’agressions qui ont fait de quelques uns de mes voisins et de moi-même, les victimes impuissantes de spécimens de mutants, hélas toujours plus nombreux désormais, qui lestent notre société d’un tel poids de bêtise désespérée qu’elle ne peut que maintenir notre monde dans les profondeurs abyssales de sa démence devenue irréversible.

O tempora, O mores !

Si un seul d’entre ces enfants de race humaine pouvait apercevoir dans ce duo d’amour – à condition qu’il en écoute déjà les cinq premières mesures – une fraction infinitésimale de la beauté possible du monde véhiculée par la seule musique, minuscule échappatoire à la désastreuse vulgarité dévastatrice de l’espèce, ma colère, mon incurable pessimisme et ma mauvaise humeur de « vieillard » définitivement misanthrope n’auront pas été vains.

Et si, s’aventurant, par extraordinaire, un peu plus loin dans l’écoute, cette jeunesse entrapercevait une autre voie vers l’ivresse…  Pardon ! Le rêve m’emporte.

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Avec ceux qui refusent ce terrible fléau moderne, le bruit, surtout lorsque l’atrophie des sens s’acharne à le nommer « musique »,  je partage cette merveilleuse  » Nuit d’ivresse et d’extase infinie «  extraite des  » Troyens «  d’Hector Berlioz, opéra monumental inspiré de l’Éneïde du célèbre Virgile, que le compositeur considéra comme l’œuvre de sa vie. Après sa réalisation, Berlioz, qui depuis l’enfance était fasciné par cet univers antique dira :  » J’ai passé ma vie avec ce peuple de demi-dieux, je me figure qu’ils me connaissent tant je les connais moi-même. « 

Acte IV. Didon et Énée se retrouvent pour jouir ensemble, unis par leur amour, de cette nuit enchanteresse qui les embrasse tendrement.

C’est un des duos les plus applaudis des scènes d’opéra, et ce succès n’est certes pas usurpé. Surtout quand Didon est chanté par Susan Graham à la diction française exemplaire, et quand la voix d’Énée est celle du ténor américain, lui aussi très heureux interprète du répertoire français, Gregory Kunde.

Ce moment de délice pour balayer l’horreur d’une terrible nuit.

Mais le mal est sans doute plus ancien, consubstantiel, faut-il le croire, à la nature humaine, car Berlioz disait déjà avant d’entreprendre l’écriture de cette grandiose composition,  » Les Troyens « , que  » le magnifique, la grandeur et la puissante émotion «  d’une telle œuvre devraient immanquablement faire que les parisiens la trouveraient « fade et ennuyeuse » .

Mais pas nous, n’est-ce pas ? Parisiens ou non ! Qui aimons La Musique.

Nuit d’ivresse et d’extase infinie !
Blonde Phoebé, grands astres de sa cour,
Versez sur nous votre lueur bénie ;
Fleur des cieux, souriez à l’immortel amour !

7 réflexions sur “La nuit 19 – Ivresse, extase infinie

  1. Plaisir que de lire ce billet, et j’aurais envie d’aller dans la même direction que toi lorsque tu parles d’atrophie des sens…Puis quitte à être vu comme un « vieux jeune con » ou « jeune vieux con », oui, impossible de considérer une telle chose comme de la musique, de l’art, ou quoi que ce soit si ce n’est un machin informe et glauque. Glauque, parce que créant une sorte d’avatar de la musique complètement dégénéré, destructeur et malsain parce que s’attaquant à mêmes les âmes…Coucou les zombies. Et puis si l’ont dit que l’on est ce que l’on mange, j’aurais tendance, aussi, à le dire en ce qui concerne ce que nous écoutons.

  2. On ne peut plus parler de… musique dans la présence intrusive que vous signalez pas plus que de joie dans la nuit qui a suivi les résultats d’un match de foot (Algérie-Corée du Sud.) Le Bruit (là c’était toute la nuit klaxon hurlant et cris).
    Ces « débordements » deviennent l’occasion pour certains de hurler un mal vivre plus qu’une joie…
    Ce duo est très beau… je pense aussi à la Barcarolle des contes d’Hoffman / livret d’Offenbach (perle dans un opéra touffu)

    • Le drame, Chère Amie, c’est que certains, très nombreux, qualifient de « musique » ces orgies sauvages de décibels, crimes encouragés contre les tympans et les âmes.
      Alors, si en prime vous parlez football…!!!
      Puisque vous aimez les duos vocaux, voici, pour continuer dans le partage de la beauté sonore, « Die schwestern » (Les deux sœurs) de Brahms, dans une version de rêve :

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