Der Leiermann (Le Joueur de Vielle)

Lamentations qui précèdent l’inéluctable fin.

Fin du jour, fin de l’hiver et de ses âpretés, fin du voyage.

Fin d’une glaciale errance sur un chemin que rien ne balise et que personne, jamais, n’a foulé en sens inverse.

 » Je dois prendre une route dont nul homme encore n’est revenu. « 
(Der Wegweiser / Le panneau indicateur)

Fin du cycle de 24 lieder, monologue empreint d’une poignante émotion,  » Winterreise  » (Le Voyage d’Hiver), composé par Franz Schubert sur des poèmes de Whilelm Müller.

Der Leiermann - Le Joueur de Vielle

Der Leiermann – Le Joueur de Vielle

Le poète et le musicien ne survécurent que très peu de temps à leur création respective. Unis, au-delà de leur complicité artistique, par cette fatale connivence, et le poète et le musicien, dans un souffle prémonitoire, posent, au moment où finit le voyage solitaire, l’essentielle question dont tous deux savent déjà la réponse :

 » Wunderlicher Alter, Soll ich mit dir geh’n? « 

(Étrange vieillard, dois-je aller avec toi ?)

Après les deux bourdons venus des basses profondeurs du piano, et qui se répèteront comme un glas tout au long du lied, le voyageur, parvenu au terme de son cheminement solitaire porte son regard vers le joueur de vielle transi par ce froid venu d’un autre monde, et dont il sait déjà qu’il sera son guide ultime vers un ailleurs inconnu.

Si la mort est aussi belle…

Et si, à l’écoute de cette merveille, vos poils se dressent au point de vous faire mal, pas d’inquiétude : c’est le signe que vous êtes vivant, bien vivant!

24. Der Leiermann

Drüben hinterm Dorfe
Steht ein Leiermann
Und mit starren Fingern
Dreht er, was er kann.


Barfuß auf dem Eise
Schwankt er hin und her
Und sein kleiner Teller
Bleibt ihm immer leer.


Keiner mag ihn hören,
Keiner sieht ihn an,
Und die Hunde brummen
Um den alten Mann.


Und er läßt es gehen
Alles, wie es will,
Dreht und seine Leier
Steht ihm nimmer still.


Wunderlicher Alter,
Soll ich mit dir geh’n?
Willst zu meinen Liedern
Deine Leier dreh’n?

24. Le joueur de vielle

Là-bas, derrière le village,
il y a un joueur de vielle
Et de ses doigts gourds
il joue ce qu’il peut.


Pieds nus sur la glace,
il va chancelant çà et là
Et sa petite sébile
reste toujours vide.


Nul ne daigne l’entendre,
Nul ne le regarde
Et les chiens grondent
après le vieil homme.


Mais il laisse tout filer,
advienne que pourra,
il joue, et sa vielle
jamais ne se tait.


Étrange vieillard,
dois-je aller avec toi ?
Voudrais-tu faire tourner ta vielle
Pour mes chants ?


Traduction Gilles Pressnitzer

 

 

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