Un ange triste

L’histoire d’un ange triste

C’est l’histoire d’un ange triste. Il marche depuis toujours dans un jardin. Le jardin est immense, sans clôture. Les herbes sont des flammes. Les pommiers sont en or. Quand on croque un fruit, on se casse une dent qui repousse aussitôt. De temps en temps, l’ange hausse les épaules, perd quelques plumes, soupire profondément : toujours la même chose, quel ennui. Il décide de partir à l’étranger, sur la terre. Oh, pas longtemps. Un siècle ou deux. Il choisit le moyen de transport le plus rapide : le chagrin qui, du ciel à la terre, chemine à la vitesse de l’éclair. Il voyagera donc dans une larme. Le voilà sur un nuage, quelques instants avant l’orage. La descente commence, il s’évanouit. Il se réveille. Devant lui, un bout de pré sec, sans herbes. Il est dans l’oeil humide d’un cheval qui s’ennuie de son sort, qui rêve des pâturages éternels, immenses et sans barrières. Des promeneurs regardent l’animal maigre. Ils se moquent de la pauvre bête qui avale une pomme pourrie et accroche, aux branches de l’arbre, ses deux ailes déplumées dans le dos.

La femme à venir, Christian Bobin
Gallimard, Folio, 1990

5 réflexions sur “Un ange triste

  1. Serait-ce là une interprétation de poétique de Bobin du  » ailleurs on pense l’herbe plus verte »? Est-ce là une manière de nous dire Lélius que l’ailleurs n’est pas la solution et que c’est en soi qu’on doit trouver les ressources, est-ce ainsi que vous lisez ce texte? Ou est-ce l’histoire d’un chagrin, d’un deuil qui ne veut pas se faire?
    J’aime Bobin, il y a une telle douceur dans ces écrits, une telle finesse, cette histoire d’ange m’a rendue mélancolique, j’ai eu envie de l’extirper de l’oeil de ce cheval et l’encourager à reprendre son envol ailleurs que dans une larme d’ennui…

  2. Pingback: Un ange triste | Blogs, lire, écrire (etc.) | Scoop.it

  3. J e crois lire dans ce récit qu’au-delà de l’ennui et de la tristesse, il y a toujours un ange salvateur. Les épreuves nous font toujours grandir et mûrir , chaque fois un peu plus. Que de larmes ne nous ont-elles pas libérés!

    Loin de toute tristesse, bonnes fêtes Lelius, à toi et au tiens!

    • Je partagerais plus volontiers l’interprétation d’Héléna qui voit ici une parabole de  » l’herbe n’est pas plus verte ailleurs « .
      Je reste évidemment d’accord avec vous pour dire que les succès rendent cabotins et que les épreuves nous forgent. Quant à l’effet libérateur des larmes… Seuls ceux qui n’ont jamais senti leurs joues humides (y en a-t-il?) pourraient vous contredire.
      Joyeuses fêtes!

      • Pour ce qui concerne ce que dit Hélènablue, je suis tout à fait d’accord; j’ai, d’ailleurs, un poème , dans mon recueil qui s’intitule « L’Ailleurs est ici ». C’était juste une interprétation optimiste que j’ai voulu insuffler.

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