Meurent les feuilles, meurent les amours, Barbara !

Prevert6

Barbara

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t’ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N’oublie pas
Un homme sous un porche s’abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t’es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m’en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j’aime
Même si je ne les ai vus qu’une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s’aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N’oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l’arsenal
Sur le bateau d’Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu’es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d’acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n’est plus pareil et tout est abimé
C’est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n’est même plus l’orage
De fer d’acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l’eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.

Jacques Prévert

Δ

Les feuilles mortes

Oh ! je voudrais tant que tu te souviennes
Des jours heureux où nous étions amis.
En ce temps-là la vie était plus belle,
Et le soleil plus brûlant qu’aujourd’hui.
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle.
Tu vois, je n’ai pas oublié…
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Les souvenirs et les regrets aussi
Et le vent du nord les emporte
Dans la nuit froide de l’oubli.
Tu vois, je n’ai pas oublié
La chanson que tu me chantais.

C’est une chanson qui nous ressemble.
Toi, tu m’aimais et je t’aimais
Nous vivions tous les deux ensemble,
Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais.
Mais la vie sépare ceux qui s’aiment,
Tout doucement, sans faire de bruit
Et la mer efface sur le sable
Les pas des amants désunis.

Jacques Prévert

Δ


17 réflexions sur “Meurent les feuilles, meurent les amours, Barbara !

  1. Cela me donne l’occasion de réagir à Serge Reggiani que noud adorons Fred et moi, moi qui ne suis ni conne, ni vieille mais il est vrai un peu gauchiste et Fred qui n’est ni con, ni de gauche mais plus tout jeune….je n’ai pas réussi à poster de commentaire sur ton ancien article le concernant.
    Quant à Montand, c’est la chanson fétiche de ma fille qui la chante avec sa chorale et nous donne à tous la chair de poule. Je lui fait écouter dés qu’elle rentre.
    Bises et à plus. Emmanuèle

  2. Un billet d’une telle qualité, une fois encore Monseigneur, ça ne se garde pas pour soi 😉 Je partage !

    • Merci mon fils de tant de sollicitude à mon égard! Dans le cas présent, exceptée la mise en forme du titre, mon effort s’est limité à du copier-coller pur et dur. Pas très glorieux! Mais cela a communiqué du plaisir et me voici comblé.
      A cette occasion, je me suis aussi régalé, je l’avoue, à écouter et ré-écouter le Prévert que j’aime par les interprètes qui le servent le mieux.
      Il y a une réelle forme de plaisir à la mélancolie… 😉

  3. Certain Christian Mistral sur le blog d’Helena Blue émet de bien méchants jugements sur votre blog, ce qui semble faire sourire la dame… Ce même tordu pense que je suis la seule à poster des commentaires, sous des pseudos différents sur votre blog ! Au passage, il se gausse des livres de Hubert Haddad dont j’avais posé un fragment sur le blog d’H.B… (Vous pourrez lire l’échange sous son avant dernière mise en page…)
    C’est un plumitif québécois que je n’ai jamais lu, hargneux et méprisant. Le grand ami d’Héléna blue… Elle le trouve génial et généreux !
    Cette parenthèse étant fermée, je vous dis à nouveau que c’est un réel plaisir d’ouvrir les pages de votre blog, d’y retrouver une mémoire musicale et artistique.
    Et aujourd’hui cette page m’est très agréable.
    Belle journée.

  4. Je n’ai pas perçu dans le lien que vous m’avez transmis quoi que ce soit qui me concerne, ou alors j’ai été fort distrait. Je n’ai constaté qu’une réelle antipathie réciproque entre vous et ce monsieur, cristallisée autour de Hubert Haddad.
    Lorsqu’il parle de « perles », il me semble bien qu’il ne s’agit pas des « Perles d’Orphée », mais bien plutôt de celles de l’auteur que vous défendez, qui ostensiblement ne sont pas à son goût.
    En tout état de cause, si quelqu’un sur la planète web n’apprécie pas ce que j’y fais, qu’il soit respecté pour ses opinions, et qu’il n’oublie pas de fermer la porte en sortant, rien ni personne ne contraint à la fréquentation de mes billets.
    Je profite de l’occasion que vous m’offrez pour confirmer « urbi et orbi » que je ne suis ici que pour le plaisir de partager simplement avec ceux qui le souhaitent mes émotions esthétiques, sans aucune autre forme de prétention, et sans aucun désir de provoquer la controverse – et encore moins l’affrontement.
    Qu’une seule personne exprime sa satisfaction d’être passée par ici, illumine mes heures à venir.

    Merci d’être fidèle à ces pages, d’apprécier leurs modestes propositions, et d’y puiser un peu de ce plaisir nostalgique qui fait le bonheur de mon quotidien.

    A bientôt!

    • Je n’ai jamais dit qu’il en avait un, j’ai simplement dit que les « perles » dont parle votre « cher ami » me semblent être celles qu’écrit Hubert Haddad.
      Et puis quelle raison ce monsieur aurait-il de s’intéresser à mon blog, et s’il avait une seule fois été tenté de le visiter, quelle motivation aurait pu être la sienne pour qu’il perdît son temps à le critiquer. C’eut été peine perdue et mieux eut valu pour lui qu’il passât, et vite, à autre chose de plus passionnant (ce qui ne devrait pas être tâche bien difficile, et ce qu’il aura peut-être intelligemment fait).
      Prenez une grande respiration et écoutez encore une fois un poème de Prévert ou de Rimbaud, le remède est efficace.

      A plus tard!

  5. Vous avez raison, Lelius. comment résister à ces poèmes et à ces voix ! C’est beau ce que vous avez écriit hier : rendre un seul lecteur heureux et en être heureux.
    Merci pour ce cadeau.
    Je passe souvent devant la cité Véron et je pense à lui, à son regard chaleureux sur les autres, à sa modestie. Un homme tellement attachant et un poète surprenant qui fait avec des mots simples chanter la vie.

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