Au fil du courant

Il ne faut pas s’étonner, lorsqu’on revient d’une longue promenade sur des sentiers boueux, d’avoir les semelles crottées. Mais il arrive parfois que de précieuses pépites s’agrippent à la glaise des chaussures. Il faut alors les exposer, comme des trophées, dans la vitrine aux plaisirs, pour que chacun en profite.

En voici une ramenée de mes récentes pérégrinations : film en noir et blanc, je dirais plutôt en nuances de gris.  Un voyage romantique dans une région inconnue, au travers de ses routes, de ses quartiers et de sa campagne. On se laisse emporter comme une feuille au fil du courant dans cette errance sans but bercée par la tendresse de l’andante du concerto N°2 pour piano de Chostakovitch – merveilleusement interprété. Une douce complicité entre images et musique, où, comme en un miroir, pourraient se refléter ces vers de Baudelaire :

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Réalisateur vidéo : StarStruckFilms101

Musiciens : English Chamber Orchestra dirigé par Jerzy Maksymiuk – Piano : Dmitri Alexeev

6 réflexions sur “Au fil du courant

  1. je reçois bien mieux ici le concerto de ce compositeur dont j ai decouvert la musique il y a qques jours salle Pleyel. Plus digeste a entendre solo qu entre deux symphonies.
    « Le premier mai » était un beau premier feu d artifices et de floraisons .

    • Je déduis de votre message que vous étiez Salle Pleyel le soir où étaient données les symphonies N°3 (« Premier mai ») et N°13 (« Babi Yar ») ainsi que le concerto pour violoncelle de Chostakovitch. Programme difficile, avec ce fort sérieux concerto et la très noire – et pour cause… – symphonie N°13 qui retrace l’horreur d’un massacre, pas moins, mais avec tant de force.
      Ici, évidemment, la 3ème ne pouvait être qu’un moment de bonheur… Et pourtant on est loin du grand compositeur dans cette œuvre qui se plaît aux excès de l’art soviétique, où chaque tableau musical est un char qui défile.
      Je comprends, en effet, que vous ayez eu plus d’affinité avec cet andante du 2ème concerto pour piano, moment de pur tendresse que Chostakovitch avait composé pour son fils. Tout le compositeur n’est pas là, certes, mais il a donné tellement de merveilles… Persévérez dans votre découverte, ça en vaut la peine.

  2. FIn connaisseur de musique classique… cette impression de vous connaître un peu Lélius, ne serait ce qeu par Blue. Mais j’attends d’en découvrir plus par le blog plutôt que de demander à notre hôtesse de me revèler votre identité. Oui, c’était la première fois qeu je m’étais les pieds et les oreilles salle Pleyel, ô combien mythique m’avait-on dit. j’ai été tout à fait surpsie par la disposition de la scène et du public, celui derrière l’orchestre notamment qui doit avoir un rendu sonore assez particulier. Est-il bon d’ailleurs de se placer derrière, si ce n’est pour scrupter les mouvements de face du chef d’orchestre ?
    Vous m’en apprenez beaucoup en quelqeus phrases sur Chostakovitch, je crois que la musique dite « classique » s’apprivoise mieux parfois avec son histoire et Histoire, même si le coup de coeur passe d’abord par une écoute sensitive et émotive intime. Merci pour ces compléments d’informations. Déléctables.
    Poursuivre la découvert de son oeuvre, oui, que me conseillez vous ?

    • Connaisseur, pas forcément, amateur et mélomane sans doute. Votre approche de la musique me semble juste, il faut écouter, sans préjugé, laisser les harmonies venir vers vous, il se passe toujours quelque chose, et c’est là que tout commence. Il faut d’abord que les sens se mobilisent avant de faire appel à l’intellect. D’abord aimer et peut-être, après, essayer de comprendre ou au moins de connaître. Demeurer libre. Comme la poésie dont elle est si proche, la musique cherche le cœur, pas le cerveau. Même si, il est vrai, parfois l’histoire ouvre la voie à l’acceptation de musiques difficiles – Chostakovitch pourrait en être un exemple, en effet.

      Pour découvrir le « monument » Chostakovitch, bien sûr, le remettre dans le contexte stalinien pèse son poids.
      C’est un immense symphoniste, et pour pénétrer cet univers peut-être la 15, la plus leste, prenant le contrepied de toute son œuvre symphonique, remplie de citations musicales empruntées à Rossini ou à ses propres compositions. La 9 aussi, plus légère et qui contraria fort le puissant Staline.
      Vous pourriez aussi découvrir le 1er concerto pour violon, mon œuvre préférée, dédiée au grand violoniste David Oistrakh, ami du compositeur. Après la négation du sentiment, on y croise le diable puis Chostakovitch lui-même et, après une série de dialogues entre soliste et partie de l’orchestre, la fête débridée du dernier mouvement virtuose (« Burlesque »).
      De l’excellent pianiste qu’il était vous écouterez peut-être les préludes et fugues, dans la droite ligne du Maître J.S. Bach.
      Quant à ses suites de jazz, vous connaissez déjà par cœur, cette valse qui fut la musique du film « Eyes wide shut » de Kubrick, et qui fut le thème musical d’une publicité pour une société d’assurances. Quelques minutes dans le métro parisien et vous ne pourrez pas la louper.
      Avec le temps, vous approcherez les opéras, et surtout les plats succulents de la musique de chambre, quatuors et quintettes.

      Devant ou derrière l’orchestre? Dans les salles où l’acoustique est bonne, cela ne me paraît pas primordial, encore que
      traditionnellement les sons graves viennent par la droite de l’auditeur et les aigus par la gauche.
      Bonnes écoutes!

  3. merci pour cette riche entrée en matière. Je vais suivre le mouvement.
    Bonne journée à vous, Lélius.

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