Là bas… les merveilleux nuages !

Eugène Boudin - Deauville

L’étranger

« Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L’or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages ! »

Charles Baudelaire

ψ

 » Devant la nature, c’est à méditer qu’il faut s’exercer. De grands ciels puissants, profonds, vaporeux, légers, et, là-dessous, un morceau de la terre ou des bateaux, mais que ce soit grand, idéalisé, comme je l’entrevois.  »         Eugène Boudin, peintre des ciels

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7 réflexions sur “Là bas… les merveilleux nuages !

  1. Cet été, au musée Jacquemart-André je suis restée longtemps devant les études de ciel de Eugène Boudin (gouaches – pastels- huiles – aquarelles…). Il peignait de longues heures sur les plages. Monet écrivit à la fin de sa vie : -Je dois tout à Boudin. Ciels, mer et sables. Palette parfois obscure, parfois claire. Puis je suis allée à Honfleur, J’ai marché sur ces plages qu’il a tant aimées peindre. Quelle lumière… que Baudelaire a su saisir en ce poème s’achevant sur un mot qui résume bien cette emprise : « Les nuages… les merveilleux nuages… »

    • En effet, Monet disait qu’il devait tout à Boudin. Corot le qualifiait de « roi des ciels ».
      Et Courbet qui s’était lié d’amitié avec Boudin et qui lui disait : « Vous êtes un séraphin, il n’y a que vous qui connaissiez le ciel. »
      Et Baudelaire qui écrivait à propos des ciels de l’artiste :  » ces fournaises béantes, ces firmaments de satin noir ou violet, fripé, roulé ou déchiré, […] toutes ces profondeurs, toutes ces splendeurs me montèrent au cerveau comme une boisson capiteuse… »
      Les merveilleux nuages, en effet!
      Très belle exposition à Jaquemart-André!

  2. Celui-là fait partie de mes poèmes « réflexes ». C’est-à-dire, qu’ils surgissent comme ça, de façon inattendue, ils sont intégrés, pourrais-je dire autrement.
    Un autre exemple : « Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle sur l’esprit… »

    • Cher Claudio, ma maladie est encore plus grave que la vôtre : pour moi c’est Baudelaire qui me devient réflexe. Je me demande parfois si mes parents n’auraient pas utilisé « Les fleurs du mal » comme oreiller pour mon berceau, le phénomène d’osmose faisant le reste… Seule la mémoire… Le génie est resté dans le recueil, hélas!

      • Sous l’oreiller, vos parents ont dû déposer autre chose : l’excès de modestie. Parce que ça se répète souvent ici pour que ce ne soit pas intégré. C’est dommage. 🙂

  3. Le rapprochement entre Baudelaire et Boudin est une véritable étincelle de sens. Je ne peux pas regarder des nuages sans penser à Baudelaire. Rêver en les regardant est aussi un fil conducteur de ce que nous sommes dans le temps. Nous commençons à le faire dans l’enfance, nous continuons à le faire à l’âge adulte, et les nuages changent constamment, notre rêverie devant eux, elle, ne passe pas.

    •  » Étincelle de sens « . Quelle belle manière de dire l’indéniable et évidente proximité entre l’image du peintre et la parole du poète, toutes deux réunies dans notre rêverie d’enfant qui, comme vous le soulignez, ne finit jamais. Tant mieux !
      C’est vers les « Scènes d’enfants » de Schumann que votre commentaire m’entraîne, et c’est en écoutant, à dessein – et pour la millionième fois – la merveilleuse et délicate  » Traumereï  » que j’écris cette réponse.
      Non sans avoir fait au préalable un heureux voyage-découverte – un peu trop court – sur « aux bords des mondes ». Tout ou presque, textes et images, y parle d’espace, de lumière et de ciel. Sans aucun doute, à mon sens, les mots qui devraient nécessairement précéder tout discours philosophique.
      Ne dites-vous pas quelque part, à juste titre, qu’ « en somme, il s’agit seulement de chercher l’immense. » ?
      Tenez! Je vous prête mon nuage :

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