C’est le printemps ! Norvège

Les compositeurs norvégiens qui, comme Grieg, sont passés à la postérité ne sont pas nombreux. Il faut dire que les compositeurs norvégiens, tous réunis, ne sont pas légion, non plus.

L’un d’entre eux, cependant, sans avoir connu la notoriété de Edvard Grieg, a laissé à la musique de belles traces de son incontestable talent. Son nom sonne comme une clochette, c’est Christian Sinding. On lui doit un catalogue plutôt riche et varié de compositions, telles que symphonies, concertos pour violon et pour piano, œuvres de musique de chambre, partitions pour la voix ou les chœurs, un grand nombre de lieder et même un opéra, « Der heilige Berg » (La montagne sacrée).

Bien évidemment Sinding a composé pour le piano et comme la plupart des artistes de tous les temps il a rendu hommage à la saison du renouveau – tant attendue sous les plus froides latitudes. Dans une de ses pièces pour piano seul de 1896,  » Frühlingsrauschen «  (Bruissement de printemps), le compositeur raconte l’aventure fragile des tendres jeunes pousses et traduit l’âpreté de leur combat pour la vie contre les derniers rudoiements de l’hiver dont elles finiront bien heureusement par triompher.

Parfois, comme ici, le piano choisit de se faire accompagner par tout l’orchestre pour chanter le miracle toujours recommencé de la nature qui sort d’un long sommeil glacé:

 » Si nous regardions bien, si nous regardions calmement, nous serions effrayés par la souveraineté de la moindre pâquerette : elle est là, toute bête, toute jaune. Pour être là, elle a dû traverser des morts et des déserts. Pour être là, toute menue, elle a dû livrer des guerres sans pitié. « 

Christian Bobin

φ

Mais on ne quittera certainement pas la Norvège musicale et printanière sans avoir salué l’immense Edvard Grieg.

La célèbre soprano norvégienne, Sissel (Sissel Kyrkjebø), pour accompagner notre embarquement sur le port d’Oslo, chante la mélodie, un peu triste mais si belle dans la paix et la sagesse qui la nimbent, du vieil homme portant un ultime regard sur son « dernier printemps ».

Puisse mon dernier regard sur mon dernier printemps emporter mon âme dans la sereine sensualité d’une pareille paix !

Dieu m’a permis de revoir le printemps,
L’hiver mis en fuite ;
Et j’ai pu voir de nouveau reverdir
Les arbres en feuilles !…

Dieu m’a permis de revoir une fois
La glace et la neige
Fondre avec bruit et changer en torrent
Le lit des rivières ;

J’ai de nouveau contemplé dans les prés
Les fleurs printanières,
J’ai de nouveau entendu dans les bois
Les chants d’espérance !

Dieu m’a permis de revoir le soleil
Chauffer la prairie,
Où voltigeaient les légers papillons
Sur tous les calices !…

Mais le printemps à son tour disparu
Me laisse tout triste.
Vais-je une fois voir encor revenir
Ces jours de délices ?

Tous les bonheurs en ce monde ont leur fin,
Ma vie eut ses charmes.
Puisqu’ici-bas j’eus ma part de bienfaits,
Pourquoi me plaindrais-je ?

φ

Et même sans les paroles du poète Aasmund Olavsson Vinje, la musique, dans sa simplicité élégiaque transmet, intacte, l’émotion dernière d’une vie qui s’éteint à l’heure où tout revit.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s