Verrà la morte… (Cesare Pavese)

« La musique seule peut parler de la mort » disait André Malraux.

J’ai longtemps partagé cette conviction avec lui, et, au vrai je la partage encore.

Mais il me semble que quelques poètes, surtout parmi ceux qui nous sont contemporains ou presque, ont su trouver les mots pour dire l’indéfinissable.

Peut-être, au fond, n’est-ce que la musique de leurs mots qui nous atteint?

La poésie n’est-elle pas comme le dit Paul Valéry, « hésitation entre le son et le sens »?

Après le suicide du poète italien Cesare Pavese, en août 1950, on trouvera sur sa table de travail ce poème qu’il écrivit quelques mois plus tôt : « Verrà la morte… »

En voici une splendide version trouvée sur le net, l’interprétation est grande, l’accompagnement musical et le montage photos émouvants.

La mort viendra et elle aura tes yeux –
cette mort qui est notre compagne
du matin jusqu’au soir, sans sommeil,
sourde, comme un vieux remords
ou un vice absurde. Tes yeux
seront une vaine parole,
un cri réprimé, un silence.
Ainsi les vois-tu le matin
quand sur toi seule tu te penches
au miroir. O chère espérance,
ce jour-là nous saurons nous aussi
que tu es la vie et que tu es le néant.

La mort a pour tous un regard.
La mort viendra et elle aura tes yeux.
Ce sera comme cesser un vice,
comme voir resurgir
au miroir un visage défunt,
comme écouter des lèvres closes.
Nous descendrons dans le gouffre muets.

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