Lecture sur toile

Andre-Martin de Barros

Andre-Martin de Barros

Pendant que je rédigeais le billet précédent, « L’amour des livres », quelques images venaient m’interrompre par instant, et je me trouvais ainsi, mentalement, face à des liseurs ou des liseuses que des peintres célèbres avaient figés sur la toile. Oh! il ne m’apparut que quelques toiles seulement – sept ou huit, à la mesure de ma mémoire, et surtout de ma connaissance – et seules les plus connues d’entre elles s’imposaient, que j’avais déjà rencontrées lors d’une visite de musée, ou sur la page d’un livre que telle ou telle devait illustrer.

Je compris soudain – les évidences nous apparaissent toujours très tard – que la personne qui s’abandonne dans sa lecture devient de fait un parfait modèle pour le peintre. Fixé pour un temps assez long dans une attitude naturelle et confortable, immobile, insoucieux de ce qui l’entoure et partant ne « posant » pas, le lecteur (ou la lectrice) s’offre, proie innocente, au regard exacerbé de l’artiste. A lui alors tout le loisir de saisir avec précision la position d’un doigt, de capter l’expression d’un regard enfui vers un ailleurs inconnu, de caresser le galbe d’un bras ou d’une épaule qu’aucune tension ne contraint plus.

Curiosité aiguisée, j’entrepris donc un petit voyage internautique à la recherche de tableaux représentant liseurs ou lectrices, et je fus immédiatement emporté dans un insoupçonnable tourbillon d’œuvres sur le sujet. A toutes les époques et en tout lieu, la lecture a captivé le peintre. Pour la raison précédemment évoquée, parce que nous sommes culturellement enfants des religions du Livre, parce que la lecture est un acte aussi commun que fréquent dans notre vie, pour d’autres motifs que je ne saisis pas encore? Je ne sais.

Demeure le constat : le nombre des toiles représentant la lecture est considérable. Une formidable découverte! Et pour tant de naïve ignorance, pardon.

J’ai donc rempli mon panier, – il y a encore beaucoup à cueillir – pour mon plaisir égoïste de voyeur, bien sûr, mais aussi pour partager ces délices avec ceux qui me font l’amitié de leur visite. Certains offrent des chocolats… « J’ vous ai apporté »… des tableaux! (avec la voix de Brel, bien entendu).

Misogynes attention : les femmes qui lisent sont nombreuses. Sont-elles aussi dangereuses que le prétendent Laure Adler et Stefan Bollmann dans le récent ouvrage qu’ils publient? – Avec pour illustrer la page de couverture cette belle expression de rêverie saisie par Vittorio-Matteo Corcos.

Femmes qui lisent

Avant que de vous laisser embarquer dans les diaporamas qui vous attendent, permettez-moi encore un petit commentaire. Lecteur ou liseur?

Sans le formidable génie expressif du peintre, il n’est pas certain que la différence, sur la toile, s’affiche d’emblée. Cependant, dans la réalité de l’acte, pour celui qui aime lire, la nuance entre « lecteur » et « liseur » me paraît sensible . Quelqu’un disait qu’ « on ne peut être lecteur sans être liseur, et qu’on peut être liseur sans être lecteur », accordant ainsi au lecteur une aptitude à pénétrer le texte au delà des signes, à s’enrichir profondément de la relation à l’autre que tisse sa lecture ; le liseur se limitant plutôt à un déchiffrage plus superficiel, fonctionnel, du texte écrit. Ceci dit, évidemment, sans aucun jugement de valeur, pour le simple plaisir du jeu des mots.

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Seul (e) avec son livre (168 images) :

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Lire en compagnie (33 images) :

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6 réflexions sur “Lecture sur toile

  1. Étrange comme les vrais lecteurs sont absents du monde qui les entoure. (ce qui permet de les distinguer de ceux qui ont pris la pause sur la demande de l’artiste). dossier très intéressant.

  2. En effet, c’est le premier constat qui s’impose ici. Les « vrais » lecteurs semblent ailleurs ; leur expression est sereine, semblable, curieusement, à celle qu’affichent ceux qu’un instant de rêverie a emportés loin de leur livre.
    On pourrait en faire le thème d’une publicité pour la lecture… On en fait bien pour les voyages!

  3. Je suis dans le fil de votre conversation à tous deux. En effet, on retrouve le même effet dans la photographie…jusqu’à y trouver parfois un côté dérangeant. Dans certaines oeuvres, nous nous trouvons en totale posture de voyeurisme avec de très grosses interrogations et, dans d’autres, hélas! nous sommes le sujet. Celui que veut s’accaparer le peintre ou le photographe, c’est, de temps en temps, assez déplaisant. Félicitations pour cet article très intéressant en effet.

    • Merci d’avoir apprécié ce billet.
      A coup sûr l’approche photographique est dans la veine directe de celle du peintre. A mon sens, il y a différence de technique mais la fonction du regard est commune aux deux artistes. Peintre et photographe cherchent également à fixer la lumière et les impressions de l’instant.

  4. Le « petit paresseux » attire toute ma sympathie.
    Beaucoup de tendresse dans ce portrait..
    Ainsi que dans le tableau de Knut Ekwall..qui pourrait s’appeler..le bonheur d’être Grand-Père..et de la lecture partagée.
    Merci Lélius..très joli sujet.

    • Content que ce billet vous ait intéressée.
      Je retrouve dans vos choix l’émotion de la grand-mère « gâteau » que je devine en vous… C’est sans doute un vrai bonheur!

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