J’ai assez

Après un voyage, petit ou grand, au moment où, rentré chez moi, je me pose lourdement sur mon canapé, heureux de ces retrouvailles égoïstes avec mon univers, je voudrais pouvoir chanter la plénitude de mon plaisir.

Je me ferais accompagné d’un hautbois léger et mélodieux qui m’emporterait au bout des cieux et je chanterais d’une voix chaude et profonde la satisfaction de posséder le peu qui est mien – dans la langue de Bach, bien sûr.

Mais voilà, l’allemand m’est hélas étranger, je n’ai pas d’ami hautboïste et mon chant ne ferait pas plus apparaître de belle à son balcon (sauf peut-être avec une bassine d’eau froide) qu’il n’obligerait un Ulysse à s’enchaîner au mât de son navire.

Alors je ferme les yeux… et j’écoute… (la ferveur de la foi en moins)

J’écoute à en pleurer de bonheur.

Ich habe genug  (j’ai assez)

8 réflexions sur “J’ai assez

    • Vous avez sans doute raison, la traduction serait ainsi plus noble, plus littéraire.
      J’ai préféré la brutale simplicité de « j’ai assez » pour que soit mieux évacuée une quelconque idée de quantité, voire d’excès, ayant délibérément éludé la part religieuse ou mystique du propos.
      Mais l’important reste que nous soyons « comblés » par cette merveilleuse cantate.
      Merci de m’avoir rejoint dans cette écoute.

  1. Ah, comme j’aime votre choix ! Un des plus grands chanteurs lyriques de ce siècle. Le baryton Dietrich Fischer-Dieskau donne à cette cantate de Bach une profondeur et une clarté inégalées. Et comme l’écrit A.Suarès ( que vous citez) : « dans cet art incomparable, le cœur et l’esprit s’accomplissent l’un par l’autre. »
    J’aime beaucoup l’écouter aussi dans les lieder de F.Schubert.
    Voilà un retour chez vous dont le bonheur est communicatif. Vous nous manquiez !

    • Je n’ai pas souvenir que Dietrich Fischer-Dieskau ait failli dans quelque répertoire. Au-delà de ses immenses qualités vocales, l’homme était un passionné de justesse et de perfection… Un immense travailleur doté, de surcroît, d’une extrême gentillesse pour les autres. Toutes les caractéristiques des plus grands.

      Schubert, bien sûr, – je sais, depuis quelques billets, votre goût prononcé pour ce génie – mais aussi Brahms, Schumann, Wagner et même la difficile mélodie française où il a également excellé.
      Et Mozart… écoutez-le dans le Don Juan dirigé par Fricsay !
      Un considérable artiste évidemment !!!

      Comme toujours l’accueil que vous réservez aux billets des « Perles » est bien sympathique, je vous en remercie encore. Et rien ne peut me faire plus plaisir que de savoir que ces modestes articles communiquent du bonheur ; c’est sans aucun doute pour moi la meilleure exhortation à continuer.

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