Promenade zen

jardinzenCe matin, au temple de Shunkoin près de Kyoto, le Maître partageait sa promenade silencieuse dans la sereine fraîcheur du  jardin avec trois de ses disciples.

Au moment où leurs pas approchaient du potager, parfaitement distribué sur les flancs d’un mamelon de verdure au fond du parc, un disciple s’écarta du groupe et avisant une limace qui semblait s’acheminer droit sur les salades, l’écrasa sous la semelle de sa sandale.

Un autre disciple se raidit aussitôt et lui fit remarquer que la vie est éminemment respectable, que même celle d’une limace a la plus grande valeur, et qu’enfin rien ne permet le sacrifice d’une vie. Se retournant vers le Maître il dit : « N’est-ce pas Maître? »

Et celui-ci de répondre : « C’est vrai, tu as raison! »

Le premier disciple, pour justifier son acte, s’empressa de rétorquer à son compagnon que la limace est un nuisible qui mange les salades, leur seul aliment en cette difficile saison, et regardant interrogativement le Maître il ajouta :  » Ainsi je préserve la vie d’une espèce supérieure, la nôtre! »

Ce à quoi le Maître répondit :  » C’est vrai, tu as raison! »

Le troisième disciple, muet jusqu’ici, mais n’ayant rien perdu de cet échange, s’adressa alors respectueusement au Maître pour lui faire remarquer sa contradiction : « Maître, vous avez d’abord donné raison à celui qui a exprimé que toute vie doit être préservée en toutes circonstances, puis vous avez donné raison à l’autre qui a affirmé qu’une vie pouvait être détruite selon les circonstances. On ne peut pas dire une chose et son contraire! »

Et le Maître, toujours aussi tranquille : « C’est vrai, tu as raison! »

•••

13 réflexions sur “Promenade zen

      • Mais ce n’est pas absurde. C’est simplement, me semble-t-il, Lelius que plusieurs vérités contradictoires peuvent coexister. Tout dépend du point de vue. En soi-même, parfois on est divisé…

        • D’accord avec toi Christiane…tout dépend du point de vue..
          Nous avons de la réalité que des visions partielles..qui ne sont contradictoires qu’ en apparence..

          • C’est beau ce papillon sur une fleur de pissenlit. Il est tellement léger que la fleur ne bouge pas. Que pense le papillon de la fleur sur laquelle il se pose ? Que pense la fleur de ce papillon de passage ? Que pense celui qui les observe de la fleur et du papillon et de lui regardant la fleur et le papillon ? Que pense le vent qui porte le papillon et les graines de la fleur ? Que pense l’oiseau qui est prêt à bondir sur le papillon ? Et le chasseur de papillon de cet oiseau qui va lui voler un papillon ? Que pense le chat qui guette le papillon et l’oiseau, tapi dans les herbes ?
            Belle nuit de sagesse à tous.

  1. Il n’y a pas plus de distance entre absurde et koan que de chemin de la coupe aux lèvres. Sans ignorer la particularité de chacune de ces deux propositions, et en considérant, évidemment, que tous les points de vue sont recevables, que la « vérité » dépend du regard de celui qui la cherche… (etc), quand on pousse la logique dans ses ultimes retranchements on ne peut aboutir qu’à l’impossible. Et là réside l’absurde.
    Je crois que cette phrase est de Camus, et elle est un formidable raccourci à ce formidable sujet :
     » L’absurde, c’est la raison lucide qui constate ses limites « .

    Et pour encourager les méditations de vous tous qui me faites le plaisir de ces commentaires, je propose cette célèbre réflexion :  » Quel est le son de la main qui applaudit?  »
    Les copies seront relevées tard dans la nuit… 😉

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